Une soirée à tout casser !

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Sachant que je ne suis jamais à l’heure, elle m’a avisée que le show était prévu pour 7 h 30 pm, au lieu de 8 h.  Il était exactement 7 h lorsque,  tout excitée, je gravissais les marches illuminées de la « Suite Royale ».  Au début, je me demandais où était passé le public, car nous n’étions que quatre. C’est alors que j’ai découvert son subterfuge. La petite coquine, elle va me le payer cher...  J’ai dû attendre plus d’une heure avant le début du spectacle, mais tant pis, car bien que bon nombre de tables étaient déjà réservées, nous avions pu trouver une place confortable juste à côté de Dj Bullet.  Mon Dieu ! Quel dj ! Un talent incroyable qui, dès 7 h 30, nous mettait dans l’ambiance par sa musique électrisante ; ce qui laissait déjà présager une soirée à tout casser. Le choix de la musique était tout simplement parfait : un mélange de compas, zouk, reggae, disco, racine, latino... ouf,  tout un cocktail qui nous enivrait. Encore un peu, je lui aurais donné un baiser maternel à ce jeune homme qui me rappelle mon fils.  
8 h. le spectacle n’avait pas encore commencé, mais le public n’avait même pas eu besoin de s’impatienter, car cette musique mettait des fourmis dans toutes les jambes.  Moi, assise confortablement, je me laissais aller dans ce décor féerique et étourdissant de jeux de lumières  tout en dégustant mon apéro.  Je me levais de temps à autre pour aller donner une grosse accolade à mes amis :  Ingrid, Yamilée, Françoise, Josette, Maryline et Rio, Michèle et William, Richou et Minou, Maggy et Jacquy, Barbara, Mireille et André, Jean-Claude et Mimi, Gaëlle, Aurélie, Evelyne et j’en passe. Une ambiance vraiment sympathique et sans chichis.
8 h 15. La salle était remplie à craquer. Kako, à demi cagoulé, s’affairait dans la salle. Et en passant près de moi, d’un geste incontrôlé je lui sautai au coup telle une lionne sautant sur sa proie. « Koman w  fè rekonèt mwen ?! », me lança-t-il en plein visage. Oh ! oui, je l’aurais reconnu même  entièrement cagoulé. Cela fait plus de quinze ans que j’assiste à ses spectacles. Tiens, le premier était au Rex Théâtre avec Ashley.  Je rigole toute seule et J’ai les larmes aux yeux lorsque je repense à ses blagues.
8 h 20. Kako, telle une bête de scène, donna le coup d’envoi sur une musique captivante de Boukman Eksperyans suivi d’un carnaval de King Posse. Le public (à l’exception évidemment de quelques « kò rèd » récidivistes) gesticulait sans retenue. On était tous là pour faire la fête et rire de bon cœur.  Pas question de s’en priver.  Une véritable euphorie, on chantait, on dansait, on gesticulait dans tous les sens sans jamais s’arrêter.  A un moment donné, entraînée par cette ambiance endiablée, je n’ai pu m’empêcher de crier : « Wipip, sa se anbyans pa m lan menm ! »  J’avoue avoir rarement  vu un public haïtien aussi déchaîné, on se croirait au carnaval.  Une excellente thérapie de groupe, un véritable antidépresseur naturel.  Cette soirée valait plus que les 25 pièces de $ 1.  Dommage qu’il n’y avait pas de chapeau à la sortie, sinon j’aurais pu doubler le tarif. 
Tour à tour, Kako faisait défiler les futurs prodiges de l’École Nationale de l’humour d’Haïti.  En lever de rideau, Garihanna, cette boule d’énergie qui, par ses gestes et son accent africain, ridiculisait ces maudits prédicateurs qui se font passer pour des spécialistes de la moralité et qui soi-disant sont possédés par un esprit divin mais qui ne sont en réalité que des arnaqueurs qui profitent de la naïveté humaine pour s’enrichir.  Très drôle, la blague de sœur Judith et du pasteur, Garihanna.
André Fouad ! Ce jeune humoriste résidant aux USA nous a fascinés  par son poème très original. C’est avec un style imagé qu’il peignait la beauté d’une femme, faisant sans nul doute la fierté de toutes celles qui étaient présentes ce soir-là.  Ouf, enfin, finies les grivoiseries et les moqueries de mauvais goût dont la femme haïtienne a été longtemps l’objet par certains cons.  Avec une adresse incroyable, il peignait les charmes de la femme, "source d’inspiration intarissable" et sa façon toute spéciale d’aimer.  Avec une vitesse vertigineuse, ses mots s’enchaînaient sans jamais perdre son souffle.  C’était comme s’il était emporté par un courant marin dans une embouchure au temps du nordé à Jérémie.  Rien ne pouvait l’arrêter.  Sa poésie, une véritable peinture vivante, nous laissait abasourdis.  J’ignore si cette scène était prévue dans le décor, mais il en a tellement dit que même son pantalon a eu raison de lui. Ceux qui étaient présents savent de quoi je parle ; tant pis pour les absents, ils ont tort.  
Christina Guérin !  Son nom seulement provoqua le rire et souleva un tonnerre d’applaudissements dès son apparition.  Elle n’a même pas eu besoin d’ouvrir la bouche que le public commençait déjà à s’éclater.  Définitivement, Kako, pas la peine de la présenter la prochaine fois, elle peut très bien s’en passer.  Avec sa chanson à deux voix, on était en présence de deux acteurs, elle et son public. Une idée géniale. En passant, Christina, la blague du marchand de bananes était plus que drôle.
L’étonnement était à son comble avec la prestation de Gaëlle Bien-Aimé.  Si l’on tient compte des applaudissements et des éclats de rire, on peut dire, sans se tromper, qu’elle était la championne de la soirée... selon moi, en tout cas.  Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti cette espèce de rire qui vous coupe le souffle, vous contracte les muscles abdominaux et vous donne envie de faire pipi. Une chance que la toilette était à deux pas de moi, sinon je l’aurais fait sur moi.  Seigneur, d’où sort-elle, cette humoriste ? Quel talent ! Quelle imagination ! Quelle aisance et maîtrise sur scène ! Wow, à elle seule, elle serait capable de tenir un public en haleine pendant toute une soirée. Bravo, Gaëlle !  
Après les fous rires, place aux jeux d’adresse, au bingo et à la danse en alternance ; sans parler des blagues de Kako qui ne laissaient aucune place pour des temps morts. Un vrai spécialiste de l’animation, ce Kako !  
Il était environ minuit 15,et c’était déjà le temps des remerciements et des « au revoir ». Dommage, j’aurais tellement aimé m’amuser jusqu’aux petites heures du matin, mais comme toute bonne chose à une fin, il fallait bien quitter la « Suite Royale ».  Kako, à quand le prochain « Bingo Night »?  Tu nous as laissés sur notre soif.  Nous qui avons tant besoin de cette bouffée de chaleur pour nous réchauffer dans ce pays où le froid nous serre les dents, nous brûle la peau, engourdit nos membres, nous fait marcher le dos courbé et nous gèle le cerveau.  
Bravo Kako, Christina, Garihanna, André Fouad et Gaëlle. Bravo aussi à Pascal Hilaire qui fait du bon travail ainsi qu’à Pierre Paul Gazemar, l’organisateur de cette superbe soirée.  Merci aussi aux commanditaires. Je vous encourage à toujours supporter ce genre d’activité, bénéfique pour notre chère Haïti.  Ayiti, pou mwen, se tankou yon vye granmoun, anpil moun twouve l lèd, men lan je pitit li yo se li k pi bèl.  Cette soirée, je la compare à celle d’un couple qui, après une belle nuit fébrile passée dans les bras l’un de l’autre, se sépare un peu trop vite mais tout en pensant déjà à la prochaine avec le ventre rempli de petits papillons.  Dites donc, quand j’y pense... ce n’est pas pour rien que ce lieu s’appelle « Suite Royale ».  Je tenais à vous remercier pour cette soirée inoubliable.  Ce que j’ai beaucoup aimé et qui m’a frappé, c’est qu’il n’y avait pas de place pour la médiocrité et l’improvisation : chaque artiste connaissait bien son texte et excellait.  On n’a pas eu l’occasion de crier « Bouuh ». Ce qui m’a également fait plaisir, c’est cette diversité de talents et d’imagination.  Toute une richesse culturelle !  Je tiens à vous féliciter. Car souvent, comme si nous étions des éternels insatisfaits, on a tendance à trop critiquer.  D’autres prennent les compliments pour des flatteries. Quelle affaire !  Moi, je ne me lasserai jamais de vous féliciter.  « Si l bon di l bon mezanmi ! »
Succès et bonne continuité à l’École Nationale de l’Humour d’Haïti.    Après ce que j’ai vécu, j’avoue que ça promet.  « Zanmi, kenbe la, pa lage ». Colombine, une fanatique inconditionnelle

Animateur (s)

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