3 ministres jouent leur destin

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La crise migratoire entre Haïti et la République dominicaine, déjà annoncée,  mais encore en gestation, a des origines lointaines. On peut les chercher au XIXe siècle, au XXe, comme dans notre XXIe siècle actuel. Chaque pays, chacun des deux peuples qui se partagent cette île des grandes Antilles a des raisons d’en vouloir à l’autre. C’est connu. Les deux parties savent les fondements de leurs désamours, comme elles ont connaissance de l’obligation qui leur est faite de continuer à se parler, à se fréquenter, à s’entendre.
Il y a eu dans le passé des dénouements sanglants à des épisodes de notre histoire commune ; il y en aura d’autres. Il y a aussi des moments de fraternisation inoubliables ; nous sommes appelés à en connaître d’autres. Pour le moment, ce qui nous manque ce sont des dirigeants à la hauteur de la situation.
De ce côté de l’île, nous pouvons déplorer les agissements des nationalistes-extrémistes dominicains qui s’ingénient à verserde l’huile sur le feu et à bloquer les rouages d’une entente parfaite entre « les deux ailes du même oiseau ». Nous pouvons regretter le manque d’empathie des modérés dominicains qui n’abordent pas avec fougue la question haïtienne. Nous devons cependant nous réjouir du fait que le peuple dominicain, dans son immense majorité, par intérêt ou par compréhension, continue de vivre en bonne harmonie avec des centaines de milliers d’Haïtiens disséminés sur le territoire de leur pays.
Du côté haïtien, que devons-nous regretter ?
Que le président, les services de la présidence, depuis l’avènement de Michel Martelly, aient pu croire que les relations haïtiano-dominicaines sont aussi simples qu’un abrazo, un concert délirant avec Julio Iglesias ou de petites combines avec des hommes d’affaires ou des politiciens dominicains qui cherchaient, des appâts plein les mains, des proies faciles.Que les ministres des Affaires étrangères et les différents premiers ministres depuis des décennies soient tous inaptes à remplir leur devoir en mettant en place les mécanismes pour suivre, comprendre, évaluer et déterminer la politique dominicaine vis-à-vis d’Haïti pour mieux définir notre propre ligne de conduite ou peser sur le destin de l’île. Cela fait des années que l’indécence de notre politique étrangère et la petitesse des moyens mis en place pour la déterminer souffrent de lacunes graves.
De la tête aux pieds, l’Etat haïtien est inapte à défendre les intérêts d’Haïti face à l’ogre dominicain. Ni dans leur tête, ni dans leur cœur, les agents du secteur privé qui font affaire avec nos voisins ne défendent pas les intérêts des Haïtiens dans cette affaire. Aucun Haïtien qui traverse la frontière ne se rend compte qu’il pèse sur les relations entre les deux pays. Ainsi menés, par l’Etat, le privé ou l’individu, nous voguons sans directive.
Et voilà qu’en plus de tout cela, au XXIe siècle comme en 1937, ou en 1820, Haïti n’est pas en mesure d’identifier ses citoyens, ni de les doter d’acte de naissance, de carte d’identification ou de passeport. Cette négligence que chaque Haïtien installé en République dominicaine va payer très cher dans les mois et années à venir demande un redressement urgent.Michel Martelly a encore la chance d’apporter un élément de modernité dans la vie des Haïtiens avant de quitter le pouvoir : rendre accessibles les papiers d’identité et les documents de voyage. C’est le B-A BA du commencement de l’Etat.
Qu’aujourd’hui cette crise migratoire avec la République dominicaine nous y pousse, c’est un moindre mal. Nous en avons besoin. Chaque Haïtien veut, doit, devrait pouvoir disposer sans se plaindre d’un acte de naissance, d’une carte d’identification ou d’un passeport.
C’est le minimum. Ici et à l'étranger.
A la naissance nous ne pouvons identifier les Haïtiens, à dix-huit ans nous sommes incapables d'en faire des citoyens et nous les empêchons à tout âge de voyager avec un passeport.Les ministres actuels de l’Intérieur (passeport), de la Justice (carte d'identification) et de la Communication (acte de naissance) devraient avoir honte de se dire ministres avant que cette affaire ne soit résolue ou se décider à remettre leur démission s’ils ont la conviction que ce standard minimum est inaccessible.
Frantz Duval Editorial du Nouvelliste

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