Evans Paul doit, en silence, marcher sur des œufs

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Le premier ministre haïtien, Evans Paul, essuie une succession de petites déconvenues dans sa gestion de l’épisode haïtiano-dominicain que nous vivons ces derniers jours. Coup sur coup, le premier ministre s’est fait piéger en s’engageant dans la prise en main de la diplomatie du pays.La presse dominicaine a annoncé à sa place qu’Haïti allait réduire ses importations de biens dominicains à partir de ce vendredi. Dans les articles de presse, c’est Paul qui est cité comme origine, lors de son passage mardi à Ouanaminthe, de la décision et qui est présenté comme le va-t-en-guerre. Ce mercredi, le gouvernement a dû se fendre d’un communiqué pour démentir. Cela enlève, pour le moment, l’usage de cette option comme moyen de pression et désamorce toute intention du genre qui pourrait prendre naissance dans le cerveau de nos décideurs. Devant la communauté internationale, quelques jours avant, le gouvernement haïtien avait dû confirmer que les portes de la diplomatie ne sont pas fermées. Si on avait lu entre les lignes les déclarations du premier ministre, on aurait pu croire ces derniers jours qu’Haïti allait mettre au rencard les bonnes vieilles manières de la négociation policée autour d’une table. Autant le président Danillo est réservé et silencieux, autant les officiels haïtiens s’avancent, le premier ministre en tête, dans des déclarations à l’emporte-pièce qu’ils ravalent au premier froncement de sourcils de nos voisins.Autre écueil dans lequel le PM est tombé de tout son long, aucune mise en place n’est faite pour accueillir les rapatriés le long de la ligne frontalière, alors que le premier ministre et sa commission multisectorielle battent la grosse caisse. Il y a beaucoup de bruits et… rien. Si nous ne sommes pas prêts à prendre en charge les volontaires rentrés dans leur pays, qu’en sera-t-il si la République dominicaine se met à organiser des convois ? Dernière escarmouche, l’ambassadeur dominicain en Haïti, Ruben Silié Valdez, a gentiment rappelé à l’ordre sur Magik 9 ce mercredi le « grand ami de longue date de la République dominicaine » que le diplomate reconnaît en Evans Paul pour lui reprocher ses propos de ces derniers jours. Entre autres propos, notre PM avait dénoncé « le double langage » des Dominicains. Cela ne se dit pas entre amis ni entre pays amis, dans les relations internationales.Ce mercredi, l’ambassadeur haïtien en République dominicaine a été convoqué à la chancellerie dominicaine pour expliquer les propos des officiels haïtiens. La diplomatie dominicaine multiplie les rencontres, en Haïti et chez elle, avec toute la communauté internationale pour expliquer sa position. Ne devrions-nous pas en faire autant en lieu et place des phrases pour consommation médiatique ?Et plus important, ne faut-il pas rappeler au premier ministre Paul que son prédécesseur Laurent Lamothe s’était lui aussi cassé le nez dans la gestion directe des relations entre les deux Etats se partageant l’île? La diplomatie, il faut la laisser aux diplomates. Le premier ministre a tout intérêt à rester en retrait, à être parmi les derniers recours. Cela n’empêche pas qu’il doit, avec le président, dessiner et définir les grandes lignes, établir la stratégie et le dessein de la politique migratoire d’Haïti et du devenir des relations entre Haïti et ses voisins, la République dominicaine en particulier.Il est dommage que ceux qui excellent dans les petites phrases ne soient pas au meilleur de leur forme à leur place de grand timonier de la diplomatie. Les affaires haïtiano-dominicaines sont de longue haleine. Il n’y a pas de solutions rapides que l’on peut espérer, mieux vaut conserver sa salive et faire marcher ses méninges.
Frantz Duval - Editorial du Nouvelliste

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