Le tourisme : « une locomotive qui entraîne l’économie »

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Dans un coup de projecteur sur le tourisme haïtien, Pierre Chauvet, président  des Agences réceptives et Transports  au sein de l’Association touristique d’Haïti (ATH) admet d’emblée qu’il y a une méconnaissance nationale du tourisme comme industrie nationale d’exportation, et une mauvaise perception généralisée du domaine. « Ce qui entraîne de mauvaises politiques publiques pour  le secteur », selon le responsable de l’ATH qui croit que l’une des causes du retard constaté dans le tourisme est l’indolence caractéristique de l’autorité étatique. Cette dernière peine à réguler les activités connexes au tourisme et qui pourraient constituer un incitatif au développement du secteur. A ce sujet, Pierre Chauvet prend en exemple quelqu’un qui déciderait de mettre un téléphérique entre Port-au-Prince et Boutillier afin de réduire le temps que ça prend habituellement pour parcourir ce trajet. Ce projet serait bloqué parce que tout simplement il n’existe pas encore de patente pour téléphérique, encore moins de cadre régulateur régissant le trafic du téléphérique en Haïti. Qui pis est, beaucoup d’activités s’exerçant depuis longtemps au sein du secteur touristique, telles que les agences de voyages, les tours opérateurs, etc., ne figurent dans aucun cadre légal. Et quand bien même ce cadre existerait, c’est tellement désuet qu’il ne correspond plus à la réalité du moment. Le responsable de l’ATH, qui intervenait à la quatrième journée du Sommet international sur la finance et la technologie appliquée, au Karibe, a mis en relief la transversalité du tourisme qui fait de ce secteur un stimulus pour la croissance en reliant ensemble, comme les wagons d’un train, toutes les entités de production de biens et de services du pays, à savoir, les transports, la restauration, l’hébergement, le loisir, l’agriculture, les TIC, etc. Dans cette grande chaîne, si l’un des maillons ne tient pas, cela va entraîner des conséquences néfastes sur tout le système. « La chaîne touristique ne peut pas se permettre d’avoir des maillons faibles », a martelé Pierre Chauvet, qui invite investisseurs et autorités étatiques à fournir  le même type d’accompagnement aux secteurs connexes. Le gérant de l’Agence Citadelle attire l’attention des uns et des autres sur les défis et les opportunités d’un secteur où le pays s’est déjà distingué entre 1970 et 1985.Faisant référence à la République dominicaine, M. Chauvet affirme que les Dominicains vendent leurs excédents de produits agricoles en Haïti grâce au tourisme, qui est le moteur de leur production agricole. A ce niveau, l’emphase doit être également mise sur la standardisation et la traçabilité. « La standardisation est de rigueur dans le tourisme », a lancé Pierre Chauvet, qui se souvient encore que le Club Med (Haïti, Côtes des Arcadins) dans les années 80, avait du mal à trouver pour ses 700 clients, 80 avocats de la même grosseur et du même goût ou encore 700 queues de langouste de la même dimension.« Nous avons de nouvelles chambres d’hôtel, les visiteurs se servent de petits savons, et nos industries n’en fabriquent pas encore en Haïti, on continue de les importer de la République dominicaine », a déploré M. Chauvet, qui attire l’attention sur la nécessité de disposer de produits pour les chambres et stimuler du même coup le blanchissage, le nettoyage, le textile.« Disposer de 700 chambres d’hôtel, c’est aussi 700 W.C et autant de climatiseurs qu’il faut entretenir en permanence. D’où la formation professionnelle. C'est aussi la dynamisation des technologies de l’information et de la communication, des services financiers », a soutenu Pierre Chauvet, pour signifier que la locomotive touristique tire des entreprises qui ne sont pas directement liées au secteur.Pierre Chauvet s’étonne que même des gens du secteur touristique haïtien aient du mal à comprendre que le tourisme est un produit d’exportation qui fait entrer des devises, a expliqué l’ex-président de l’ATH. Il n’y est pas allé par quatre chemins pour montrer que  « plus les visiteurs arrivent, que ce soit des étrangers ou des gens de la diaspora, plus le pays rentre des devises fortes comme le dollar, l’euro, etc. « Puisque ça génère des devises, donc c’est de l’exportation », a-t-il argué.La compétitivité s’imposePour attirer la manne touristique, Haïti doit s’inscrire dans la compétitivité et essayer de se mettre à la hauteur des géants de la zone comme la République dominicaine, Cuba,  la Jamaïque, les Bahamas. Pour ce faire, on doit commencer par trouver un moyen pour réduire le coût des intrants du produit touristique, tels que l’énergie, la main-d’œuvre qualifiée, le loyer de l’argent.  Comme le tourisme est un investissement à long terme, les taux d’intérêt du secteur financier doivent également en tenir compte. En intégrant le ‘’Major League Tourism’’, Haïti a fait le choix de la modernité et celui de se mettre au diapason des grands fleurons de l’industrie régionale et mondiale du tourisme. Aussi s’avère-t-il nécessaire de travailler à la conception d’un cadre légal offrant les références qu’il faut aux opérateurs économiques, agricoles, touristiques, etc.Fort des avantages qu’offre l’exploitation touristique, Pierre Chauvet a affirmé que  « Le tourisme est l’industrie du moment dans la Caraïbe».  Et c’est la raison pour laquelle il propose le tourisme comme seule alternative pour désamorcer la bombe de la classe économique qui menace tous les passagers de l’avion et même ceux de la classe des affaires qui ne s’en soucient pas. Car selon lui, non seulement le tourisme crée les richesses, il sait aussi mieux les partager.Pourquoi le tourisme est l’industrie d’exportation du moment ?De son côté, l’ex-ministre du Tourisme et consultante de l’ATH, Martine Deverson,  essayant de répondre à la question « Pourquoi le tourisme est l’industrie d’exportation du moment ? », a partagé avec l’assistance des chiffres très évocateurs de la situation du tourisme haïtien.  Selon les données de Mme Deverson, Haïti accueille plus de 400 000 touristes de séjour et plus de 690 000 croisiéristes. Une anomalie à la norme mondiale, a-t-elle dit, car généralement les croisiéristes représentent une minorité comparés aux touristes de séjour.Le Conseil mondial du tourisme des voyages vient de publier les chiffres de 2014 selon lesquels les  Bahamas qui produisent très peu ont un chiffre d’exportation touristique estimé à 62% ; la Jamaïque 53% ; Cuba 16% ; République dominicaine 36% et Haïti 35%.Contribution au PIBSelon la Banque centrale haïtienne, Haïti a produit en 2014 une valeur de 1.6 milliard de dollars d’exportation de biens et de services, dont 917 millions de dollars de biens et 701 millions de dollars de services. Le tourisme représente 83% des exportations de services, soit 582 millions de dollars US. Ce qui représente 20.5 fois les exportations de produits primaires ; 1.7 fois les exportations des produits industriels ; 122 fois les exportations de l’artisanat ; environ 2 fois les exportations de la sous-traitance ; 50 fois les huiles essentielles.Même si le nombre de visiteurs de séjour ne représente que 40% des visiteurs de croisière, les recettes d’exportation du tourisme haïtien proviennent à environ 90% du secteur du tourisme de séjour. Le tourisme contribue à 3,2% de contribution directe au PIB ; 104 500 emplois ; 109,6 millions de dollars d’investissement.Haïti a un parc hôtelier de 9 728 chambres. Le ministère du Tourisme vient d’en classer seulement 51%.  De ce nombre, 55% peuvent être mises en vente sur le marché international à travers les agences de voyages, les circuits de distribution, les systèmes de réservation des chaînes internationales, Best Western, Occidental, NH hoteles, Marriott et, dans le futur, Hilton).
Dieudonné Joachim / Gary L. Cyprien Le nouvelliste

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