La République dominicaine, plaque tournante de la cocaïne

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Entre 50 et 60 % de la cocaïne qui circule en France aurait transité par la République dominicaine, selon l'Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants. Une problématique qui justifie la présence française sur l'île d'Hispaniola. Le dossier.
Le 9 mars, le tribunal de Saint-Domingue devait juger quatre Français et dix Dominicains, suspectés d'avoir participé à un vaste trafic de cocaïne entre la République dominicaine et la France. Le procès a, une nouvelle fois été avorté Le procureur général ayant demandé la récusation des magistrats pour défaut d'impartialité. L'affaire dite « Air Cocaïne » défraye la chronique depuis mars 2013, et la découverte de 700 kilos de cocaïne à bord d'un avion Falcon 50, propriété du lunetier français Alain Afflelou mais affrété par une société de location, SN-THS.
Après 15 mois de détention provisoire, les deux pilotes français ne cessent de crier leur innocence. Jusqu'ici, la diplomatie française reste assez frileuse, pour éviter de se voir taxer d'ingérence. Si ce dossier fait beaucoup parler, il n'est pourtant pas le seul à impliquer des Français en République dominicaine.
Actuellement, huit autres ressortissants sont incarcérés dans les geôles dominicaines, pour trafic de stupéfiants. Ils étaient encore 19 il y a peu mais leur nombre a pu diminuer grâce aux transfèrements accordés dans l'Hexagone.
Toutes ces personnes arrêtées et détenues sont des mules - des personnes utilisées pour transporter la drogue -. L'appât du gain et la promesse de vacances tous frais payés poussent des jeunes généralement recrutés dans les cités à tenter l'aventure. Mais ce risque a un coût : jusqu'à 25 ans de prison encourus pour ce type de faits.
« La République dominicaine est idéalement située entre les pays producteurs et les pays destinataires de la cocaïne » , décrit Philippe Vellard, expert technique international, rattaché au ministère des Affaires étrangères. « Sa géographie particulière, les flux humains et commerciaux nombreux en font l'une des principales zones de stockage et de redistribution. » Selon l'Office central de la répression du trafic de stupéfiants (Ocrtis), entre 50 à 60% de la cocaïne saisie en France aurait transité par Paris.
Il faut dire que le jeu en vaut la chandelle pour les narco-trafiquants.
Vendu 1 000 euros dans les pays producteurs (Pérou, Bolivie, Colombie), le kilo de poudre blanche, qui remonte généralement du Venezuela, grimpe à 6 000 euros en République domicaine et se revend jusqu'à 35 000 euros à Paris. En 2013, les services de lutte anti-drogue ont saisi 10 tonnes de poudre blanche dans le pays. Une quantité globalement stable ces dernières années.
Mais, dans ce pays de 10,4 millions d'habitants dont 41,1% vivent en-dessous du seuil de pauvreté national selon la Banque mondiale, la tentation est grande de profiter de ces mannes d'argent à faire perdre la tête. En janvier, le chef de la Dican (un service qui lutte contre les micro-trafics mondiaux) et 12 de ses hommes ont été mis en cause pour avoir remis sur le marché 960 kilos de cocaïne, précédemment soustraits aux narco-trafiquants.
Un coup dur pour la France, qui travaillait régulièrement avec ce service, dans le cadre de coopérations techniques et opérationnelles. « Ce revers illustre bien la nécessité de notre présence sur cette problématique majeure du trafic de drogue dans le pays » , indique une source sécuritaire rattachée à l'ambassade de France. Ces dernières années, un phénomène nouveau semble aussi apparaître : l'émergence d'un trafic local d'herbe de cannabis, en provenance de la Jamaïque.
« C'est d'ailleurs à la suite immédiate d'une de nos formations sur le contrôle terrestre à la frontière haïtienne que la DNCD dominicaine a interpellé un camion suspect avec 74 kilos d'herbe de cannabis, le 10 juillet » , raconte Philippe Vellard, expert technique international. Une double satisfaction pour le chef du projet « appui à la lutte contre la drogue et le crime organisé » : « non seulement, ils ont fait l'affaire et nous l'ont fait savoir. Ce résultat encourageant montre que notre coopération peut aussi débloquer des échanges entre les services haïtiens et dominicains » .
Rodolphe LAMY, envoyé spécial à Saint-Domingue

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