Carte blanche et carton rouge

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Haïti a entamé dimanche soir une nouvelle phase dans le mandat de cinq ans de Michel Martelly. Si les quatre premières années du quinquennat du leader Tèt kale sont émaillées de crises de toutes sortes, on ne sait pas de quoi la dernière année sera faite. De quoi renforcer l'inquiétude de ceux qui doutaient de la capacité et de la bonne volonté de l’équipe au pouvoir à divorcer d'avec les mauvaises pratiques qui font d’Haïti ce qu’elle est aujourd’hui. Avant l’arrivée de Michel Martelly au pouvoir, on savait qu’Haïti figurait parmi les États faibles. Le pays réunissait toutes les caractéristiques d’un État défaillant. N’est-ce pas la faiblesse de nos institutions qui a conduit le néophyte en politique au pouvoir ? C’est une note de presse de l’ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince qui avait servi d’accélérateur pour faire revenir Martelly dans la course électorale au grand dam de Jude Célestin, le candidat du pouvoir. On se rappelle que c’est l’Organisation des États américains (OEA) qui était venue à la rescousse du CEP incapable de choisir qui, du candidat de la rue et de celui du pouvoir, devait affronter Mirlande Manigat au 2e tour de l’élection présidentielle de 2010. C’est la même ambassade des États-Unis qui avait tranché lorsque des sénateurs de l’opposition tentaient de chasser Michel Martelly du pouvoir sur l’accusation de détenir un passeport américain. Ce n’est pas avec le président Michel Martelly que le rêve de voir les institutions haïtiennes se renforcer va être concrétisé. Pas plus tard que le dimanche 11 janvier 2015, l’ambassade américaine a, dans une note sans langage diplomatique, pris position pour le président Michel Martelly au détriment du Parlement dans la longue crise qui opposait l’exécutif et le G6 au Sénat. Hier, on savait que l’État haïtien était faible, aujourd’hui on ne sait même pas quel qualificatif employé. Avec 1/3 des sénateurs en poste, le Sénat est en dysfonctionnement. La Chambre des députés est, quant à elle, hors service, avec 0 député en poste. La Cour de cassation, la plus haute instance du système judiciaire, et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) sont décapités. Les maires sont remplacés depuis l’arrivée de Michel Martelly par des fonctionnaires nommés par l’exécutif. Le Conseil électoral qui doit organiser des élections pour mettre fin à cette situation n’existe pas. Incroyable mais vrai, l’État fonctionne avec seulement 11 élus. Le président de la République n’a plus d’interlocuteurs dans les autres pouvoirs. Personne pour remettre en question ses décisions. Aucune institution pour conférer la légitimité à son Premier ministre. Pour le reste du mandat de Martelly, soit environ un an, la direction du pays, comme une microentreprise, est entre les mains d’un homme. L’avenir de ce qui reste de l’État haïtien dépend de la bonne volonté du leader Tèt kale et des ambassades des pays amis d’Haïti qui ont en poche carte blanche et carton rouge.
Jean Phares Jérome
Editorial du Nouvelliste

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