Ça suffit !

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Président Michel Martelly en a rêvé. Il a été président du compas. Son destin, un soir de décembre 2010, allait basculer quand un communiqué de l’ambassade des Etats-Unis a désavoué le CEP de Gaillot Dorsinvil. Pour les Yankees, il était hors de question que l’ultime bras de fer pour la « chaise bourrée» de la présidence d’Haïti oppose Jude Célestin, poulain de René Préval, à Mirlande Manigat. La rue, chose rare, avait suivi, s’était alignée sur la position américaine. Les inimitiés accumulées par René Préval avec le peuple et le Blanc ont coûté la présidence à l’homme du CNE qui n’avait pas de troupe, même pas un chat pour miauler sa cause, pour crier au scandale. Michel Martelly, choisi, a eu la tête enflée du sauveur, du leader tout-puissant, du chef suprême de la nation. Devenu «criseur», comme d’autres avant lui, il s’est jusqu’ici reposé sur « ses Blancs ». Sans se rappeler que René Préval était « Kòkòt ak Figaro » avec les représentants de la communauté internationale en Haïti.Ces jours-ci, il faudrait que le président Michel Martelly soit sourd et aveugle pour ne pas comprendre que le ton change envers lui parce qu’il hypothèque une chose à laquelle la communauté internationale tient beaucoup : la stabilité institutionnelle. Reçu cette année par Obama au début de l’année, par François Hollande, Angela Merkel, Michel Martelly, en réaffirmant sa volonté d’organiser des élections qui ne se tiennent pas, change de statut. Petit à petit. Il est le leader qui ne tient pas ses promesses, qui ne fait pas assez pour éviter le chaos annoncé à son pays. En privé, les diplomates, préoccupés, font la grise mine, multiplient les réunions, les mises en garde avant de taper du poing sur la table : ça suffit !Il aura fallu un communiqué de Sandra Honoré, rappelant que   « l’exercice du droit de manifester et de la liberté d’opinion est un signe de la consolidation de la démocratie en Haïti », pour que le pouvoir freine la brutalité policière pendant les manifestations de l’opposition, appelée pour sa part à éviter les diffamations, les troubles à l’ordre public.Pour montrer que le ton a changé, l’ambassade des Etats-Unis n’a pas dit un mot sur l’agression verbale contre l'ambassadeur qualifiée d’inacceptable par Paul Denis, l’un des leaders de l’opposition rencontré mardi soir. Le gouvernement, en mode outré, sympathie et charme, est seul à récupérer la mésaventure de Mme White. Dans un communiqué de l’ambassade sur cette rencontre avec ces neuf leaders de l'opposition, on lit que «l’ambassadeur White se dit  extrêmement impressionnée par leur analyse de la situation politique actuelle, leur dévouement pour le futur d’Haïti, et leur réelle volonté de négociation pour le bien de leur pays. Elle a quitté la rencontre en étant optimiste, car il existe une voie pour avancer».  Le ton a changé entre le 11 septembre et le 2 décembre. A l’ONU, en septembre, sur  un ton  ferme, la représentante des Etats-Unis, l’ambassadrice Samantha Power, avait affirmé que les six sénateurs veulent prendre en otage les élections avec des motivations partisanes, allant même jusqu'à empêcher un débat sur la loi électorale. L’ambassadrice américaine avait aussi souligné que les législateurs, dans une démocratie, ont la responsabilité de défendre les droits de leurs électeurs. « Mais quand les élus profitent de la démocratie pour bloquer de manière cynique les débats et des élections, ils se mettent sur le chemin visant à résoudre les problèmes réels de leurs concitoyens. Notre message à tous les politiciens d'Haïti est clair: se réunir pour adopter une loi électorale et organiser des élections libres, équitables et inclusives dans le respect des délais constitutionnels. » Dans ce message musclé, personne n’avait évoqué les faiblesses de l’Accord d’El Rancho : l’absence de discussions interinstitutionnelles, des discussions entre les vrais protagonistes.Alors qu’on observe un changement de ton envers Michel Martelly, des ultras de l’opposition dénoncent un plan pour casser la mobilisation pour renverser le président. Ce qui est dans l’ordre du possible à un moment où Michel Martelly lie son destin à Laurent Lamothe. Pour quelques analystes, le timing est important dans ce cas de figure. Si tout s’emballe, il sera difficile pour Martelly lui-même de rester au pouvoir, jusqu'au bout de son mandat. Ce qui serait préjudiciable au pays, contrairement à ce que disent des opposants qui veut qu'il rende le maillet. Quelque part, personne ne serait surpris que le Blanc, en durcissant le ton contre le président, tente de sauver ce dernier contre sa propre volonté et d'épargner au pays des jours sombres.Au regard de ce qui se dessine, il devient évident que Michel Martelly n’est pas parvenu à saisir la complexité de la situation, même s'il prétend le contraire. De son coté, l'opposition, en embuscade, ne suprend personne en terme d'innovation, de propositions pour oser regarder l'avenir avec moins d'inquiétudes, moins de peur d'une réédition des scènes de dechoukay. La prise du pouvoir, presqu'à tout prix, est la ligne directrice du leadership de l'opposition au sein duquel la méfiance, malgré les apparences, domine. Lavalas est tout sauf amnésique. Tout sauf celui qui laissera son dos sans surveillance. Et pour cause. Au sein de l'opposition, unie dans la dénonciation de Tet Kalé, la plupart sont d'anciens amis-ennemis redevenus amis au gré des circonstances, de l'opportunité politique, des revanches aussi prendre sur Martelly, le novice un peu taquin, devenu président au nez et à la barbe de beaucoup de "rats politiques", de vieux baroudeurs dans la lutte pour la démocratie en dent de scie d'ici. Le moins que l'on puisse dire c'est que le pays joue gros, la paix sociale est menacée au point que les évêques d’Haïti, dans un tableau sombre en mode bilan négatif pour le pouvoir, a appelé au dépassement, à la fin de la démagogie et du marronnage. L’heure est grave. Il est temps de dire à Martelly que ça suffit. Pour qu’il puisse boucler son mandat. Pour qu’Haïti ne refasse pas la une sur CNN. Avec ces images de nous qui embarrassent, qui confirment l'échec du bureau Haïti au Département d'Etat, qui questionnent le leadership des Clinton, qui rapelle ce déjeûner entre Michel Martelly, le candidat à la présidence, et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, candidate démocrate probable pour remplacer Barack Obama au bureau ovale en 2016. Entre-temps, les angoissés disent ça suffit. Trop de gachis
Roberson Alphonse Source: Le Nouvelliste

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