Le succès des groupes musicaux haïtiens: Fiction ou réalité

Publié
5 années ago
Dernière mise à jour
1 année ago
616 views
Time to
read
5’

Le marché musical haïtien regorge de formations interprétant le même genre de musique. Pourtant, on différencie des groupes phares de ceux dont la popularité tarde à venir. Peu importe la classification, ils se ressemblent tous dans la forme et le fond. Certains observateurs les qualifient de groupes « copycat », ce qui veut dire des formations parasitaires; et ils leur reprochent un tel comportement. L’on se demande s’il existe vraiment des groupes phares dans cette industrie, et qui méritent un tel qualificatif ? Tout bouge en rond dans un vacuum Au niveau de production musicale, rien n’est fait puisqu’aucun groupe n’a mis un produit en circulation après Nu Look, qui lui aussi avait pris du temps avant de gratifier ses fans d’un nouveau CD. Depuis, Nu Look a repris membre, mais pas la couronne. Vraiment, ils attendent tous que leurs compétiteurs mettent un disque sur le marché avant d’offrir un opus au grand public. Le comportement parasitaire des groupes musicaux crée un vacuum au niveau de créativité et de bonne production. D’ailleurs, c’est ce qui fait volatiliser le succès d’un CD beaucoup plus rapidement. Ceci donne lieu à un marché pauvre et fragile. Les musiciens, toutes générations confondues, s’en rendent compte, mais ne prennent aucune mesure pour remédier à une telle situation. Ils se sentent bien dans leur monde, où ils rêvent toujours de succès et même de « cross over » du compas direct. Ils ont un long chemin à parcourir et beaucoup de travail à faire avant de réaliser le « cross over », c'est-à-dire de faire accepter notre compas direct par tous les peuples du monde entier, comme c’est le cas pour le reggae qui identifie la Jamaïque. Auteur de l’article: Robert Noël. Je le redis aujourd’hui, le fait d’honorer un contrat en Europe, en Afrique, au Japon ou aux Antilles ne veut pas dire que le crossover est assuré. Il manque un ingrédient à cette forme de musique haïtienne: le compas direct. La basse doit être le  « driving force », c'est-à-dire la force motrice qui fait bouger le monde. Elle doit être plus dynamique. Contrairement à l’opinion publique, c’est elle qui crée le groove. Ce ne sont pas les longs solos de la guitare comme certains musiciens tendent à nous le faire croire. Peut-on parler de nouvelles productions dans le sens de créativité artistique dans l’industrie musicale haïtienne? Certains groupes musicaux ruminent. Ils prennent une musique qui a connu un succès dans un temps, à laquelle ils ajoutent un texte nouveau et ils la présentent au public. Les accords restent les mêmes et les mélodies sont simplement inversées. Ce qui donne l’impression du déjà-vu, du déjà entendu. Le public ne s’en rend peut-être pas compte. Quand on ne sait pas ce qu’on cherche, on accepte n’importe quoi et on se sent satisfait. Puis, on emprunte la voie de la propagande pour parler de succès d’un orchestre, en se faisant passer pour porte-parole de l’ensemble. Tout ceci se fait sous la base de « kolòn n ki bat ». Un musicien, un vieux de la vieille, a déclaré que les groupes musicaux n’ont pas besoin de produire de nouvelles chansons puisque les morceaux qu’ils jouent aujourd’hui avaient connu un succès dans un passé lointain. Il a pris un groupe caribéen comme référence pour supporter son assertion, sans savoir que la formation musicale à laquelle il fait allusion a produit plusieurs disques pendant les quatre dernières années.
La créativité et le succès se donnent la main
Le groupe Zenglen a connu un grand succès avec son dernier CD « Rezilta », mais les responsables du groupe n’ont pas utilisé la bonne stratégie qui leur aurait permis de le consolider et ainsi conserver la position que le disque leur a value. Ce CD a été bien reçu du public. Tout le monde en parlait. Certains groupes compétiteurs ont dû retarder la sortie de leur disque et retourner en studio pour peaufiner leur  travail. La chanson « Rezilta » a été le morceau fétiche qui avait placé le groupe Zenglen au haut de l’échelle.  Les autres pièces de l’album n’ont pas reçu autant d’acclamation que « Rezilta » et la promotion a gravité seulement autour de ce morceau. Voilà donc une grave erreur de la part du personnel responsable de la promotion et du marketing de l’album. C’est vraiment un gaspillage. Auteur de l’article: Robert Noël. À mon avis, la promotion est au succès ce que le souffle est à la vie.
Même si on dit que le temps perdu ne se rattrape jamais, l’erreur peut être réparée si les musiciens du Zenglen en sont conscients et acceptent d’adopter une nouvelle forme de pensée, liée à une meilleure stratégie de promotion. Ils doivent commencer la promotion des autres chansons du CD. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.  Les musiciens et le conseil d’administration de Zenglen n’ont pas fait l’étude du marché pour savoir quelle stratégie utiliser en fonction des changements abrupts qui se sont opérés à travers le temps.  Chaque période diffère et les exigences du temps varient.  La donne a brusquement changé avec la sortie de l’album de Klass, qui domine encore le marché musical haïtien.
Sans vouloir comparer ces deux formations musicales, il semble que Klass ait une approche nettement différente de ses compétiteurs. La différence réside au niveau de stratégies. La survie et la consolidation du succès dépendent aussi de ce paramètre important. Il faut que le groupe Zenglen suive de près la courbe de la demande pour comprendre et savoir comment satisfaire les besoins du moment. Zenglen n’est pas le seul orchestre faisant face à cette situation. Le groupe Disip, malgré la bonne qualité de son CD, n’arrive pas à dominer la scène musicale. La stratégie qu’il utilise ne produit pas le résultat que les musiciens du groupe escomptaient. La formation Disip a aussi tous les paramètres de l’équation du succès,  mais elle ne peut pas la résoudre. Ces musiciens ont besoin aussi de tutorat pour leur apprendre le côté business de la musique.
Tous les groupes musicaux se croient et se disent au sommet de leur jeu et se vantent tous de connaitre un succès fou. Ils font tous croire que leur tournée en Haïti est couronnée de succès. C’est comme aux carnavals d’Haïti, plusieurs groupes musicaux s’autoproclament champions sans qu’il n’y ait un concours-meringue organisé avant les festivités, comme cela se faisait autrefois. Haïti n’est plus le baromètre de l’industrie musicale haïtienne. Si on suit la courbe de la demande, elle décrit une droite décroissante. Pourtant, le prix de vente des CDs n’est pas en hausse. Il faut que les orchestres créent un modèle de Valeur qui leur permettra de bénéficier de profits valables. Ils doivent aussi éviter l’Imitation de leur modèle de valeur par leurs concurrents. Il est aussi important qu’ils déterminent le Périmètre sur lequel ils veulent déployer cette création de valeur.
Indéniablement, l’industrie musicale haïtienne a besoin d’une restructuration en profondeur et doit ériger  un mur de soutènement pour éviter l’éboulement du terrain. L’opinion des musiciens, concernant le succès fou, se base sur le fait que leurs groupes honorent des contrats en Haïti au cours de la saison estivale, ne sachant pas que le succès ne se mesure pas à partir d’une seule saison. Tous les orchestres adoptent une telle attitude et souvent ils affichent des informations fictives sur les réseaux sociaux. Ils le font dans le but de donner l’impression que tout va à merveille pour eux. Certains animateurs de musique « compas direct » et quelques journalistes de divertissement les tolèrent. Ils les encouragent à mentir davantage. Le succès dont ils parlent tous est fictif et le sera tant que les mesures nécessaires ne sont pas prises à temps.  D’ailleurs, le succès est éphémère et l’est beaucoup plus dans l’industrie musicale haïtienne.
[email protected]

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 6 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 7 mois ago