Viber, Skype, Magic Jack bloqués par Digicel, Boute fait le point

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 Le Nouvelliste (L.N): Digicel a averti ses abonnés, il y a quelques jours, que certaines applications de VOIP sur Internet n’étaient plus disponibles; concrètement qu’est-ce que cela signifie ?Maarten Boute (M.B): Cela signifie que, sur notre réseau 4G, pour tout appareil qui utilise une carte SIM, nous avons bloqué l’accès à des applications qui utilisent l’Internet pour passer des communications gratuitement. Le raisonnement à la base de cette initiative est que la Digicel.Au niveau de toute la Caraïbe, a fait des investissements très importants dans les réseaux data, qui ont été faits dans les 2 et 3 dernières années, et que le conseil d’administration de la Digicel ne voit pas de retour d’investissement sur cet investissement. Et en plus de cela, remarquez qu’il y a des fournisseurs de services qui fournissent des services gratuits à des consommateurs qui cannibalisent aussi nos revenus traditionnels qui sont des revenus de voix. Cette décision a été prise d’une façon très forte, et le raisonnement du conseil pour cette décision forte est de provoquer une réaction assez rapide de ces fournisseurs de services afin de s’asseoir autour de la table pour trouver un modus operandi pour le futur qui nous permette de ne pas impacter forcément le consommateur, qui permette à Digicel au moins de s’y retrouver et que ces fournisseurs trouvent un modèle commercial qui permette aux deux de vivre ensemble sur le même réseau.LN : Aujourd’hui on parle de Viber, de Tango, de Skype, de MagicJack, on parle de quoi d’autres ?MB : Il y a aussi Google Talk, Nimbuzz. Vous venez de citer les plus connus. Tout ce qui est application qui utilise de la voix sans passer par les minutes classiques. Il faut avoir un abonnement data, un smartphone ou une tablette pour télécharger ce genre d’applications et puis les utiliser.LN : Vous dites que vous espérez que ces fournisseurs de services vont s’asseoir avec Digicel mais partout à travers le monde, ces services sont gratuits, personne ne paie. Qui va vous payer ?MB : Il y a des pays où ils ont essayé d’avoir la même approche du blocage, cela n’a pas toujours été forcément une réussite. Il y a des pays qui permettent aux opérateurs de dégrader certains services de voix sur IP. Il y a des pays dans lesquels les régulateurs ont le droit d’ajuster leurs prix par rapport aux types d’utilisation qui sont faits. Par exemple, quand je suis aux États-Unis j’essaie de télécharger un fichier dans mon e-mail de plus d’un mégabyte, le fournisseur de services me dit simplement que je ne peux pas télécharger  ce fichier: «attendez de vous connecter sur le wi-fi pour le faire». Si on essaie d’utiliser des applications de voix sur IP sur certains réseaux aux États-Unis, cela ne marche vraiment pas bien parce qu’ils ont regardé le type de data qui passe sur le réseau et ils dégradent le service légèrement. Ceci n’est pas un débat haïtien, ceci est un débat mondial. Chaque pays ou chaque opérateur essaie de s’y retrouver d’une façon ou d’une autre ou de trouver un modus operandi comme vous dites. Il y a certains gros opérateurs comme Telefonica par exemple qui ont trouvé des accords de partenariat avec un ou deux « provider VoIP », et ils préinstallent l’application sur leurs téléphones et ils partagent les revenus sur tout ce qui est appel  « out » (Skype out, Viber out…). Il y a de petits frais qui sont payés par l’utilisateur chaque mois pour utiliser l’application. Il y a différentes pistes de sortie pour avancer sur ce dossier.LN : On parle d’argent, cela représente combien de minutes, cela représente des pertes de quel montant pour la Digicel par exemple par mois ou par an ?MB : Lorsque la décision a été prise, l’impression était  que ça allait représenter environ une histoire de six millions de dollars américains par an de manque à gagner pour la Digicel, surtout en termes d’appels internationaux entrants. Quand on regarde la réalité, on est dans des chiffres beaucoup moins importants que cela. On va peut-être parler de chiffres entre 500 000 et 1 million de dollars par an au maximum de manque à gagner, récupéré sur des appels entrants vers Haïti. Ceci est dû au fait que le profil de communication qu’on a sur ces types d’application est complètement différent que lorsqu’on paie pour une communication. Je le vois moi-même quand je fais du Skype avec mes enfants parce que j’aime bien avoir la vidéo dessus, que je peux laisser ouvert l’ordinateur pendant des heures; je vais à la cuisine, je reviens, je fais mon tour dans la maison. On discute d’une façon tout à fait différente. Les estimations qui avaient été faites au départ ne se sont pas reflétées dans la réalité. LN : On peut continuer à les utiliser si on est sur le wi-fi ou si on a sur un service autre qu’un SIM ?MB : On peut continuer à utiliser toutes ces applications-là pour tout ce qui est Internet à la maison qui s’appelle le wimax. Tout ce qui n’a pas de carte SIM, on laisse ça ouvert parce qu’on n’a pas le même problème. C’est d’autres types d’infrastructures, c’est beaucoup moins coûteux que de déployer ces types d’infrastructures pour l’Internet que de déployer l’Internet mobile. La mobilité demande beaucoup de technologie parce que les antennes sont très chères et donc c’est pour cette raison qu’on a laissé ouvert ces types de services-là.LN : Est-ce qu’on peut dire aussi que non seulement vous perdez de l’argent mais sur les applications mobiles vous avez une dégradation de service également?MB : Les techniciens m’ont expliqué que la voix sur IP utilise des canaux prioritaires sur le trafic IP. Ce qui veut dire s'ils utilisent une bande passante cela peut affecter en général l’expérience data. Lorsqu’on enlève la voix sur IP sur le réseau de GSM, on a une augmentation de qualité sur le réseau 4G. Comme c’est de l’Internet, les gens sont assez créatifs, ils trouvent déjà des façons pour … des blocages que nous mettons en place. C’est un peu une guerre continue. Le but vraiment n’est pas d’affecter le consommateur. Le but est de susciter aussi rapidement que possible des réactions des fournisseurs des voix sur IP pour arriver à un accord qui nous permette de débloquer cette situation et d’avancer. LN : Le créateur de Viber a eu à dire que Digicel perd son temps pour trouver d’autres solutions. Est-ce que vous ne craignez pas que Digicel, qui était réputée comme la compagnie qui avait apporté la modernité, les télécommunications, l’internet mobile... devienne une compagnie rétrograde ?MB : C’est effectivement une perception qu’on peut avoir. De nouveau, le but n’est pas de bloquer ceci éternellement. Le but est de susciter une réaction.  Une des premières réactions publiques, parce qu’il y avait bien sûr des réactions à huis clos, d’autres providers. De la part de Viber. En parallèle, il y a des discussions en cours avec eux pour trouver un modus vivendi, pour trouver une solution commerciale à cette sortie. Est-ce qu’on veut arrêter l’innovation ? Non, on ne le souhaite pas du tout. C’est un moment très difficile à passer pour moi personnellement. Parce que d’un côté, j’apprécie le pays, j’apprécie la technologie dans d’autres domaines aussi. Mais c’est un passage qui, maintenant, est devenu obligé. Je peux vous garantir que je travaille jour et nuit pour que ce soit aussi court que possible.LN : On peut espérer que cette mesure de restriction sera levée bientôt ou bien corrigée ?MB : Je pense que oui. Je pense qu’on peut espérer trouver une sortie d’une façon ou d’une autre de cette situation compliquée. Je pense qu’il y aura toujours cette question à poser sur les prix des services qu’on vend. Ça c’est la question de base. Peut-être qu’on n’ouvrira pas toutes les applications et on limiterait ça à celles qui sont les plus utilisées, les plus populaires en Haïti et dans les différents pays consécutifs dans la Caraïbe. Il faut savoir que dans tous les pays de la Caraïbe c’est bloqué également. Dans beaucoup de ces pays-là, les concurrents ont emboîté le pas à d'autres parce qu’ils sont affectés par le même problème. Peut-être que c’est dans la forme qu’on doit revoir notre approche. Je veux absolument m’excuser parce que la façon et la rapidité avec lesquelles ça été fait en Haïti étaient un peu choquantes. On a envoyé un SMS à tous nos abonnés pour les en avertir, mais c’était une notification de 6 à 12 heures avant les faits. Donc ça a été fait rapidement, c’est une leçon qu’on a apprise. Il y a eu beaucoup de débats en interne pour éviter que ça se fasse encore de cette façon. LN : Digicel a aussi parlé de taxe qu’elle essaie de collecter mais en fin de compte le montant d’un million de dollars sur un an, il n’y a pas beaucoup de taxes en fin de compte pour l’État ?MB : C’est peut-être parce que nous sommes le seul sur le marché à l’avoir fait. La Natcom a pris certaines actions de dégradation de certains services mais n’est pas encore dans une situation de blocage complet. Donc les montants sont largement inférieurs à ce que le conseil avait espéré voir.LN : La Natcom pour la première fois a fait une publicité qu’on dirait qui attaque Digicel, qui compare son réseau avec celui de Digicel. Digicel avait donné le mois de juin comme délai pour que tout soit réglé sur son réseau. On constate encore des dégradations dans les appels. Vous êtes inquiet par rapport à ce que dit la Natcom, le réseau le plus fiable aujourd’hui ?MB : Je ne vais pas rentrer dans le réseau fiable, réseau plus grand, etc. ils ont spécifiquement fait référence à leur réseau 3G. On a toujours dit qu’on avait un peu de retard sur le réseau 3G qu’on est en train de rattraper. Les travaux qui étaient prévus de terminer fin juin ont pris effectivement un peu de retard. On parle de deux semaines. L’audit que j’avais demandé de faire commence quand même le 15 juillet. Les auditeurs arrivent de l’étranger le 15 juillet. Ils seront une trentaine. Ils vont faire le tour du pays pour auditer le réseau. J’aurai des données factuelles sur l’amélioration du service pendant leur passage ici. Mais on est conscient qu’il y a encore un peu de travail. Mais on avance, il y a de l’amélioration. Mais on a encore un peu de chemin à faire. Peut-être un mois de délai supplémentaire. Je pense d’ici fin juillet cela irait mieux. J’ai beaucoup eu de discussions sur la concurrence cette semaine ou depuis ce blocage, quelque part je suis content que la Natcom montre ses dents. Ça montre qu’il y a une réelle concurrence en Haïti. Les gens pensent ne pas avoir d’alternative. Je n’encourage personne à partir. Je pense qu’on mérite de garder nos clients mais j’ai aussi besoin qu’il y a un concurrent fort, qui est là, qui est présent, qui fait de la publicité et qui se démarque afin que les deux puissent vivre en binôme. Un marché sans concurrence n’est jamais bon et on a besoin de cette concurrence pour notre crédibilité.
Propos recueillis par Frantz Duval et décryptés par Patick Saint-Pré
Source: Le Nouvelliste

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