Le temps de la bêtise

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Que d’énergie dépensée par nos chefs ! Ils se livrent une guerre au couteau depuis des mois pour contrôler ou pour dénoncer le contrôle réel ou fictif de l’institution électorale. La démocratie, dans tout ça, est dans de beaux draps. La prise du pouvoir, toujours aux dépens de l’autre, n’est pas un moyen pour rassembler, souder les différences dans l’application d’un programme politique, une proposition de développement viable, fiable, dépourvue de ces slogans abêtissants pour un peuple pas toujours convié à l’effort. Le pouvoir, hélas, est souvent une fin pour des gens qui ont faim. Le cercle vicieux, en se perpétuant, permet à la corruption de se renforcer sur fond d’une économie exsangue, incapable d’atteindre un taux de croissance à deux chiffres alors que la population croît à un rythme qui n’en finit pas de susciter de grandes préoccupations.  Cette masse de bras –dotée d’un petit nombre de cerveaux intellectuellement et professionnellement meublés- candidate à l’exode, a été appauvrie un peu plus depuis le séisme. En 35 secondes, il y a quatre ans, des millions de gens ont fait un pas de plus vers la pauvreté extrême. Quand ils s’écharpent par médias interposés, ni Tèt Kale, ni ses opposants ne proposent ce plan national, fruit d’un large et véritable consensus pour sortir Haïti du trou avec ces millions de gens. C’est le temps de la poudre aux yeux et des insultes d’opposants aigris. Ils ne jurent que par le pouvoir à prendre, que par la pérennisation de leur clan au pouvoir. Dans ce jeu de dupes, toutes les cartes sont pourtant visibles. Et les tuteurs, qui ne demandent pas plus que des élections, à défaut d’un véritable relèvement, malgré les milliards de dollars claqués après 2010, ne sont pas des idiots. Ils connaissent la musique. Eux qui ont des plans à n’en plus finir à chaque fois que les Haïtiens, dans « ce grand jeu de cons », s’excitent, brûlent des pneus, cassent et font la une de CNN. La main sur le cœur avec raison parfois, en off, ils s’étonnent du niveau de bêtise des chefs haïtiens. Oui, de bêtise et d’entêtement de ces derniers, peu inspirés. Dans la littérature politique mondiale, il ne manque cependant pas les histoires de peuples qui ont su inventer ou réinventer l’intelligence nationale, patriotique qui commande des « sacrifices de lucidité » pour leur pays. Ces peuples ont, ce faisant, réduit l’influence de puissances étrangères dans la politique intérieure de leur Etat pays. En respectant la loi, le principe de l’alternance politique, la préférence en faveur de l’économie locale. Ces peuples, à l’instar des voisins dominicains, ont eu au sein de l’élite politique un certain Francisco Peña Gomez, un Joaquim Balaguer. Une élite économique qui construit en guise de dépecer le cadavre d’un pays, comme des charognards, des Karanklous.Dans ce désert de propositions, de vision de société, les extrêmes ont la part belle. Comme si le pays devait se résumer à cela. Quand, entre-temps, le temps s’affaire à envoyer à la retraite des « politiciens traditionnels », sans bilan, sans haut fait d’armes, des artistes (chanteurs, D.J. et compagnie) se voient en sauveur. Personne ne saurait contester leur droit à être candidat. On est dans le pays du grand show off, de la cigale.Personne ne se rappelle que l’on danse sur des plaques tectoniques qui valsent et qui pourront emporter des centaines de milliers d’entre nous dans la. Personne ne comprendra qu’il est temps de mettre un terme au temps de la bêtise.
Roberson Alphonse
Le Nouvelliste

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