SA M- WE, SA M- TANDE, KOTE M-ALE…

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Mézanmi ooooh ! C’est tout le temps oui qu’on saute dans ce pays. Et dire que, depuis l’apparition du cellulaire et des tablettes, des telenovelas et autres tyampan du genre, il y a de ces jeux qui se perdent, comme sauter à la corde, jouer à la marelle, à saute-mouton, etc.  Maintenant, si on ne tchatte pas, on regarde un feuilleton…Et pourtant, la technologie ne nous empêche pas de sauter non. Au contraire, nous sommes devenus plus vulnérables parce que la plupart du temps concentrés sur un écran, le moindre bruit nous fait pantan.  Il y a des sons auxquels nous sommes en principe habitués, mais ceci n’empêche pas cela. Par exemple : le chœur vicinal à l’unisson : wéééééé traduit soit qu’on a donné le courant après un blakawout plus long, et on plonge pour courir reploguer les électroménagers (si les «survoltageries» de la compagnie électrique n’avaient pas déjà tout fait sauter dans la maison); soit qu’un goal est parti dans un quelconque match. Les décideurs nous font sauter tout le temps avec certaines nouvelles mesures qu’ils prennent. Par exemple, l’augmentation des impôts et les taxes toutes neuves : saut en hauteur; ensuite, assurer la sécurité devant les banques ou les écoles : saut en longueur… son application traiiiiiiiiiine.  Puis, viennent les mesures qui exigent que les motards portent des casques ainsi qu’un certain nombre de passagers : cette mesure a juste fait un sursaut, si on en croit tous ces pilotes tête nue (peut-être aussi que les passagers sont mariés entre eux : ils sont devenus une seule chair).Quiconque circule dans nos rues ne saurait ne pas pantan à la vue des  tap-tap informels, où la ceinture de sécurité est comme la loi : une pour tous. Vous savez bien, cette corde à sauter qui pend derrière un camion et sert pour grimper ou pandyer. A mon avis, c’est certainement un modèle de ceinture contemporaine, unique et collective.On saute sérieusement quand on tombe barbe pour barbe avec une manifoustation  (ce n’est pas un lapsus) : on sait depuis toujours que c’étaient seulement les moun fous qui envoyaient des roches, maintenant, on a aussi les manifoustants.  Le salut serait dans un back rapide, mais les roches vont plus vite que six cylindres!  On saute quand on apprend que certains honorables  de la Chambre sont aussi des dentistes autodidactes et gratuits.  Déjà, on était pantan à la vue de tous ces marchands informels de carburant; maintenant, on apprend qu’une ville (une de plus) est privée de sapeurs-pompiers! Vraiment de quoi vous donner grand cœur sauté hein, mezanmi. On trépigne lorsqu’on arrive sous la pluie avec une urgence dans un centre de santé (en principe bien équipé) et on vous renvoie à un autre parce qu’ici il n’y a pas de matériel ici pour faire une sono, à l’autre centre il n’y a pas de médecin de garde, à un troisième il y a le médecin et l’appareil, mais il ne marche pas (le saisissement nous ferait sauter si on pouvait savoir lequel est dysfonctionnel, du médecin ou de l’appareil). On sursaute quand on doit se démener comme maître Jean Jacques pour ne pas se laisser écraser sur son propre bord par ces véhicules plus pressés que tous les autres usagers de la route, et qu’ça saute hein ! Hmmm…  On n’ose pas montrer ses sautes d’humeur dans cette salle d’attente ou une sinécure occupant une fonction de directeur vous fait poireauter, en prenant pose d’être plus occupé que quiconque.On saute quand on voit le prix des articles dans les supermarchés ou les magasins, surtout si on revient de là-bas (déjà qu’on avait sauté en voyant le prix du billet). On saute quand on reçoit sa facture d’eau, de courant. On saute quand une servante vous indique son tarif pour faire la cuisine, et on va sauter davantage quand on verra le rythme auquel fondent les provisions.J’ai sauté ce matin, en voyant deux écoliers marchant allègrement sur un trottoir de Pétion-Ville : subitement, je n’en ai plus vu qu’un seul. Oh oh? L’enfant aurait-il un point disparaître? Celui qui était devant, s’entendant rire tout seul, tourne la tête pour voir où est passé son condisciple.  Je re-saute en voyant l’enfant disparu remonter d’un trou égout où il était tout bonnement tombé…  Heureusement qu’il n’a rien eu de cassé, moi la scène m’a cassé le cœur. Je sursaute en croisant certains parvenus qui, oubliant leur dantan et leurs origines, se pavanent et jouent aux snobs, oubliant par là également que tout est éphémère. Tout le monde sait bien que quand on sort de plus haut, on prend de plus gros sauts… Heureux les cœurs calmes et les compatriotes humbles, parce qu’ils ne courent pas le risque de tomber dans un sauté-qui-peut !
Par Sister M. source: Nouvelliste

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