HAITI

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Où est votre Hugo Chavez?  Où est votre Omar Al Mokhtar?  Où est votre Miguel Hidalgo? Où est votre Omar Torrijos?  La nation haïtienne est née par césarienne. Que de vies sacrifiées! Personnellement, je me découvre en toute humilité  devant tant de courage, de bravoure, de dignité, de conviction, de détermination… Des femmes, des hommes arrachés sauvagement à leurs terres nourricières ont triomphé des humiliations et des injustices du colonialisme pervers et rébarbatif.  Ils sont les Spartacus de l’Amérique. Ils ont été les premiers individus à dérégler  le mécanisme de contrôle et de régulation pour provoquer le processus de déséquilibre et de destruction de « l’ordre cannibale du monde(1) » imposé par l’impérialisme colonial. Ils ont vaincu vaillamment l’esclavage et ses bourreaux qui s’appellent la France, l’Espagne, l’Angleterre…, en Amérique.   Les sacrifices consentis par les esclaves devraient conduire en tout état de cause à la création glorieuse d’une patrie souveraine et libre! Cependant, la sagesse nous apprend que la liberté, l’indépendance et la souveraineté n’existent pas au sens absolu. Aucune société n’est autarcique. Ce constat véridique compromet au départ l’espérance  pour les peuples de l’univers d’atteindre le « nirvana terrestre ». Et il en résulte entre eux une lutte farouche qui est venue se greffer sur la célèbre phrase de Plaute, reprise par Thomas Hobbes : Homo homini lupus (L’homme est un loup pour l’homme). Héraclite l’exprime bien : « La contradiction est le principe même du monde. » Si tout ne saurait exister que par son contraire, ne faudrait-il donc pas continuer de  creuser davantage les questions liées à la « fonction de complémentarité »  des espèces pour tenter de renverser les conceptions stéréotypées qui forment les murailles des souffrances et des désespérances humaines, ce qui nous conduirait allègrement à la thèse soutenue par l’illustre Anténor Firmin sur le principe sacré de l’égalité des races humaines. Hélas! l’individu n’est sorti de son état de nature que pour se retrouver dans un système de société fondé sur l’asservissement, l’exploitation outrancière, la discrimination raciale, l’oppression et la répression. L’Afrique noire et l’Amérique des Indiens n’ont pas échappé à la médecine idéologique du mercantilisme cupide, inexorable, destructeur, génocidaire et usurpateur.    Le problème fondamental d’Haïti, depuis le 1er janvier 1804, date de sa création historique, se pose en termes d’existence et de survie dans une jungle politique et économique constituée de sociétés cannibales. Les  « forts » mangent les  « faibles ». Cela nous fait penser à Jean Paul Sartre avec son fameux « Le diable et le Bon Dieu », ce passage du dialogue éloquent entre Goetz et  Catherine :           «Goetz        –  Je prendrai la ville.             Catherine  –  Mais pourquoi faire?             Goetz        –  Parce que c’est mal.              Catherine –  Et pourquoi faire le mal?             Goetz       –  Parce que le bien est déjà fait.             Catherine –  Qui l’a déjà fait?             Goetz       –  Dieu le père. Moi, j’invente… »  La République d’Haïti, semble-t-il,  a hérité le sort de Job, ce fameux personnage biblique connu pour sa persévérance dans la foi religieuse, terriblement confronté, soumis à la malveillance du diable pour qu’il  soit contraint de confesser publiquement dans l’affliction morale, la douleur physique et la déchéance sociale sa loyauté envers le Créateur. Ce petit pays n’est pas arrivé à échapper à la « convoitise satanique ». Malgré les prières et les neuvaines, le mal  persiste. Se métamorphose. Mais ne disparaît jamais. L’histoire du prophète, comme nous le savons tous,  a eu une fin heureuse. En sera-t-il de même pour Haïti? Difficile… Mais pas impossible... Seulement, comme Omar Torrijos, le président sacrifié du Panama, il faut que des Chefs émergent pour indiquer au peuple le chemin nouvellement et ingénieusement tracé qui mène à la « Révolution ».  Jean Ziegler écrit dans L’Empire de la honte :   « De la connaissance, naît le combat, du combat la liberté et les conditions matérielles de la recherche du bonheur. »  … Et Gracchus Babeuf (souligné dans l’ouvrage de Ziegler) :    « Que le peuple renverse toutes les institutions barbares… Tous les maux sont à leur comble, ils ne peuvent plus empirer. Ils ne peuvent se réparer que par un bouleversement total. »  Il ne faut pas avoir peur de le révéler au grand jour et ce n’est même pas sorcier de le faire : le bouleversement total dont parle Babeuf évoque le concept tant redouté par les tenants du système politique et économique mondial : « la Révolution ». Sous quelle forme? Dans une pareille circonstance, le pouvoir  discrétionnaire appartient totalement au déterminisme historique. La conjoncture politique d’où essaiment les besoins et les impératifs  de la lutte y pourvoira. Comme pour l’agneau du sacrifice d’Abraham!  Il importe sérieusement aujourd’hui de comprendre et d’admettre que la révolte des esclaves de Saint-Domingue s’est arrêtée bien avant d’atteindre « la perfection du bonheur » de Jacques Roux. Elle s’est estompée, peut-être, avec l’assassinat de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines qui comprenait la nécessité de poser correctement l’équation du mouvement insurrectionnel, au lendemain de sa matérialisation : Égalité+Fraternité=Liberté. Cela n’a pas été fait! Le drame de Pont-Rouge, malheureusement,  a fissuré la fondation de la solidarité nationale. Jusqu’à présent, Haïti – au  grand bénéfice de la communauté internationale – est  une terre de division, de  haine, de cruauté, d’injustice, d’inégalité, d’impunité, de discrimination, de mulâtrisme, de noirisme, d’assassinat, de traitrise, de déloyauté, d’illégalité, d’inconstitutionnalité, de pauvreté, de misère, de prostitution, de proxénétisme, de maladie, de souffrance, d’humiliation, d’immoralité, de vol, de corruption, de viol… Je pense à ces vers de mon ami, le poète Gérard Pricorne Janvier dans Miroir que j’ai eu le plaisir et le privilège de préfacer :                             « Une porte ouverte sur la rue                   Ici la chambre où nos douleurs se déshabillent »  Je suis convaincu, comme Blaise Pascal, que  « la justice sans la force est impuissante » et qu’il faut  combiner les deux entités de sorte qu’elles puissent   mener à l’élaboration d’un contrat social qui respecte effectivement les idéaux démocratiques des citoyennes et des citoyens à l’échelle de l’univers. C’est seulement ainsi – je le crois – que « la justice sera forte » et que la force deviendra juste. »   Le peuple haïtien a toujours été maintenu dans une situation de « soumission forcée » qui s’apparente à la dictature et au totalitarisme. Parvenu à ce stade de misérabilisme, seule la cruauté des bras répressifs du système politique mis en place en 1915  par les occupants nord-américains (les Yankees) explique l’obéissance de la population à des gouvernements illégitimes, insouciants, irresponsables… Sans scrupule. Cependant, la menace de « la liberté de choix », en se référant aux études du psychologue américain Jack Brehm, finit toujours par entraîner des conséquences graves pour la sécurité publique et même pour la paix mondiale. Les droits humains sont naturels. Pas historiques. Dites-vous bien, les situations des libertés compromises peuvent finalement engendrer les conditions objectives d’une forme quelconque de « révolution »!    Quelqu’un a dit à Lawrence d’Arabie(2): « Vous voulez de la démocratie dans votre pays? » Celui-ci a répondu : « Je vous le dirai quand mon pays existera. » En d’autres mots, il faut construire la maison, avant d’acheter les meubles.   L’implantation de la démocratie, si l’on se  réfère « au siècle de Périclès » – il ne s’agit pas d’une démocratie « trompe-l’œil », uniquement sur le papier –  correspond à la volonté de défricher le terrain politique oppressif pour aménager un espace collectif de justice sociale.  Les sociétés comme celle de la République d’Haïti où  la pauvreté extrême est couvée depuis longtemps dans les bidonvilles boueux, dans les bourgs et villages pestiférés finiront tôt ou tard par provoquer la surchauffe des réacteurs de régulation des tensions politiques locales, régionales et mondiales. La « démocratie de conception occidentale » qui sert de béquilles au capitalisme mondialisé et globalisé a assez fait ses preuves de destruction de la dignité humaine.  Parler aussi de l’implantation de la « démocratie » au moyen du « communisme »  dans des pays au visage flétri et rabougri par la sécheresse des inégalités sociales « constituerait virtuellement un crime ». Weber l’a souligné à Schumpeter dans un contexte différent qui était celui de la Russie : « Emprunter cette direction conduirait à une misère humaine sans équivalent et à une terrible catastrophe », soutient-il. (3)  Pour protéger ses intérêts, l’impérialisme a inventé des « démocraties » auxquelles se rattachent tous les qualificatifs  (représentative, participative…) dont se nourrit, se gargarise le « parlementarisme bourgeois ».  Je me contenterai ici de citer Roger Garaudy: (4)  « Le Parlement n’est plus, depuis longtemps, le centre vivant de la politique. D’abord, dès que les partis ouvriers y ont pris une place importante, il importait, pour maintenir la règle du jeu, de dépouiller le Parlement de ses pouvoirs fondamentaux : pour le passé, le contrôle du budget; pour l’avenir l’élaboration du Plan. Avoir le gouvernement ne signifie pas avoir le pouvoir : il existe des forces économiques (nationales ou internationales), capables de bloquer toute initiative gouvernementale de rénovation, et il existe des forces militaires   intérieures mais éventuellement épaulées de l’extérieur), pour interdire toute mutation économique, sociale et politique véritable.»  Tous les systèmes politiques (dans leur forme actuelle) ont des liens de parenté avec le « sommet » que représente l’oligarchie. Et ils n’ont rien à voir avec la recherche du bien-être de la base. Le loup se déguise ridiculement en grand-mère pour manger « le petit chaperon rouge ». La démocratie est une et indivisible. Elle reste et demeure les lieux sacrés de la matérialisation de l’idéal humain: santé, nourriture, emploi, logement, éducation, loisir, libre circulation, liberté d’opinions… Sans la moindre tentation, d’un côté ou de l’autre, d’agiter le drapeau aux couleurs du nihilisme et de l’exclusion. Là où une seule famille manque d’eau potable et de pain, – je ne dis pas est privée – il n’y a pas de DÉMOCRATIE. Existe-il un pays au monde où tous les foyers sont exempts des conditions  avilissantes  de  sévères privations   économiques ? Seulement, il faut l’admettre, il existe des sociétés où les efforts des gouvernements en matière de respect fondamental des droits de la personne sont encourageants et louables. Élection, alternance politique ne caricaturent pas fidèlement ces soi-disant sociétés démocratiques. Parler du monde d’aujourd’hui nous entraîne, comme Paul Éluard, à évoquer regrettablement « un temps sans joie et sans auréole ». Haïti occupe une position peu enviable sur l’échelle des catastrophes sociales et économiques. Elle est devenue une bombe à retardement, exactement comme l’a été le « Dimanche rouge (5)» de Saint-Pétersbourg qui allait faire basculer la Russie dans une escalade de violences qui emporta le Tsar Alexandre II.                       Oh! je ne me plains pas. Je te dis mes bêtises, C’est entre nous. J’admets que tu me contredises.                                                                  (Arthur Rimbaud, Une saison en enfer)   Les autorités légitimes doivent comprendre l’urgente nécessité de désamorcer cet engin explosif par l’adoption des mesures économiques viables, adéquates, proportionnelles aux situations de détresses des individus. La grande machine de la répression ne parviendra pas à retarder infiniment l’instant décisif. La montée de la misère trouvera toujours sur sa route un père Hidalgo, un brave insurgé qui lancera au visage de son bourreau, comme ce chef rebelle bolivien sur le point d’être exécuté vers 1811: « Je meurs; mais la torche que j’ai allumée, personne ne pourra l’éteindre. » Nous l’avons assez vu : lorsque les poussées de mécontentements populaires franchissent les limites irréversibles, les tranchées de promesses en matière de réformes sociales creusées à la dernière minute n’arrivent pas à abriter l’État.   Les régions occidentales utilisent la locution substantive « pays de contraste » pour désigner la République d’Haïti. La richesse opulente, arrogante et la pauvreté enlaidissante, humiliante se partagent sans gêne une population de 8 millions d’habitants environ installée sur un petit territoire de 27 750 kilomètres carrés.   Le salut de la nation naîtra d’une réflexion politique élaborée pour la mise en place d’une société alternative qui  sera l’incarnation du rêve haïtien.   Mais, avant tout, la République d’Haïti doit trouver son Hugo Chavez, son Omar Al Mokhtar, son père Miguel Hidalgo et son Omar Torrijos.                                                                            Robert Lodimus (Extrait, Idées pour une Révolution, inédit)  ____________________ 1-Ziegler, Jean, L’Empire de la honte… 2-Thomas Edward Lawrence, hommes politique anglais, il a lutté aux côtés des Arabes de 1915 à 1918.   3-Cité par Jean-François Revel, La grande parade, p.164, Plon, 2000. 4-Roger Garaudy, Parole d’homme, p. 203, Robert Laffont, 1975. 5-Janvier 1905. Dimanche. Deux cent mille Russes manifestent à Saint-Pétersbourg contre le chômage, la pauvreté et la faim. Le Tsar Alexandre II intime l’ordre à ses officiers de les massacrer. Bilan : des centaines de morts parmi la foule composée d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants.

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