Les Martelly sur la défensive

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Diffamation. C’est le maitre mot de la réplique des avocats de la famille présidentielle aux accusations de Me Newton Saint Juste. Deux cabinets ont été constitués. Les avocats Patrick Vandal et Reynold Georges passent à la contre offensive. La bataille sera à la fois juridique et médiatique. Conjoncture politique oblige. Le conseil de défense de la famille présidentielle lance ses premières boulettes. « Des poursuites judiciaires seront exercées contre l’avocat Newton Saint-Juste ». C’est le médiatique Reynold Georges qui fait ainsi son entrée en scène. « Les accusations de corruption contre la femme du président ainsi que son fils Olivier sont fausses ». À son avis, cet « accusateur-calomniateur » cherche à troubler la quiétude de la maison du président Martelly. Poursuite judiciaire en vue En conférence de presse au début de la semaine écoulée, dans un style propre à lui-même, Me Reynold Georges, défenseur, avocat de l’ancien dictateur Jean Claude Duvalier, renvoie l’affaire sur un autre terrain, celui de la politique qu’il maitrise probablement. « Me Newton St Juste n’est pas seul. Il est politiquement motivé et bénéficie du soutien de secteurs aux objectifs inavoués », juge l’avocat qui crie à la déstabilisation. Ce faisant, les avocats de la famille présidentielle entendent intenter un procès en diffamation contre Newton Saint-Juste. « La réplique sera juridique », ont déclaré Patrick Vandal et Reynold Georges. Ils ont invité Me Saint-Juste à consulter son Code civil, en son article 196 relatif au lien engendré par le mariage. « Sophia Saint-Rémy est mariée avec Michel Martelly ». En ce sens, elle peut donc se prévaloir le titre de Première dame aux côtés de son mari, le président de la République. Entre-temps, Newton Saint-Juste et ses avocats ont pris les devants et ont sommé le président Martelly afin de le contraindre à rapporter les arrêtés publiés en date du 24 janvier et du 15 juin 2012 portant création de la commission de lutte contre la faim et la malnutrition (COLFAM), la commission d’appui à la coordination des infrastructures de sport et d’accompagnement de la jeunesse haïtienne, et l’établissant du programme Aba grangou. Ces arrêtés seraient contraires à la Constitution et aux lois en vigueur dans le pays, selon cet acte d’avertissement dont Le Matin a trouvé copie. La décision du chef de l’État de créer ces programmes constitue, lit-on dans le document, une atteinte à la stabilité des institutions, et une duplication susceptible de servir de prétexte à la dilapidation des maigres fonds du denier public et à l’érection du népotisme. Les accusateurs avaient accordé un délai de trois jours au Présiedent Martelly pour faire le retrait des arrêtés. Le nivellement de caniveau Même s’ils ont constitué deux cabinets d’avocats, les Martelly ne veulent nullement abandonner le ring sans frapper à leur manière. Style Sweet Micky. Olivier Martelly voit en Newton Saint Juste un bon à rien qui cherche de la publicité. Se tapant l’estomac, le « premier fils de la nation » se targue d’avoir accompli beaucoup de choses à ses 24 ans. Alors qu’à son avis, son accusateur « a gâché son temps ». « Je continue de travailler pour mon pays. Lui, il peut parler…c’est son point fort », lance le fils du président de la République avant d’ajouter que « ces accusations sont fantaisistes, car il ne dispose d’aucune preuve contre nous ». Prenant la défense de son fils, le chef de l’État a fait un plongeon au sous sol pour qualifier Me Newton Saint Juste et André Michel de « petits avocats pauvres ». Dans ce pays au PIB de moins de deux dollars par jour, l’argent a la plus grande valeur aux yeux du chef de l’État. La famille présidentielle en a, après vingt deux ans dans le show-biz et dix huit mois au pouvoir. « Olivier est plus riche que ces avocats qui ont grandi dans la misère », déclare l’artiste Président, visiblement agacé par cette affaire. « Ce sont des aigris qui tentent de diffamer pour avoir une place dans l’espace public ». Michel Martelly interprète ce dossier comme une affaire de frustration, loin de toute accusation de corruption sur d’éventuels détournements de fonds publics. Les clichés renvoyant aux luttes des classes sont en embuscade. Sans répit Pas de temps mort dans cette bataille. Me Newton Saint-Juste et son avocat André Michel, un duo médiatique et agressif, saluent la prise de parole de leur confrère Reynold Georges qui leur aurait donné des armes encore plus tranchantes. Selon leur compréhension des faits, Me Georges enterre la famille Martelly. Il ne fait que confirmer l’implication de l’épouse du chef de l’État dans des activités de détournement de fonds. Paraphrasant l’avocat de la famille présidentielle, ils estiment que « les opérations sont effectuées en chèque et non en cash ». « Me Georges nous a offert un grand cadeau en assumant ouvertement que les incriminés Sophia et Olivier Martelly dépensent des fonds du trésor public sans être pour autant des ordonnateurs ». La réplique des avocats du camp présidentiel est accueillie comme un supplément d’information aux accusations de Newton St Juste. L’argument brandi par Reynold Georges ne prévaut nullement dans le cadre de la gestion de la chose publique. Dans une nouvelle correspondance au chef du Parquet de Port-au-Prince, Me Newton Saint-Juste, a soumis la copie de l’arrêté présidentiel en date du 4 janvier 2012 nommant Sophia Martelly coordonnatrice du programme Aba Grangou. Le ministère des Finances devra mettre des fonds à la disposition de Mme Martelly au cours des vingt quatre mois que durera son mandat. Les deux accusés auraient à leur disposition des fonds estimés à plus de 40 millions de dollars pour des activités diverses et variées. En outre, du fonds Petro-Caribe seront tirés 30 millions de dollars dans le cadre du sous-programme de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Il est géré par l’épouse du chef de l’État. 6,2 millions de dollars seront alloués à un autre sous programme sportif piloté par Olivier Martelly en provenance du même fond. Le ministère de la planification a aussi programmé 164 millions de gourdes pour la réhabilitation des centres sportifs de Carrefour et de Dadadou à Delmas. Déjà listés, ces travaux, selon Me St-Juste seront aussi financés par la coopération internationale. Une dernière enveloppe de 230 millions de gourdes devait être débloquée en juin dernier toujours pour le fils du Président. Jusqu’à présent le droit tarde à primer dans cette bataille où les protagonistes glanent sur plusieurs champs. Nous assistons plutôt à une course ardue pour la conquête de l’opinion publique. Dans les deux camps, on monte au créneau. Avant de donner libre cours à la force du droit, beaucoup de salives risquent de couler. Mais il est peu probable que la vérité jaillisse dans cette affaire quand on sait que les membres de l’appareil judiciaire sont souvent nommés par le Palais national.
Eddy-Jackson Alexis [email protected]

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