Haïti : et si les touristes se décidaient à venir ?

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Depuis l'avènement au pouvoir de son Excellence M. Michel Joseph Martelly et de son gouvernement, une propagande soutenue se fait sur le potentiel touristique d'Haïti et de sa capacité à
recevoir les investisseurs étrangers. Elle charrie des slogans les uns aussi irréalistes que les autres, compte tenu de la réalité sociale, politique et environnementale du pays. ‘’Haiti is open for busineess’’ (Haïti est ouverte aux affaires), ‘’Haïti est trop riche pour être pauvre’’ etc. figurent parmi les phrases à connotation publicitaire les plus citées par l’équipe en place dans le cadre la relance de ‘’l’industrie touristique haïtienne’’. Si théoriquement, Haïti est effectivement riche, dans la pratique, par contre, la grande majorité des habitants de la partie est de l’île Hispaniola vit en dessous du seuil de la pauvreté abjecte et absolue. A la moindre occasion, nos actuels dirigeants s'érigent en donneur de leçons et s'en prennent avec virulence à ceux dont les points de vue sur cette ‘’propagande’’ vont à contre courant des idées véhiculées malgré le fait que ces points de vue contraires s’arc-boutent sur notre dure réalité quotidienne. Tous ceux qui s’y opposent sont taxés de toutes sortes de dénomination notamment celle de ‘’ vendeur d’image négative du pays’’. L’un des derniers exemples les plus patents nous vient de cette affiche récemment placée par les autorités touristiques du pays sur l’autoroute I-95 au sud de la Floride, près de la sortie vers Hallandale, montrant une plage d’Haïti pour, dit-on, attirer les touristes. Quand on sait que l’ensemble des iles de la Caraïbes, avec des réputations beaucoup plus soignées que la notre, regorge de ces mêmes images ‘’formatées’’, on se demande perplexe si cette affiche, à elle seule, suffira pour vendre une meilleure image d’Haïti et, surtout, pour attirer les touristes et/ou les investisseurs. Pour l’équipe au pouvoir, la meilleure attitude serait de masquer la réalité criante de nos rues sales, pestilentielles et vendre une ‘fausse’’ image positive en montrant essentiellement les jolies maisons de Kenskoff, de Laboule ou de Pétion-ville, les rarissimes hôtels dit de luxe, les clubs mondains fréquentés par une certaine clientèle huppée, les sites naturels, les magnifiques plages non entretenues de Port-salut, Labadee, l'ile à vache, les plages privées sur la côte des Arcadins tout en faisant fi des images macabres du centre ville de Port-au-Prince, de Delmas, de Carrefour, d'une grande partie de Pétion-ville, du Cap-Haitien, des Gonaïves sans oublier cette misère infrahumaine qui, de jour en jour, prend des proportions inquiétantes dans la majorité de nos départements du nord au sud et de l'est à l'ouest. La disproportion quasi inégalable entre riches et pauvres ici est trop énorme pour qu'elle puisse être cachée à l’étranger, aux touristes qu’on prétend attirer. Ce contraste si choquant qui a valu à notre élite le titre ‘’d’élite répugnante’’ par un certain Ambassadeur américain au cours d’un dîner, désormais, historique, ne peut être mis en quarantaine par les citoyens, les medias locaux et internationaux. Force est de constater que, dans la Caraïbe, nos côtés négatifs prédominent, malheureusement, sur les côtés positifs. La beauté de nos sites naturels et la grande richesse de cette minorité zuit zuit, pour répéter un certain ex-Président de la République, ne suffisent pas pour construire un mur devant notre horrible réalité. Face à cela, diverses questions nous trottent l’esprit. Comment arriver à créer la sensibilité nécessaire à tous pour qu'enfin nous puissions collectivement faire un front commun contre cette misère abjecte, cette absence de structure adéquate à l'épanouissement de tout être humain ? Comment arriver à combattre efficacement cette anarchie populaire du à l’absence d’un Etat fort, un manque d'éducation, à l'instinct de survie..? Comment inciter nos frères et sœurs de la diaspora et les soi-disant amis d'Haïti à participer efficacement à la reconstruction du pays si on ne leur montre que des images positives, rassurantes mais qui contrastent outrageusement avec la réalité quotidienne de la majorité ? Une fois sur le terrain, leur désillusion peut être beaucoup plus fatale que cette image négative que nous combattons du bec et des ongles. Haïti ne fait qu'un avec sa misère. On ne pourra pas l’éradiquer en nous voilant la face, mais en affrontant stoïquement cette réalité, aussi terrible soit elle. Nous devons apprendre à la côtoyer avec tact pour mieux la comprendre, l'évaluer à sa valeur réelle pour éventuellement la changer jusqu'à son éradication complète. Qui sait, ce miracle peut être possible. Pour ce faire, il nous faudra converser avec ces marchandes crasseuses, ces héroïnes désespérées et, paradoxalement, tenaces qui vendent leurs marchandises dans les rues, dans des marchés de fortune, dans la boue, la poussière, sous un soleil brulant. Ces éboueurs et ces brouettiers qui, dans leurs travaux inhumains, entretiennent des relations intimes avec les microbes redoutables ; ces enfants qui mangent aux côtés de cochons dans des restaurants d'ordures. Il nous faudra visiter nos bidonvilles, nos villes de province pour nous rendre compte des méfaits du déboisement et mieux comprendre les causes de l'exode rural. C’est ça notre réalité. Pour la changer, il faut la connaitre, l'accepter et arrêter de nous leurrer. Comment va-t-on attirer des touristes dans de pareilles conditions infrastructurelles ? Il faut cesser de mettre la charrue avant les bœufs parce qu’il y a un bail, en matière de politique touristique, que nous faisons beaucoup de bruit pour rien même si la nouvelle équipe y met beaucoup plus de piments médiatiques. Toutes tentatives de mettre en place une politique touristique pour redonner à Haïti sa place longtemps perdue sur la carte touristique caribéenne, seront vaines si les problèmes structurelles ne sont abordées et résolues en amont. Il faut régler les problèmes de sécurité pour rassurer la population et les touristes même si Haïti est loin derrière dans la région dans le domaine du banditisme et de criminalité. Toutefois, nous avons un grand trou à combler en ce sens puisque dans plusieurs pays originaires des touristes ciblés, Haïti rime avec violence, insécurité, misère et la fameuse phrase ‘’Pays le plus pauvre du continent américain’’. Qu’en est-il des problèmes de d’insalubrité ? N’avez-vous jamais fait l’expérience de l’arrivée à l’Aéroport International Toussaint Louverture? Comment accueillir des touristes dans cette échauffourée incontrôlable faite d’agression par les ‘’red caps’’, de mendiants aux alentours, de désordre généralisé? Nous sommes réconfortés de voir en cours de travaux de rénovation dans le bâtiment mais et la route qui mène aux hôtels ? A la descente d’avion, la misère d’Haïti vous frappe en plein visage et vous laisse pantois même pour un habitué. Un touriste qui, après plusieurs mois de travail, veut dénicher un petit coin paradisiaque dans la Caraïbe pour se reposer et prendre du temps, tout chauvinisme mis è part, vous pensez qu’il choisira Haïti dans une liste de 5 iles? A moins qu’il soit un illuminé en quête d’autres sensations mais pas de repos ensoleillé. Vendre la beauté et la richesse d’Haïti via une affiche grandeur nature sur la I-95 présentant une plage traduit sans fard ce manque d’imagination qui, en général, caractérise nos décideurs en matière de tourisme. Pourquoi pas notre carnaval (Jacmel et Port-au-Prince) presqu’unique dans sa forme et son organisation logistique – qui mérite quand même une certaine refonte ? Nos fêtes champêtres et leur cachet mystico-culturel ? Nos sites touristiques uniques dans la région ? Pourquoi jeter de l’argent par les fenêtres dans une publicité inefficace puisqu’elle s’aventure sur un terrain (station balnéaire) dans lequel les autres iles de la caraïbes possèdent une énorme longueur d’avance sur nous ? Cessons de prendre les gens pour des dupes. Même le plus idiot des idiots, avec un simple coup d'œil sur les pays de la zone, réputés pour être de grandes destinations touristiques, pourra facilement comprendre le farfelu des approches actuels de nos dirigeants sur ce sujet précis et d’une importance capitale pour le vrai développement de note pays. ‘’Faisons les choses avec le sens du sérieux’’, comme dirait l'autre. Nous soumettons à votre appréciation quelques photos de notre Haïti, pas pour vendre le négatif comme on voudrait le faire croire, mais surtout pour montrer à ceux qui l'ignorent et à ceux qui font semblant de l'ignorer le visage réel de la majorité tout en espérant que la cruauté de ces images vraies ravivera cette flamme patriotique éteinte chez bon nombre d'entre nous. Nous finirons par comprendre, peut être, qu’il est urgent de participer activement au combat devant mener aux vrais changements tant rêvés par les Haïtiens d’ici et d’ailleurs. Enfin, la seule façon de ne pas vendre une image négative de notre pays est de travailler à la destruction de sa vraie image, son image actuelle mais pas à la cacher. Présentement, il nous sera difficile, voire impossible d'y arriver même si nous le voulions, car cette image négative nous colle à la peau. Pipo Saint Louis

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