Gilot le témoin au rictus allègre

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Il est pressé, ce Rony Gilot ! Et pour cause : «offrir un matériau qui (…) peut être de quelque utilité pour les chroniqueurs de demain». Et comment ! Ecrit à la va-vite, le livre «Garry Conille ou le passage d’un météore» est, selon l’auteur, «un témoignage à chaud sur la conjoncture politique de juin 2011 à février 2012». Au cours de ce bref passage, de cette cohabitation «pas du tout rose» entre les deux chefs du pouvoir  exécutif, le temps était particulièrement orageux et des éclairs soudains embrasaient le ciel menaçant par intermittence. N’est-ce pas, Rony, un Western, quoi ! De l’excès d’optimisme au désenchantement ? Oui, c’est ça l’histoire ici, au fond. Ni plus ni moins. Les thèmes et dossiers abordés par Dr Rony Gilot -  l’affaire Bélizaire, le séisme des contrats du tremblement de terre, l’affaire des passeports, le dossier de la remobilisation des FAD’H – sont déjà à eux seuls tout un séisme : démentis, faux – vrai complot, soupçons, jeux de pouvoir, graffiti sur les murs, mensonges, scandales, coups bas, coups de langue, marchandage, manipulations médiatiques, paniques, fuite en avant, ambitions dérisoires, rivalités de clans. Et quelle écriture ! En prime ? Des portraits hauts en couleurs des acteurs «aussi divers que singuliers» : le président Michel Joseph Martelly, l’ex-Premier ministre Jean-Max Bellerive, Daniel Gérard Rouzier, Patrick Rouzier, le Premier ministre Garry Connille, les ministres Thierry Mayard-Paul, Laurent Lamothe, Josué Pierre-Louis, Jude Hervey Day, Daniel Supplice, Ralph Théano, Jean-Ronald Toussaint, les hommes de presse Gary Pierre-Paul Charles, Patrick Moussignac, Jean-Monard Métellus, Liliane Pierre-Paul, le député Arnel Bélizaire, le sénateur Joseph Lambert.Avançant masqué, par endroits, ce Rony Gilot, l’air sombre, n’écoute que ses coups de cœur. Sous sa plume virevoltante et acérée, Garry Conille est présenté comme une victime innocente, une sorte de juste. Et les autres acteurs ? Rien que des durs, des corrompus, des «minables renards », des ambitieux compulsifs, des méchants ?! L’expérience dramatique du Dr Garry Conille, c’est aussi pour Dr Rony Gilot un piteux échec. Le domaine privé appartient aux philosophes visionnaires, aux poètes romantiques et aux romanciers esthètes, comme Proust ou Nabokov, qui nous proposent des modèles et des allégories de la transformation de soi. Incapable d’accepter la fin du dîner, l’ancien ministre de l’Information de Jean-Claude Duvalier n’est ni l’un ni l’autre. Doté d’une prodigieuse mémoire et d’une riche expérience politique, parfois tragique, il ne semble pas prêt à se réclamer d’une sérénité sans rancunes, susceptible de convertir ses lecteurs en fervents adeptes de ses partis pris. Evoquant le parcours professionnel exceptionnel et les origines familiales laborieuses de Garry Conille dont il fut l’influent directeur de cabinet, la bonté l’imprègne comme  un saint : il rayonne de cette gentillesse qui ne semble acquise qu’après plusieurs décennies passées en compagnie du Dr Serge Conille (père) à la Faculté de Médecine et sur le terrain mouvant du militantisme duvaliéro-jean-claudiste. Sa voix s’adoucit. Sur le mode opératoire et discursif, Rony Gilot a tort : l’univers politique qu’il analyse est manichéen, bi-polaire, peuplé, d’un côté, de justes (peu nombreux) et, de l’autre, de diablotins (à profusion). C’est sa vérité ! Ce point de vue réducteur est un trompe-l’œil. L’adversaire n’est pas nécessairement l’être méprisable ou caricatural que Rony Gilot stigmatise. La vie politique haïtienne, en constante mutation, mérite d’être revisitée, tout comme doit être mesuré sa propension à l’instabilité, aux crises. Dans des images éblouissantes et colorées, écrasant une larme furtive, il campe un Premier ministre altier, illuminé par la foi patriotique, très à la hauteur du rôle, d’une extrême courtoisie, intègre, soucieux du bien commun mais tiraillé par des adversités redoutables et des champs de bataille horribles. C’est à se demander qui pétille le plus : Conille le juste ?  Ou Gilot le témoin excédé par tant de batailles perdues ?Imperturbable Gilot ! Quelle éloquence ! Mais aussi que de non-dits, de devinettes et d’explications feutrées ! Quand, déçu et en colère, il vélocipède sur la galerie très bariolée de ce monde politique haïtien qui est un effroyable consommateur de talents et de compétences réputés, un entonnoir,  c’est toutes vivacités et ironies au vent. Toutes ces «zins», ces péripéties mélo-médiatisées, ces luttes internes souvent pitoyables ne sont que vieilles habitudes dans un pays miné par un régime semi-parlementaire semi présidentiel hallucinant. Et personne ne peut applaudir, sauf Garry Conille, il a l’air si marrant qu’on le croit amer, si sarcastique qu’on le considère comme un mauvais perdant, un pleurnichard. Imperturbable  Gilot !Dans de telles conditions, le vaste domaine de l’histoire (immédiate ou autobiographique) est tissé de polémiques, de subjectivité et de règlements de compte. Non désireux d’écrire leurs propres livres, trop discrets peut-être, bousculés par la propagande adverse, certains acteurs et témoins se laissent alors gagner par la peur et le silence, la jalousie et l’intolérance. La recherche de la vérité passe au contraire par la voie ascétique de l’empirisme cumulatif. D’autres témoignages, soucieux d’établir une distinction entre l’estime de soi et l’usage de la vérité historique, sont indispensables pour y arriver, pour arriver à cette objectivité glaciale et limpide qui a échappé à Rony Gilot, passant de l’émotion forte au rictus allègre. Pas «momentanément» …Pierre-Raymond Dumas
Source: Le Nouvelliste

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