Diplomatie et responsabilités

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Deux faits décidés par l'actualité et concernant l'émigration mettent le gouvernement dans un petit embarras. Le premier, les USA décident d'octroyer le visa de travailleur saisonnier, les fameux visas H, aux Haïtiens à partir d'Haïti. C'est une première qui, bizarrement, n'a jamais fait partie des demandes officielles de la République d'Haïti. Depuis des lustres et plus encore après le séisme du 12 janvier 2010, notre revendication s'arrêtait au TPS, ce statut qui permet à nos compatriotes de séjourner sur le territoire américain et d'y travailler sans avoir la résidence permanente. Le TPS est un statut temporaire accordé en temps de crise. Par période, les Haïtiens présents illégalement ou pas aux Etats-Unis, à certaines dates, en ont bénéficié. Des demandes de prorogation sont régulièrement introduites par des militants aux USA et les gouvernements haïtiens soutiennent. A cette différence près que le visa H est une invitation à partir légalement d'Haïti. Il est proposé à une catégorie de la population, les ouvriers agricoles, qui ne figurent dans les plans de personne depuis les fameux contrats pour la Zafra en République dominicaine. On n'y touche pas. On n'en parle pas. Il y a eu de temps à autre, ces dernières décennies, des rumeurs que tel pays de l'Amérique centrale ou de l'Orient voulait inviter des contingents d'Haïtiens à venir travailler la terre dans de lointaines contrées. Nul n'y a donné suite. Le spectre des accusations diverses récoltées après les contrats avec les Dominicains planent encore sur le sujet. Cependant, devant le constat que la présidence se réjouit du départ prochain de compatriotes pour les Etats-Unis, on peut se demander si la politique migratoire ne va pas changer. Allons-nous assister à une inflexion de la position officielle d'Haïti sur « l'aide à la migration »? pour reprendre le titre d'un livre célèbre dans les années 80. Ou est-ce simplement un cri du coeur d'un président heureux de voir des compatriotes accéder à un avenir meilleur? Autre pierre dans le jardin de l'émigration, l'affaire des Haïtiens interdits d'entrer au Brésil. C'est Radio France Internationale (RFI), dans un reportage éclairant, qui a dévoilé toute la trame du drame. A des milliers de kilomètres d'ici, des compatriotes sont dans la nécessité d'une intervention diplomatique pour débloquer leur situation d'indésirables sur la frontière entre deux pays de l'Amérique latine. Leur espérance: rejoindre le Brésil, pays ouvert, hospitalier et en plein boom économique. Mais voilà, ce Brésil que nous Haïtiens aimons tant, ce Brésil qui nous fait découvrir sa culture au plus près depuis qu'il a pris le leadership de la Minustah, ce Brésil qui multiplie les cours de portugais, ce Brésil ferme la porte aux Haïtiens qui souhaitent y vivre. Cela peut ou pourrait se régler en un appel téléphonique, en une rencontre entre responsables des deux pays. Dans un pays qui se targue d'avoir une nouvelle diplomatie et dont le président se félicite du départ prochain de travailleurs saisonniers vers les USA, quoi de plus normal que les ministres des Affaires étrangères ou des Haïtiens vivant à l'étranger se mettent au service des compatriotes qui sont en difficulté pour rentrer au Brésil ou pour revenir en Haïti ? Rien n'est dit. Le Brésil est si loin. En deux dépêches, toute la façade de la nouvelle diplomatie en prend un coup que les ministres Lamothe et Supplice ne vont pas tarder à ravaler. Du moins, espérons-le. Les Haïtiens à l'étranger ont toujours été déterminants pour notre diplomatie. C'est une affaire sérieuse que d'avoir une diaspora dynamique qui ne demande qu'à croître et un pays entier qui ne rêve que de partir.
Frantz Duval
Source: Le Nouvelliste

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