Grands discours et petits pas

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Le président Martelly a réalisé ce vendredi, devant une assistance sélecte du secteur privé réunie par la AMCHAM, au Karibe, sa première grande adresse publique au secteur privé. Ce n'est pas l'assemblée ni le lieu qui ont fait date. Plusieurs présidents et Premiers ministres, d'Aristide à Martelly, ont eu le privilège de s'adresser aux distingués membres du secteur privé. Ce n'est pas le nombre élevé de sponsors pour les tables, ni la bonne disposition de tout un chacun qui ont été les points forts de la soirée. Ni le ton sérieux mais courtois, ni l'atmosphère amicale mais combien présidentielle, n'ont surpris personne. La présidence Martelly est jeune et le président s'affiche pro-business. Ce qui a frappé, c'est la constance dans les discours volontaristes, d'un responsable à l'autre, et la même prudence dans l'énoncé d'objectifs précis. Bien entendu, ce soir, ce n'était pas l'état de l'union dans le sens bilan et perspectives qui était le devoir des invitants ou celui de l'invité, mais plutôt la réaffirmation de la nécessaire union entre secteurs privé et public pour faire avancer notre pays. Le président Martelly a bien fait passer le message tout en invitant les entrepreneurs à oser pour conquérir des parts de marché, pour créer les emplois dont nous avons besoin. Le président a aussi chanté un hymne rarement entendu par les hommes d'affaires: n'ayez pas honte de faire de l'argent. Venant d'un responsable politique haïtien, c'est une première. Cette apologie de la réussite et de la prise de risque a bien enrobé la pilule éternelle que tout responsable public lâche comme une ordonnance aux investisseurs : réglez vos redevances fiscales. Du beau et bon Martelly que cette prestation de ce vendredi. L'exercice de s'adresser au secteur privé n'est jamais aisé. L'exécutif, ceux d'hier comme celui d'aujourd'hui, quoiqu'en disent les mots, les tensions ou les sentiments divers, aime le secteur privé; c'est l'État qui est son ennemi. Et le président ou le Premier ministre qui parle représente l'État.
Dans un pays où 400 entreprises paient 80% des taxes, difficile pour le percepteur et les grands contribuables de ne pas avoir des relations compliquées. L'État, qui veut toujours plus, se retourne contre les mêmes, tout en leur promettant monts et merveilles. Pour avoir les monts et les merveilles, il faut au secteur privé se prémunir contre le pouvoir de l'Etat. Bataille sans fin. Cela dit, cette belle soirée au Karibe peut être jaugée d'un autre point de vue. Le dîner qui a précédé les discours a mis à l'honneur des plats, pour la majorité, mettant en valeur des ingrédients, d'origine étrangère. Autant ces vingt dernières années on a investi des sommes colossales dans l'agriculture, autant les représentants du secteur agricole- grosses entreprises, fournisseurs de services ou producteurs de biens recherchés- ne jouent pas dans la cour des grands. L'agriculture haïtienne n'était ni autour des tables pour la soirée de ce vendredi, ni dans les assiettes des convives. Pas même dans les vases décoratifs remplis de fleurs artificielles. A faire le bilan de la soirée, il faisait aussi peine de constater que d'année en année, ce ne sont que présidents et Premiers ministres qui ont droit aux galas. Pas un ministre, pas un recteur d'université, pas un grand patron, n'intéresse le secteur privé. Tant que cela durera, on saura que ce n'est pas tant l'économie qui est à l'honneur lors de ces agapes fastueuses, mais la croyance bien ancrée qu'en Haïti, pour réussir, il faut avoir des relations privilégiées avec les gros chefs. La croissance de l'économie est une série de grands discours et de petits pas. Beaucoup de grands discours seront nécessaires pour mettre tout le monde dans l'envie de se lever et d'être les leviers de la croissance. Une révolution est en marche, que la parole l'annonce, l'accompagne et la guide! En faisant intervenir au débat le ministre de l'Économie et des Finances, André Lemercier Georges, ainsi que le directeur exécutif du Conseil consultatif présidentiel pour l'investissement, Karl Jean-Louis, le président Martelly a cassé le miroir du président omniscient. Il a diversifié et enrichi le débat. Il faut que les penseurs du secteur privé comprennent le message.
Frantz Duval [email protected]
Source: Le NOuvelliste

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