La chaudière des nationalités

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C'est un ustensile bien pratique une chaudière. Les anciennes sont réputées cuire les meilleurs mets, même si tout un chacun en recherche toujours une nouvelle. C'est propre et nette une chaudière neuve. Peut-elle être aussi à l'aise que les anciennes sur le feu ? Seul l'usage et le temps le diront. Chaque chaudière a sa trajectoire. Il en est de même des crises en politique. Chaque crise a son parcours. Il y a les petites, les fausses, les inattendues et les mortelles. Une bonne chaudière est à son aise sur les petits feux, les feux de bois et dans les fournaises ardentes. Il n'en est pas de même des aliments qu'on y fait cuire. Il y a des ingrédients qui s'épanouissent sur un feu vif, d'autres qui prennent leur temps au bain-marie, les grosses pièces qui aiment les alternances et les belles prises qu'on saisit à feu doux. Il n'y a pas de recette pour les crises politiques que l'ont met mitonner sur le brasier des passions. L'histoire des nationalités que soulève depuis quelques semaines le sénateur du Nord, Moïse Jean-Charles, ressemble à une revue d'effectif des chaudières ou à la vérification des titres de propriété ordonnée par l'empereur Jacques 1er, le grand Jean-Jacques Dessalines. C'est une crise dont on ignore les tenants et les aboutissants. Que ceux qui lavent plus blanc lèvent la main, que ceux qui sont blancs comme neige fassent un pas en arrière et que les mal blanchis baissent la tête. Nul n'a besoin de se dénoncer, chacun sait en son for intérieur que s'il n'est pas concerné, quelqu'un de sa race peut avoir bu de l'eau du loup. Venons-en au fait. Le sénateur dénonce avec véhémence la nationalité double ou triple du président de la République, Michel Joseph Martelly, et de quelques ministres et secrétaires d'Etat. Cette affaire, risible à bien des égards, peut provoquer la chute du gouvernement, de quelques ministres ou de la présidence. Ce n'est pas peu. Il peut aussi mettre un point final aux déclarations à l'emporte pièce du tonitruant sénateur.
Personne au gouvernement, sur l'honneur ou preuves à l'appui, n'a jugé bon de mettre fin à cette petite guerre qui peut faire mal, ternir l'image de ceux qui nous dirigent ou saper le processus démocratique péniblement mis en train après les longues élections de la période 2010-2011. Bien entendu, si le Conseil électoral provisoire présidé par le sieur Gaillot Dorsinvil était crédible, on n'en serait pas là. Ce CEP a déjà vérifié que le candidat Martelly est de nationalité haïtienne. Depuis, le CEP est sur la sellette. Personne ne semble juger opportun de lui demander des comptes sur ce point précis. La crédibilité du CEP de Gaillot est mise en doute et ce CEP ne fait pas un bon témoin de moralité. Pour le gouvernement, le sujet est d'une délicatesse extrême. La Constitution n'interdit pas à un ministre d'être un étranger. Tout en ne l'autorisant pas. Expressément, rien n'est dit sur le sujet. Ce qui est exclu, c'est la double nationalité et l'immixtion des étrangers dans les affaires haïtiennes. Tout le monde sait que ce point n'est en vigueur que quand, et seulement quand, nos autorités le brandissent contre un ennemi, souvent un ami d'hier. Tout le monde sait aussi que s'il fallait chasser les étrangers qui mettent leur cuillère dans notre soupe sans invitation, il ne resterait personne dans les ambassades, organisations internationales et ONG. Autre point que personne n'ignore: chaque famille, autant qu'il le peut ou en a eu la chance, a dans ses rangs un étranger. Un enfant né par nécessité ou par calcul hors de la terre d'Haïti. Pour lui offrir plus de chances ou pour ne pas prendre de chance avec son destin. Chacun chérit aussi un vieillot qui a eu la prescience de passer à travers les mailles des filets légaux pour acquérir une autre nationalité lui permettant de décrocher un meilleur emploi, d'accéder à un statut profitable à sa famille. Hasard du lit ou de la vie, on va où on peut et on ramène ce qu'on trouve dans la partie de pêche au mieux-être. Chacun a dans son garde-meuble une vieille chaudière qu'il protège de la curiosité des autres, il en est de même dans cette affaire de nationalité.
Frantz Duval
Source: Le Nouvelliste

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