L'Université de Limonade sur les terres de l'Académie royale de Christophe

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J'observe avec intérêt le débat public sur l'avenir de l'enseignement supérieur en Haïti, un débat tardif au vu des différents problèmes auxquels font face nos milliers de bacheliers. J'ai même pris position publiquement, comme d'autres, pour encourager l'UEH et le Gouvernement haïtien à aller dans le sens d'une véritable décentralisation et de mettre à profit le campus de Limonade pour renouer avec l'histoire et la genèse de l'Université en Haïti qui a démarré dans le Nord avec Henry Christophe. Il est vrai que cela passe d'abord par un renoncement, celui de l'UEH d'être le seul acteur du système d'enseignement supérieur dans le pays. En Haïti, ma carrière d'ancien sénateur du Nord m'a appris une chose importante que je ne cesse de répéter aux jeunes: En Haïti ou ailleurs, il faut éviter de tout gagner, tout rafler, car c'est la voie la plus sure et rapide pour tout perdre. Le TOUT UEH, tel que me l'a répété récemment un ami, fait actuellement la douloureuse expérience de son quasi-monopole public. Certes, je supporte autant le principe des universités publiques régionales, indépendantes du rectorat de l'UEH, que je supporte les efforts d'une génération de combattants de cette université historique qui contre vents et marées tiennent encore la barque honorable du service public combien ingrat. La nation doit reconnaitre le mérite de ces hommes et femmes qui assurent malgré les contraintes de toutes sortes la formation de nos élites. Toutefois, ceci ne saurait conférer en rien le privilège de continuer à gérer à vie le domaine public de l'enseignement supérieur dans un pays qui doit mieux faire pour assurer l'accès et l'équité aux services sociaux de base.
L'enseignement supérieur public a commencé en Haïti avant l'UEH et va bien au delà. En 1815, le roi Henry Christophe avait déjà jeté les bases de la fondation de l'Académie royale devant regrouper les écoles de médecine, de chirurgie, de pharmacie, d'Agriculture etc.. Aujourd'hui, Je ne peux aujourd'hui que leur conseiller d'accélérer la réforme de l'UEH afin de permettre au pays de disposer d'un réseau d'universités d'état autonomes et indépendantes les unes des autres, peu importe les mécanismes de collégialité que cette réforme prévoirait. En 2012, il apparait incongru de refuser un vrai débat sur la réforme de l'enseignement supérieur public en agitant des démons pour tenter de faire peur, que ce soit celui de la convoitise du privé, la lutte des classes ou celui de l'absence de provisions légales. D'ailleurs, les institutions d'Enseignement supérieures publiques ou privées qui accueillent nos milliers de jeunes bacheliers se retrouvent logées à la même enseigne, celle de la précarité, celle du déficit de ressources humaines qualifiées, celle de l'absence d'une réelle bibliothèque universitaire, celle du déficit d'offres de formation en phase avec nos temps changeants. Nos amis de l'UEH doivent admettre que les pays se modernisent à travers la vitalité de leurs débats démocratiques nourris de contradiction et d'autre part par le tissu d'entités et d'organes publics qui assurent le service public. Quant au Gouvernement actuel, il ne s'est jamais prononcé sur ce dossier au coeur de l'enseignement supérieur public du pays et en ce sens ne fait encore preuve d'aucun leadership et d'aucune initiative apparents. En conclusion, l'Université de Limonade doit appartenir au patrimoine de l'Enseignement supérieur public et non à l'UEH de façon exclusive. C'est ainsi qu'on pourra lancer la machine devant aboutir à terme à la mise en place de la véritable université publique du Nord. C'est l'héritage que je voudrais voir laisser à mes petits-enfants. Un projet dont les porteurs de cette vision d'universités régionales ont toujours déclaré vouloir faire avec l'UEH et non contre l'UEH. Un projet de transcendance pour les 200 prochaines années pour le Grand Nord d'Haïti et pour le pays, un projet sur les traces de la première institution universitaire d'Haïti, l'Académie royale d'Henry Christophe.
Rony Mondestin, ex-sénateur de la République Cap-Haitien le 3 janvier 2012

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