Banque République Haiti : l’énigmatique réserve !

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Ces dernières semaines, un vent de panique a soufflé sur les banques commerciales d’Haïti. Le problème de la rareté de dollars sur le marché, effraie les agents financiers. De nombreux client se sont en effet vus refuser des dollars US ou limiter dans leurs transactions en dollars US. Les réactions des autorités de l’État étaient attendues. Tardivement, le Gouverneur de la Banque centrale, institution responsable de la politique monétaire du pays a annoncé toute une série de mesures pour palier à ce manque de liquidité dollars sur le marché. Certaines de ces mesures devraient entrer en vigueur au début de l’année 2012. Cependant, Charles Castel, pour désamorcer la tension grandissante a également annoncé l’injection immédiate de 40 millions de dollars US dans le système bancaire. Cet argent proviendrait de la réserve de la BRH qui est estimée à 1.2 milliards de dollars selon M. Castel. Des économistes l’estiment à 1,5 milliards. Le niveau optimal des réserves d’une banque centrale par rapport au niveau de son économie, selon les organismes économiques internationaux dont le FMI, doit représenter environ trois mois d’importation du pays. Or la réserve de la BRH dépasse de loin ces trois mois. Mais comment s’est elle constituée? C’est un devoir pour toute banque centrale d’avoir une réserve internationale. Dans notre cas, elle est en dollars. Cette réserve constitue un coussin pour faire face à certains problèmes. Elle sert aussi de réserves de change, de trésorerie, c'est-à-dire de moyens de paiements, dans un contexte de flux monétaires internationaux croissants. Dans les pays à fort potentiel d’exportation, la réserve est constituée des gains à l’exportation. En Haïti, comme nous avons une balance commerciale déficitaire -nous exportons pour 400 millions de dollars alors que nous importons pour environ 1.8 milliards de dollars- la réserve haïtienne ne se constitue donc pas de manière conventionnelle explique l’économiste Eddy Labossière. Elle s’appuie essentiellement, précise-t-il, sur les transferts des haïtiens vivant à l’étranger qui sont évalués à environ 2 milliards de dollars, et sur les dons faits par l’international. Après le séisme du 12 janvier 2010, il y a eu une grande circulation de dollars dans l’économie haïtienne. Pourtant, la gourde est restée. Ce qui porte à accepter l’explication de l’économiste Eddy Labossière à savoir qu’en Haïti, le taux de change ne dépend pas du jeu de l’offre et de la demande, mais du bon vouloir de ceux qui ont le monopole. La Banque centrale, par l’opération Open Market, s’est attelée à acheter des dollars à une période de relative stabilité de la gourde par rapport au dollar. Cependant, en période de dépréciation de la gourde, la BRH devait réinjecter cet argent sur le marché. Ceci n’a pas été fait. Pourquoi ? est-ce que la Banque centrale est confortable avec le taux de change et veut le maintenir à tout prix ?e. Rappelons qu’en achetant ou en vendant des réserves sur le marché des changes, les banques centrales peuvent agir sur le cours de leur monnaie pour la défendre et éviter sa baisse ou, au contraire, freiner son appréciation. Ce comportement est l’un des pré-requis de toute gestion monétaire seine car il influence le coût des échanges commerciaux. La situation a vite dégénérée, et les solutions proposées n’auront que des effets superficiels et éphémères. Beaucoup de spécialistes croient que la BRH doit ramener sa réserve au niveau d’avant séisme, c'est-à-dire le niveau de 2009. Elle était alors estimée à 136 millions de dollars, rapporte Labossière. Ce qui serait, toutefois anormale vu que les trois mois ne seraient pas respectés. Mais elle ne devrait pas dépasser, estime-t-on, les 500 millions. Alors pourquoi un montant si important de 1,2 milliards de dollars US et d’où provient ce montant quand on sait que le pays exporte peu Crise ou pas ? « Les banques n’ont pas de problème de solvabilité et de liquidité. C’est tout simplement un manque de monnaie numéraire », croit Labossière. Cependant des réponses inappropriées, s’inquiète-il, peuvent conduire à une crise financière dans le pays. « Les autorités monétaires n’ont pas bien géré ce problème de Cash. Une simple communication aurait aidé les clients à mieux apprécier la situation », soutient-il. Par ailleurs, le professeur d’université a insisté sur le fait que les banques n’ont pas le droit au pied levé de décider de fixer le montant des retraits en dollar des clients. Les banques commerciales sont donc les premières responsables de la tension et de la pression qui règnent actuellement sur le système bancaire. En prévision de cette crise en gestation, elles auraient du pourvoir les clients en carte de débit afin de faciliter les transactions et réduire l’utilisation de cash sur le marché. De plus, les coûts de service sont trop élevés dans les banques, d’autant que ce sont les derniers consommateurs qui paient le prix fort. Elles ne participent pas non plus à l’éduction financière de la population et de leurs clients. « Le système bancaire est contre la nation et l’économie », soutient Labossière. La banque centrale a également des responsabilités, vu qu’elle n’assure pas sa mission de régulation du système. Il est inconcevable que le Gouverneur de la BRH se plaigne du taux trop élevé des frais de service des banques, alors qu’il a la responsabilité de leur mise en œuvre. Des mesures ont été annoncées pour le mois de Janvier, la BRH est déjà revenue sur certaines d’entre elles. Elles ne seront pas effectives, selon Eddy Labossière. Les réponses à un problème du genre, poursuit-il, ne peuvent être prises à la va vite. La transition et la rupture avec les pratiques traditionnelles ne doivent se faire de manière aussi brutale. De plus, les banques commerciales ne jouent pas leur rôle d’intermédiaire auprès des citoyens, fait-il remarquer. « Il n y a pas de banque centrale et encore moins de banques commerciales. La première ne prête pas d’argent aux banques commerciales, qui en conséquence, ne prêtent pas d’argent au public ou la grande majorité des clients qui se voient en plus imposer des frais de service exorbitants », a souligné l’économiste. Le système bancaire est à refonder, martèle-t-il. Et puis, ces mesures sont-elles le début de la fin de l’expérience de dollarization en Haïti. Si oui, on ne peut procéder à la va vite comme semble le faire la BRH. Aujourd’hui, il faut aller vers la création de banques de développement industriel, commercial et agricole. « Bien que certains éléments des banques commerciales vont combattre et discréditer cette idée, l’État doit prendre ses responsabilités afin d’orienter l’économie dans cette direction pour créer les richesses », insiste Labossière. Cette démarche permettra à l’État de développer une stratégie de substitution, qui contribuera à réduire la dépendance du pays, au moins en matière alimentaire vis-à-vis de la République Dominicaine. Aussi ralentira-t-elle, la fuite des dollars vers la République voisine. L’État ne peut se baser sur les zones franches comme on veut le faire croire à la population pour développer le pays. « S’il est vrai qu’ils aideront à créer quelques emplois, l’apport de ces ateliers sera très faible dans l’économie, pour ne pas dire insignifiant » conclut l’économiste. Les dons ne doivent plus servir à la constitution des réserves stratégiques d’État. Le pays doit produire pour inverser sa balance commerciale. La politique monétaire du pays est à repenser si on veut retrouver un seuil de croissance acceptable.
Lionel Édouard [email protected]
Source: Le Matin

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