Caribbean Sextet à Tara’s : Le Passé Au Présent !

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Plus de 5 ans de cela depuis que certains promoteurs caressent le rêve inouï de réunifier, sur une meme scène, les musiciens du Carribean Sextet, dispersés un peu partout à travers le monde.
Ceux qui sont restés au terroir, dit on, ne se rencontrent que très rarement. Il est même bruit que le torchon brule encore entre Réginald Polycar, Pianiste- Maestro qui a fait les beaux jours de cette formation, et le très célèbre Boulo Valcourt,  Chanteur et Guitariste. Dès lors, le projet paraissait irréalisable.
Difficile d’imaginer le Caribbean Sextet sans ses 2 anciens complices, ces 2 piliers du succès de ce groupe des années 80. Mais l’impossible peut être possible. Le samedi 4 décembre 2011, c’est un Caribbean Sextet presqu’au grand complet qui se présente dans l’enceinte accueillante et la fraicheur de Tara’s orné d’un décor simple mais agréable.
Deux écrans géants diffusent des images du Caribeean Sextet en prestation dans les années  80. On peut alors percevoir l’impact du temps sur ces grands manitous de la musique haïtienne. ‘’Percevoir’’ car ils n’ont pas vraiment changé sinon quelques rides supplémentaires ou de légers embonpoint mais leurs fougues, leurs dynamismes, leurs talents et surtout leur envie de plaire demeurent intacts.
Des jeux de lumières, mélangeant harmonieusement le bleu, le mauve, le jaune et le rouge, rehaussent l’éclat de cette soirée magique pour un public bien endimanché dans leurs plus belles parures, plongé dans un passé si présent. A les entendre s’esclaffer dans des conversations aux verbes pointues sur l’évolution de la musique haïtienne,  il ne fait qu’aucun doute que ce passé est, de loin, meilleur que notre présent. Ils appellent cela pompeusement “la belle époque’’.
Dans un ciel d’un bleu éclatant, complètement dégagé des nuages du début de la soirée, les etoiles scintillent et caressent une lune resplendissante qui inspire à la poésie.  On dirait que dame nature a voulu donner sa bénédiction à cette fête de la musique.
Il est 10 heures. Réginald Lubin fait son entrée sur scène devant quelques centaines de personnes. Très élégant dans son costume noir, Maitre de Cérémonie de métier, il prouve, une fois de plus, son savoir faire dans ce domaine en décrépitude galopante avec la génération actuelle.
Ses propos d’introduction sont simples et claires. Il revisite ‘’Christmas Song’’ du légendaire et immortel Nat King Cole, tout en remontant le passé avec brio pour faire une brève historique du groupe, taquine les nostalgiques des soirées de l’auberge à Kenskoff sous les applaudissements d’un public impatient mais courtois. Tout simplement sublime. Reginald introduit, ensuite, les musiciens du Carribean Sextet. Ainsi débute un délire collectif qui allait durer toute la soirée.
En smokings noirs, hormis Boulo Valcourt et Lionel Benjamin vêtus de blanc, les musiciens grimpent sur scène et attisent l’envie de faire la fête. Une grande émotion se lit sur leurs visages. Réginald Polycar parait crispé. Toto Laraque, lui, est détendu et souriant. Claude Marcelin, d’un calme olympien, abore un sourire timide. Joël, très discret comme à son habitude, se fie à ses baguettes magiques…
Dès l’entame du premier morceau, la piste est envahie de couples, apparemment émus par la portée historique de l’évènement. Des fans sont allés se masser devant la scène. De temps en temps, certains d’entre eux font des clins d’œil complices aux acteurs  sur le podium. D’autres brandissent les deux doigts de la victoire, en jetant des coups d’œil furtif sur leurs voisins avec un sourire idiot et fier comme pour leur dire “Musyeu se zanmi m wi. (Lui, il est mon ami)
La sono n’est pas au top mais la mécanique Sextet est tellement bien huilée qu’il faut être un spécialiste avérée dans la recherche constante de la petite bête pour s’en rendre compte. Réginald Polycar, impressionnant au piano, nous livre toute la dimension de son talent. Quant aux remarquables sorties en solo de Toto Laraque, précises et sans excès, c’est à vous couper le souffle. Claude Marcelin assure l’accompagnement de main de maitre dans un mélange de groove et de ‘’graj’’ à l’haïtienne.
La voix de Boulo n’a plus sa fraicheur d’antan du au poids des ans, au stress ou la fatigue peut être, mais, fort de son expérience, il arrive à surmonter ses faiblesses sans que cela ne soit trop perceptible. Richard Barbo, très discipliné sur sa basse, supporte la ligne des cordes avec simplicité dans des grooves jazz-funk qui font l’identité rythmique de Caribeean Sextet. Rien à dire sur les cuivres sinon des professionnels avérés comme Ken Walters, maitres de leurs instruments de prédilection.
Dans une euphorie totale, des titres comme  ”Ay Manman”, ”Tante Nini”, ”Kenbe m”, ”Carole chérie” défilent comme par enchantement devant un public conquis – à nouveau, pour certains. Que dire du célèbre ‘’Coq de Ginette’’. C’est le titre qui a tout carrément mis le feu au poudre à Tara’s. Dès les premières notes de ce classique, la salle toute entière s’est embrasée.
Une soirée féérique.  Inoubliable. La bonne musique a répondu présent au rendez-vous. Du Konpa Direct à son paroxysme. Pas un Konpa fermé sur lui même, mais une musique haïtienne fidèle, agrémentée de Jazz et de Blues. Une musique qui, malgré le temps, reste jeune et moderne voire très avant-gardiste.
Ces vieux briscards, une fois de plus, auront prouvé que notre musique a régressé sur le plan qualitatif. Un profond regard doit être jeté sur notre passé pour y puiser la substance nessecairre afin d’arriver à ce renouveau tant souhaité par les mélomanes. Il nous faut une remise sur selle de notre Konpa national comme ce fut le cas en 1968, 1981, 1988
La qualité est intemporelle. Les classiques ne meurent jamais. Cette soirée du 3 décembre  en est la preuve.
Pipo Saint Louis
Source: KitelMache

Animateur (s)

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