Lavalas : un concurrent qui fait peur !

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La Fanmi Lavalas participera aux prochaines élections. Le parti de Jean-Bertrand Aristide ne pourra plus être exclu par le Conseil électoral provisoire (CEP) en raison de l’absence de son représentant national. Aristide est là. Plus question de mandat consulaire notarié mais non validé, plus question de branches éparses réclamant chacune la paternité de cette « table » qui a marqué nos élections contemporaines. Sauf coup de théâtre, le président Martelly et le CEP qu’il devra former un jour ou l’autre, supporteront - ou constateront tout simplement - la présence de ce parti dont la popularité fait peur aujourd’hui encore. Le contexte actuel est différent de 2009 ou de 2010. Lavalas jouera sur un terrain ou le parti présidentiel (s’il en existe) ou tout simplement les candidats du pouvoir partiront en quête de cette majorité parlementaire qui fait défaut au Président ; un terrain ou la plateforme Alternative cherchera à confirmer sa force, où peut-être les dignes fils du consortium Lespwa / Inite chercheront à sauver ce qui reste de ce parti portant tristement l’empreinte de René Préval. Les dissidents, les nouveaux alliés, les alliages et alliances contre nature n’étonneront guère à l’approche de ces joutes, puisqu’aujourd’hui le grand défilé des enfants prodigues se fait déjà à Tabarre, à la résidence privée du « leader historique » de la Fanmi lavalas. Tous en quête de la bénédiction de l’ancien prêtre-président Les noms de ceux qui représenteront la Fanmi lavalas dans les départements, donc comme candidats au Sénat, ne sont pas officiellement connus. Mais les aspirants sont nombreux pour chaque département et l’un des membres influents du parti, René Civil, nous a donné l’assurance que la Fanmi sera représentée à tous les niveaux aux prochaines joutes. Le parti devra donc faire taire les possibles querelles entre lavalassiens restés fidèles de l’exil jusqu’au retour et ceux qui se sont abrités sous des bannières néolavalassiennes pour contourner « l’exclusion ». Ainsi, pour le département de l’Ouest, des militants lavalas que nous avons interrogés disent espérer que le leader bénira un « vaillant militant » qui a déjà fait son nom. Il a certes soutenu un candidat lors des dernières présidentielles, mais il est resté l’une des voix puissantes pour les « bases » comme pour les cadres du parti, nous disent ces militants. Ils menacent même de supporter ce militant-candidat sous une bannière indépendante si le dévolu du leader ne se porte pas sur lui. Dans le Sud-Est aussi, la Fanmi lavalas pourrait faire des surprises. Ce département dominé jadis par les Lambert, applaudira-t-il le retour en force du parti de Jean- Bertrand Aristide, ou se rangera-t-il définitivement du côté de Edwin D. Zenny dont le mot d’ordre ira ipso facto en faveur du candidat du pouvoir ? Dans le Nord, Nawoon Marcellus voudra trouver avec Lavalas ce que Inite et René Préval lui avaient subtilement refusé. Dans le Nord-Est et le Nord-Ouest, les deux sénateurs sortants, Rodolphe Joazile et Evalière Beauplan, sont d’anciens lavassiens, qui se croiront peut-être en droit de réclamer à nouveau cette bannière. Le sénateur Beauplan, par exemple, a récemment rappelé sa fidélité à l’idéologie et aux combats Lavalas, quand, devenu subitement l’un des ténors du groupe majoritaire au Sénat, il a pris les devants de ce vaste branle-bas des sénateurs qui a abouti au rejet de Me Bernard gousse, alors Premier ministre désigné. Il l’a fait, dit-il, aux noms des lavalassiens qui ont été traqués sous le gouvernement de transition dont Me Gousse était le ministre de la Justice. Dans la Grand-Anse, deux candidats se sont déjà ouvertement déclarés. Il s’agit du député en fonction Sorel Jacinthe, président de la chambre basse, et Guy Philipe, ex-commandant de l’armée des rebelles qui a contribué au renversement du président Jean-Bertrand Aristide en 2004. S’il est vrai que M. Jacinthe, ancien membre de la Fusion, actuel dirigeant d’Inite, n’est pas de ceux qui convoiteront, même de loin, la bannière Lavalas, il ne sera pas étonnant que Jean-Bertrand Aristide, en choisissant son candidat pour la Grand-Anse, prenne bien le soin de donner une bonne leçon à Guy Philipe. Mais ce dernier est depuis peu, très proche du Palais national et du président Michel Martelly. Simple rappel. Dans d’autres départements, comme l’Artibonite, ce sera un peu le même cas de figure, où un ancien opposant à Aristide et tenant du pouvoir de transition, Youri Latortue, se lancera à sa propre succession. Il est lui aussi très proche du président Martelly. Le choix de la Fanmi lavalas dans ce département sera donc taillé sur mesure. René Civil au Sénat pour l’Ouest ? Après avoir parlé avec ces militants chauffés à blanc et qui promettent énergiquement de se ranger aux côtés d’un des leurs pour les prochaines sénatoriales de l’Ouest, nous en avons parlé avec René Civil. À la question de savoir s’il comptait concourir au Sénat, M. Civil a dit s’en remettre à la volonté des « bases populaires ». « Je sais que beaucoup de voix s’élèvent au sein du parti pour réclamer ma candidature, je peux seulement dire que je suis prêt à répondre à tout appel venant de la grande masse lavalassienne de l’Ouest. » René Civil n’a cependant pas voulu nous faire part des éventuels candidats du parti pour les autres départements. Il s’est contenté de nous confier que plusieurs noms sont cités pour chaque département mais qu’il reviendra au parti de choisir en fonction de ses propres critères. « La Fanmi lavalas est un parti ouvert à tous ses fils, ils peuvent tous manifester le désir d’obtenir la bannière, mais la compétence sera le premier critère de choix », promet René Civil. Le militant souhaite aussi la mise en place d’un nouveau Conseil électoral provisoire pour l’organisation de ces joutes. L’actuel Conseil est à son avis décrié et vilipendé, il n’est donc pas digne pour lancer de nouvelles opérations électorales. Il espère cependant que la désignation de nouveaux conseillers électoraux sortira d’une large concertation avec les partis politiques. Pour ce qui est des collectivités, on rappellera tout simplement que jusqu’aux élections de 2006, plusieurs cartels municipaux étaient directement issus de la Fanmi lavalas. La plupart d’entre eux sont restes fidèles à leur parti et l’un de ces maires-lavalas vient d’être mis a pied et remplacé par l’exécutif, il s’agit de Michel Saint-Croix, de la ville du Cap-Haïtien. Ces collectivités, utilisées pour l’édification du parti présidentiel Inite, échapperont-elles à la présidence de Michel Martelly ? Il n’est donc pas à douter que l’enjeu des prochaines élections est de taille. Absolument.
Eddy Laguerre [email protected]
Source: Le Matin

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