Vers la conservation d’une majorité présidentielle

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Le Sénat est plongé dans la résolution de la crise générée par l’affaire Bélizaire. Pourtant, un danger menace le bon fonctionnement du corps dit des sages : le report des élections pour le renouvellement du tiers du Sénat. Le CEP n’est pas fonctionnel, la loi électorale n’a pas encore été votée. Aucune voix ne s’élève du Grand Corps pour réclamer la tenue des scrutins. À qui profitera ce report ? Quelles seront les conséquences pour le pays ? Les élections n’auront vraisemblablement pas lieu cette année. Certains leaders politiques ne croient pas au hasard du calendrier et affirment qu’il n a jamais existé de volonté politique de la part des responsables de les réaliser. D’après le sénateur Anick François Joseph, avec la non-tenue de ces scrutins devant permettre le renouvellement du tiers du Sénat, le pays a une nouvelle fois raté un grand rendez-vous et les conséquences de ce nouvel accroc à la Constitution seront néfastes pour la nation. La pratique du pouvoir actuel ne diffère en rien de ceux qui se sont succédé depuis la dernière décennie. L’absence réelle de volonté de la part du chef de l’État de réaliser ces élections n’est donc pas nouvelle. Pratiquement tous les prédécesseurs de M. Martelly ont fait de même, a fait remarquer le responsable de formation à l’OPL. Tous ces gouvernements ont usé des scrutins pour faire du marchandage politique. Cette pratique, qui consiste donc à jouer sur les élections pour créer leur clivage politique et asseoir leur plan, est familière de nos dirigeants. Cette vieille tendance à ne pas organiser les élections à temps ou à organiser des scrutins bidon n’est pas un hasard, croient fermement certains parlementaires. Le renouvellement du tiers du Sénat représente un enjeu majeur pour Michel Martelly qui, rappelons-le, n’a que trois députés issus du même parti que lui au Parlement. Se donner une majorité au Grand Corps en raflant la majorité des sièges est vital pour le Président. C’est le seul moyen qu’il a, dit-on, de faire atterrir son « projet de société ». Les élections ne s’organiseront pas cette année, selon Anick François Joseph. Et ce n’est pas innocemment que cela arrive. Dans sa quête de majorité, argumente-t-il, le Président attend d’avoir des candidats valables pour le représenter. Il veut gagner la majorité des sièges qui seront en jeux lors de ces sénatoriales. Aujourd’hui, l’exécutif serait en train de négocier différents accords avec ses alliés conjoncturels au Sénat. Le silence du groupe des 16 sénateurs au tour des élections est plus que complice, selon certains observateurs. Parmi cette majorité qui supporte le Président, il y a au moins sept sénateurs dont le mandat est arrivé à terme, fait remarquer le sénateur Joseph. Ceux-ci seraient en train de jouer leur réélection dans des deals politiques divers avec le Président. Ces élus, en fin de mandat, demanderaient au chef de l’État de ne pas se faire représenter dans certains départements lors des sénatoriales afin de leur faciliter la tâche. S’ils obtiennent gain de cause, ces sénateurs maximiseront considérablement leurs chances de retour au sein du Grand Corps. Si le Président se repose sur cette majorité pour organiser des élections, il se trompe, estiment certains analystes. Ladite majorité n’est acquise à la cause de personne. Elle est guidée par son intérêt, peut changer de position à n’importe quel moment. Ce n’est pas un bloc qui s’est formé autour d’une idéologie politique, mais plutôt autour des intérêts de factions ou du moins de personnalités politiques, a expliqué Anick François Joseph. Elle est donc fluctuante, c’est-à-dire, en fonction de la conjoncture, elle peut facilement adopter une position différente et dissidente par rapport au pouvoir en place. Des conséquences… Le report des scrutins aura de graves conséquences sur le fonctionnement du pays. En premier lieu, en ce qui a trait au délai fixé par la Constitution pour renouveler le corps législatif. En second lieu, ce report posera un problème en ce qui a trait à la durée réelle du mandat des sénateurs, dans l’optique où l’on voudra rentrer dans les limites fixées par la Constitution. Il sera difficile d’établir le début et la fin du mandat des nouveaux élus, a expliqué Anick François Joseph. D’autre part, le prêtre défroqué déplore le fait que les responsables de l’État n’aient pas conscience de diriger une nation. La moindre erreur, souligne-t-il, peut entraver le fonctionnement de toutes les institutions du pays ainsi que l’avenir de la population. En tout cas, le Président a un alibi pour profiter quelques mois encore des bienfaits du groupe majoritaire. En effet, suivant la loi électorale en vigueur, si les élections ne se réalisent pas à la date prévue, les sénateurs, dont le mandat a expiré, resteront en place jusqu’en mai 2012. Qui organisera les élections et quand ? Nul ne sait. Ce conseil électoral n’est plus d’actualité, selon Anick François Joseph. Un des neuf membres est mort, un a démissionné et trois autres sont en cavale puisqu’activement recherchés par la police sur mandat de la justice, a-t-il tenu à préciser. Par ailleurs, a souligné le sénateur, une nouvelle loi électorale doit être également adoptée, vu qu’il y avait trop de flou dans la dernière. À cet effet, le Sénat s’est déjà prononcé en faveur de cette nouvelle loi, informe Anick François Joseph. [email protected]
Lionel Edouard
Source: Le Matin

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