« ET S’EFFRITE LA MORALE ET S’EFFONDRE UN PAYS »

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« Avant que de se jeter dans le péril, il faut le prévoir et le craindre ; mais quand on y est, il ne reste plus qu’à le mépriser »« La proximité de la mort, disait Jean Paul Enthoven, dissipe toute pudeur ».En Haïti, la mort a un nom : la politique. Non la science, non la connaissance. Non plus cette discipline éthérée, efficace, efficiente qui apprivoise l’humeur collective et la courbe sous la pression des circonstances. La politique, ces vingt-cinq dernières années, est devenue la mort qui s’échappe des ossuaires en putréfaction, hante les nécropoles désaffectées et rôde autour de notre insularité éprouvante. Autrefois, faculté de comprendre, moyen par lequel les habitants de la Cité se proposaient de mettre de l’ordre dans leur cadre existentiel, la politique s’est convertie en sauce universelle où trempent tous les condiments de la flore tropicale. Un bouillon de culture pour microvirus hautement maléfiques, audacieux même pour tenir aux compatriotes angoissés, exténués, désespérés, le langage cru des dialogues d’hommes qui se souviennent et qui entendent corriger l’itinéraire de l’histoire.Il est vraiment regrettable de constater que l’Haïtien de tout temps n’ait pas encore compris les leçons de son histoire. Regrettable, que de l’époque précolombienne à nos jours, les événements historiques qui se sont succédé sur la terre d’Haïti ne lui aient pas façonné une cuirasse plus résistante aux atteintes mortelles des idéologies importées. De la trahison d’Ovando envers Anacaona à la forfaiture de Brunet vis-à-vis de Toussaint Louverture, du parricide innommable des compagnons de Dessalines au racisme avoué des Congressistes de Panama, de l’ostracisme d’époque envers la République nègre velléitaire à la cavalcade d’agressions des pirates Teutons, l’Haïtien n’a rien retenu de ce parcours sacrificiel des peuples sans défense et sans force de dissuasion. Il ne se souvient même pas des gestes de Boukman au Bois-Caïman et de Jean-Jacques Dessalines au Congrès de l’Arcahaie. Il ne se remémore pas les hauts-faits de l’Ancêtre héroïque terrassant l’hydre esclavagiste Européenne avec les seules armes de la foi et du courage moral. Il ne se rappelle plus que les succès historiques sont tributaires des qualités morales et des vertus congénitales des peuples.Être un homme : c’est d’abord se comporter en Homme. Haïti, en dépit de tout, abrite certainement une population d’hommes de courage, de grande probité qui a toujours témoigné d’une pratique et même d’un culte profond de l’autosuffisance. À ce compte, on ne peut s’empêcher d’évoquer les charmes frustres des « temps longtemps » où les familles haïtiennes se tenaient plus près de la nature organique que du confort superficiel des »civilisations de spaghettis, de corn-flakes et de conserves ». Chez nous, la pauvreté des honnêtes gens a toujours exclu la mendicité, laconcussion, le vol. Et l’amour se faisait sous les étoiles, au grand air, loin des émanations morbides des laboratoires modernes où l’on prépare ordinairement les armes chimiques destinées à la destruction de l’Humanité. Cholera, HIV, Ebola, quoiqu’ils fassent, les pays d’ingérence, G-20 et autres trouvailles n’auront jamais raison de ces ethnies qui se reproduisent par scissiparité. Pour chaque tiers-mondiste qui tombe sous le choc des cultures, cinquante se lèvent pour revendiquer leur droit à la vie.Ce n’est donc pas insulter la logique que de proposer d’autres voies de passage à un peuple qui s’est toujours cherché sans se trouver. Si la maturité politique est un privilège alloué par le temps, on comprend mal qu’au terme de 207 ans d’indépendance relative, un pays n’ait pu se transformer en nation. Aucun citoyen n’aurait pu s’imaginer qu’en l’an de grâce 2011, ses oreilles seraient écorchées par les grivoiseries d’un Chef d’Etat et des parlementaires de la 49ème législature. Qui aurait cru aussi qu’au Parlement Haïtien siégerait un escroc international doublé d’évadé de prison ? Qui aurait pensé, que de nos jours, on eût pu acquérir la célébrité dans le mal ? Pourtant, aux dires de notre ami Erich René, l’élargissement du truand est dû à l’intervention concertée d’ambassades étrangères. Ne faut-il pas croire avec Homère dans son « Dialogue des Morts », « qu’une patrie de cochon se trouve partout où il ya du gland » ? Qui s’imaginerait, qu’en cinq mois, notre Président passerait par l’exercice du pouvoir-fonction pour être tenté dans un second temps par l’absolutisme du pouvoir ? Et le fait par le Chef d’Etat de vouloir nettoyer les écuries d’Augiasaprès toutes ces années d’horreur, de gabegie administrative et de terrorisme d’Etat, la gauche haïtienne, ne s’étant pas encore remise d’avoir irrémédiablement perdu le pouvoir, loin de voir un certain amateurisme dans la pratique de gestion de la chose publique des jeunes cadres de l’administration Martelly, en crée un tollé jusqu’à évoquer un désir immodéré de personnalisation de l’autorité suprême de la part du Président. Pourtant, dans ses Mémoires au Ministre de l’intérieur, le 8 Juin 1793, Madame Roland nous enseigne que les factions passent, que la justice seule demeure, et que, de tous les défauts de l’homme en place, la faiblesse est celui qu’on lui pardonne le moins, parce qu’elle est la source des plus grands désordres, surtout dans les temps d’orage.Aussi, assistons-nous aujourd’hui à un état de fait très lamentable engendré par plusieurs paramètres. Mais la seule variable qui justifie notre piétinement inconsidéré n’est autre que la démission des clercs ou leur mauvaise foi manifeste. Voilà pourquoi, l’Histoire de ce siècle haïtien naissant semble s’inscrire en faux contre l’immortelle saga de l’Ancêtre indien et l’immarcescible cosmogonie de l’Aïeul Noir. Car, entre les populations d’aujourd’hui et les tribus transplantées de l’Alma Mater, la différence est notable. Les unes s’amusent à galvauder l’héritage que les autres leur ont légué au prix du sang. Alors à quel moment s’est donc produite la rupture du cordon ombilical ? Nul ne peut l’affirmer avec certitude. Pourtant, la haute technologie moderne est parvenue à refaire les virginités abîmées. Pourquoi ne pourrait-elle pas faire de même avec les ombilics triturés ?Nous ne le dirons jamais assez : les déboires que connait de nos jours « la nation haïtienne » tiennent simplement dans le refus névrotique du dialogue et de la concertation entre gens d’une même espèce. Ils confinent aussi dans ces élans suicidaires d’autodestruction par formations politiques interposées. Les mouvements de gauche, sous des labels différents, nés de l’imagination malsaine de la satrapie en soutane ont conduit le Pays, notre Pays, à la rencontre de son destin de poussière plus loin que ne l’ont fait les déprédations du Piquettisme, du Cacoïsme, du Tontonmacoutisme, du Militarisme et autres excroissances purulentes de l’histoire politique nègre. De mémoire d’historien, pour la toute première fois, dans les Annales des peuples, on a vu un Chef d’Etat réclamer et obtenir l’occupation de son pays par des forces étrangères. Pour la toute première fois, on a vu un successeur de la même trempe prolonger de six mois en six mois l’agonie d’une Patrie qui, à défaut d’être belle, fut jadis attrayante et harmonieuse.Au demeurant, n’est-il pas temps que ce peuple bon enfant qui a porté sur ses épaules endommagées ces gouvernements d’imposture comprenne que l’occupant n’est pas là pour l’aider de quelque manière que ce soit, mais pour protéger les « grands voleurs et grands criminels constitutionnels » qu’il s’était donnés dans une envolée somptuaire vers le changement dans la dignité. Même le fameux Père Joachim Samedy, le promoteur historique de son homologue « Père Lebrun » élevé, à l’époque, pour les besoins de la cause à la dignité épiscopale d’abord et cardinalice ensuite, eut à dire dans un rarissime moment de lucidité : »Si je devais faire le procès des Duvaliéristes etdes gauchisants Prévalo-lavalassiens, je réclamerais la prison pour les premiers et la pendaison pour les seconds ». N’est-ce pas là, l’expression de l’état de pensée d’un homme qui se souvient ? Pourtant, nous, qui subissons ces années de noirceur dans l’histoire nationale, avions gagé qu’à l’instar de tout handicapé mental, il s’arrêta sec sur cet élan si bien entamé.Au demeurant, les mêmes turpitudes reviennent dans le folklore haïtien. Les zinglindos constitutionnels, drapés dans leur immunité continuent à tuer, voler, kidnapper .Les marchandes de rue se plaignent en silence. Les fonctionnaires publics rongent leur frein. Et au bout de l’aune, le pays assiste à une lutte sans grandeur entre pouvoirs d’Etat. En Haïti, tout a toujours été fait à l’envers. L’exercice d’une profession ou d’un pouvoir quelconque s’accompagne ordinairement d’une usurpation circonstanciée et intempestive de droits et prérogatives qui va à l’encontre de toute Charte. Néanmoins, de tels écarts s’enregistrent aussi bien dans la pratique politique des pays du Tiers-Monde. Contrairement aux régimes républicains des pays avancés où la démarcation entre les trois pouvoirs de l’Etat est bien définie et repose sur une pratique démocratique qui, en termes de renforcement, s’est même constituée des balises médiatiques, véritables vigiles communément appelées : Quatrième Pouvoir. Ainsi, malgré qu’il soit élu au suffrage universel et non censitaire, le Président en exercice d’un pays dit avancé : La France ou les USA voit ses actes scrutés à la loupe. De ce fait, il ne peut déborder sur sa gauche ou sur sa droite en empiétant sur les fonctions de ses pairs : Le Législatif et le Judiciaire. De plus, pour bénéficier d’une sanction populaireindéniable, la Presse qui relaie l’opinion publique, joue un rôle de balancier entre les pouvoirs constitutionnels : Exécutif, Judiciaire, Législatif, bien imbus des dangers d’une interférence inopportune et des risques de chevauchement inhérents à la nature humaine.La démocratie est avant tout le respect de l’autre. »Il n’est pas certain, soutient Charles Debbasch, que la transposition pure et simple du constitutionnalisme occidental représente le meilleur moyen d’aider les sociétés tiers-mondistes à développer un idéal de tolérance et d’humanité. En Haïti on est loin du compte. Le Législatif ombrageux prend fait et cause pour un des leurs dont l’itinéraire est peu reluisant, annonçant à grand renfort d’intimidation la mise à pied de Ministres et Secrétaire d’Etat. Dès lors, l’incursion illégale de l’Exécutif dans le domaine du Judiciaire retentit comme une gifle au visage du Législatif qui saisit l’occasion pour exhiber ses instincts criminels : « NAP COUPÉ TÈT JOUK NAN RIN ». Et au moment où les ténèbres se déploient sur une Haïti attristée, où le pays vit des heures d’angoisse, l’Exécutif rejoint ses caches de couleuvres. Alors, devra, donc,- t- on s’étonner, si demain d’honnêtes citoyens s’avisent de refuser l’honneur mitigé et le privilège empoisonné de siéger au Parlement ou de prendre part à la gestion de la Res Publica ? Malheureusement, depuis longtemps, les dés ont été jetés. Et Haïti, dans sa marche à reculons, vogue de moins infini de l’anarcho-populisme à plus infini de la ploutocratie revancharde. Pauvre petit pays !Miami, le 2 Novembre 2011Jean L. ThéagènePrésident de l’Union Nationale des Démocrates Haïtiens

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