Ces ministères jugés moins importants !

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Jamais composition de gouvernement n'avait été aussi, disons, drôle. D'abord la part du lion. Comme dans la célèbre fable, le président Michel Martelly a choisi les meilleurs morceaux. Ceux-ci s'appellent l'Intérieur et la Défense ; l'Economie ; les Affaires étrangères et la Justice, etc. Puis les autres se partagent le reste. Or, dans ce reste se trouvent bizarrement deux ministères qui, dans tout autre pays, constitueraient l'épine dorsale de l'avenir. Ce sont la Culture et l'Environnement. La culture, qui, depuis André Malraux, premier ministre de la Culture de la Ve République française, est devenue le fer de lance de l'économie de ce pays, numéro 1 au monde de l'industrie touristique, le plus visité, spécialement pour ses musées et ses châteaux. Or, n'a-t-on pas beaucoup entendu après les dévastations du séisme du 12 janvier 2010 : la culture, c'est ce qui reste quand on a tout perdu ! Cet appel n'a pas été entendu par nos élus, exécutif ou législatif. Bizarrerie d'un chef d'Etat venu lui-même du show- business. On en sera quitte pour les masques du prochain carnaval de Jacmel. Mais pas plus loin que cela. Aussi ne nous étonnons pas si c'est Santo Domingo qui obtient le plus grand institut français de la Caraïbe, comme pays 'membre observateur' de la francophonie alors que, celle-ci, nous l'avons fondée. Nous l'avons arrosée de notre sang, comme l'a compris notre invité de la semaine écoulée, le secrétaire général de la francophonie, M. Abdou Diouf. Rien d'une rock star ... Pourtant le président Dumarsais Estimé était un plouc. Du moins c'est ainsi que le considéraient ses adversaires quand il arriva au palais national en 1946. Rien d'une rock star ni d'un artiste pop art. Mais le premier, sinon le seul, à avoir compris avec justesse que c'est sa culture (musique, peinture, artisanat, littérature, art populaire) qui est la grande force économique d'Haïti. Parce que inégalable, spécifique, 'chè mèt, chè mètrès', infatigable, indestructible. Vive la différence ! 'Nou bati Bisantnè, Pou nou toujou an mèvèy, Ayiti se yon revèy, Kap pote bon freshè, Viv lapè viv linyon, Pou nou pa an dezinyon.' Entre la factory et le mahogany ? ... Vous connaissez la suite. Et surtout que nous n'avons pas fait mieux depuis. Loin de là.
Et que tous les peuples voisins rêvent d'un pareil avantage comparatif. 'Kote k gen chenn, nan pwen kou.' Mais aujourd'hui, en ces temps de compétition non plus régionale mais globale, seuls les Haïtiens n'apprécient pas suffisamment ce qu'ils ont et ce qu'ils sont. Surtout, comment prétendre améliorer l'image d'un pays quand on ignore ce qui fait sa spécificité? Qu'est-ce qui produit le plus d'emplois et le plus durablement ... entre la factory et le mahogany ? La boulette de papier chiffonnée ... L'autre ministère, dont le peu de considération qu'il a reçu au cours de la formation du nouveau gouvernement nous renverse, c'est bien entendu celui de l'environnement. Qu'est ce que Haïti aujourd'hui si ce n'est son environnement ? Christophe Colomb, sa description de cette île unique, magique à la reine Isabella, la boulette de papier chiffonnée, plaines et montagnes entremêlées, Hispaniola ou Petite Espagne ! Si on laisse faire, tous savent que sous peu il n'en restera plus rien, littéralement. Et pourtant ! L'agriculture, la sécurité alimentaire, le déficit commercial abyssal et si on veut espérer un jour un tout petit début de rétablissement de la balance des paiements vis-à-vis de nos grands fournisseurs de riz et de tous autres produits alimentaires jusqu'aux plus banals (citrons et mirlitons), les menaces à la sécurité nationale aussi, car ce n'est ni une guerre ni un mouvement extrémiste qui nous menace en ce moment de catastrophes naturelles, mais dont l'homme haïtien en porte la responsabilité plus encore, l'énergie propre, et renouvelable - carburant blanc (hydro) ou vert, donc l'environnement si important, au carrefour des quatre chemins, ministère transversal s'il en est, et si tant est qu'il devrait être le premier des ministères mais qui ne vaut qu'un strapontin aux yeux de nos dirigeants. Attention à l'argent facile ! ... Quand le président Martelly déclare, lors de son récent passage sur CNN, qu'il veut redonner au café la place qu'il a occupée jadis dans l'économie nationale. Dans l'indépendance nationale, expliquant avec raison que c'est le café qui a payé la dette de l'indépendance. Vrai. Mais c'est le café, les caféières, la première victime de la destruction de l'environnement. On peut vous emmener voir sur place. L'américain dit qu'il faut savoir mettre son argent là où est son coeur. On a l'impression que nous mettons plutôt notre argent là où on espère ... l'argent facile !
Marcus Garcia
Radio Melodie FM Port-au-Prince

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