Haïti entre les vœux de la communauté internationale et son combat pour l’autodétermination

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Au cas où le sénat emboîte le pas à la chambre des députés, en donnant un vote favorable à la désignation de Garry Conille comme futur premier ministre, la république d’Haïti entrerait dans une phase avancée de tutelle, voire de néocolonisation de ses institutions nationales, estiment les observateurs politiques.
Depuis 2004, le Dr Conille, qui brigue le fauteuil de chef de gouvernement, est un familier de la communauté internationale, particulièrement du système des Nations Unies. Jusqu’à sa nomination, début septembre 2011, comme candidat au poste de premier ministre, il était représentant humanitaire (depuis juin 2011) au Niger pour le programme des Nations Unies pour le développement (Pnud).
Après le tremblement de terre de janvier 2010, il a occupé le rôle de responsable du bureau de l’ancien président étasunien, William Jefferson (Bill) Clinton, nommé envoyé spécial du secrétariat général des Nations Unies.
Après les 2 échecs essuyés au parlement par le président Michel Joseph Martelly, sur la désignation de deux personnalités comme probables chefs de gouvernement (respectivement Daniel Gérard Rouzier en juin 2011 et Bernard Honorat Gousse en août 2011), la communauté internationale, par l’intermédiaire de Bill Clinton, aurait suggéré le nom de Conille comme un choix “stratégique” dans la conjoncture actuelle.
L’intéressé, Dr. Garry Conille, a beau s’inscrire en faux contre cette assertion, à savoir qu’il aurait été proposé par les grandes puissances internationales qui orientent les choix politiques et économiques en Haïti.
Certes, le vendredi 16 septembre 2011, Conille a franchi avec succès la première étape de sa ratification avec un vote à l’unanimité à la chambre des députés (89 députés sur 90, le président de la chambre basse ne votant pas).
Il reste, tout de même, que l’intéressé (Conille) n’avait aucun lien avec le mandataire issu de la présidentielle controversée de novembre 2010 et de mars 2011.
Il reste, également, que Martelly ne connaissait pas Conille, avant de le désigner comme possible futur premier ministre. Martelly et Conille reconnaissent le fait.
Ainsi, comment a-t-on pu arriver à une désignation d’une personnalité qui vit loin du pays depuis 2004 et qui ne possède pas de carte d’identification nationale (Conille ne la détient pas encore, sa demande officielle d’obtention d’une carte d’identification nationale remonte au 5 septembre 2011) ? Une personnalité supposément non au fait des réalités nationales, en raison de son éloignement du territoire national depuis plusieurs années ? Beaucoup de questions se posent, en plus de celles susmentionnées.
En 2010, après le tremblement de terre, la communauté internationale a promis de venir en aide à Haïti. Et, en mai de la même année, le parlement, dans l’imposture, a confié pratiquement la gestion du pays, pour 18 mois, à une commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (Cirh), co-présidée par l’ex-président américain Clinton avec le premier ministre sortant Joseph Jean-Max Bellerive.
A l’approche du délai de 18 mois, accordé à la Cirh, Clinton est confirmé dans sa position d’orientation de la politique économique d’Haïti avec sa nomination, par Martelly le 8 septembre 2011, comme co-président du conseil consultatif présidentiel pour le développement économique et l’investissement avec l’homme d’affaires haïtien Laurent Lamothe.
Depuis sa confirmation comme président et son investiture le 14 mai 2011, Martelly semble, de plus en plus, s’intéresser à la communauté internationale pour “vendre une autre image d’Haïti”.
Il tend à accorder plus d’importance aux vœux et approbations de la communauté internationale qu’aux consultations, aspirations et revendications des organisations et institutions nationales.
Au sein du conseil consultatif présidentiel pour le développement économique et l’investissement, figurent de nombreux présidents et anciens premiers ministres de droite…
Pendant que le groupe majoritaire au sénat parle de “donnant / donnant”, comme préalable à un vote favorable à Conille, quel programme de politique générale le nouveau gouvernement à venir proposera à la nation ?
Des organisations appartenant au secteur populaire haïtien expriment leur réserve sur la désignation comme premier ministre de Garry Conille par la présidence haïtienne.
D’après Yanick Etienne, porte-parole de Batay Ouvriye (lutte ouvrière), « un premier ministre de Martelly ne va jamais répondre aux attentes du secteur populaire (haïtien) ».
Il sera « issu directement du camp des dominants, c’est un choix qui va plaire aux classes dominantes et aux forces impérialistes ».
« Les choix sont faits en fonction des bailleurs de fonds, les impérialistes et les classes dominantes haïtiennes », précise la porte-parole de l’organisation « Batay Ouvriye ».
À la place du changement, tant prôné par le chef de l’État haïtien, depuis sa campagne électorale, « Batay Ouvriye » « ne voit que de la continuité ».
À travers ce choix, « Batay Ouvriye » présume que ce sont les mêmes mesures d’orientation économiques qui vont se concrétiser.
« Le choix de Conille consiste en un changement de personne », avance l’organisation.
« Ce sont les mêmes orientations qu’on avait vues avant : création de zones franches, main-d’œuvre à bon marché, exploitation à outrance, la négligence des droits des travailleurs (…) les mêmes politiques économiques », affirme Étienne.
Une position partagée par le mouvement démocratique populaire (Modep), qui déclare voir en Conille « quelqu’un qui a passé un bon temps à l’extérieur du pays » et qui revient « remplir la mission des impérialistes ».
« Le choix de Garry Cornille est un choix imposé par l’international », soutient Guy Numa, membre de la coordination du Modep. Cette situation est dénoncée par le docteur Junot Félix du parti politique Action Pour Construire une Haïti Organisée (AKAO).
« On a une tendance en Haïti à faire chercher les gens de l’extérieur, des gens habitués aux organismes internationaux comme si Haïti devrait toujours être à la solde de cette fameuse communauté internationale. C’est comme si nous, on doit toujours quémander », déclare le médecin.
Le docteur Félix pense que la solution aux problèmes du pays doit venir « de dirigeants ayant une vision très claire, un programme très clair » ; des dirigeants capables de conduire les « négociations » en faveur du pays face à la communauté internationale.
Dans cette perspective, les mouvements sociaux cherchent à se positionner contre la mainmise de la communauté internationale sur le pays, en profitant du viol d’un jeune haïtien par des casques bleus uruguayens de la mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) pour accélérer les revendications en faveur du départ de la Minustah du territoire national.
Au cours d’une nouvelle marche de protestation, déroulée, le vendredi 23 septembre 2011, sans aucun incident et sous bonne garde des agents de la police nationale d’Haïti (Pnh)., plusieurs dizaines de manifestants ont gagné, une fois de plus, les rues de la capitale haïtienne, pour réclamer le départ de la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation d’Haïti (Minustah) qu’ils jugent "intolérable" et "indésirable".
« Liberté ou la mort ! La Minustah doit partir », ont scandé les manifestants, estimant terminé le mandat de la mission onusienne, déployée depuis juin 2004 sur le territoire national.
Le sénat a voté, le mardi 20 septembre 2011, une résolution réclamant des dommages et intérêts des Nations Unies pour les victimes de l’épidémie de choléra, ayant causé plus de 6 mille morts (depuis la mi-octobre 2010 en Haïti) et dont l’origine est attribuée aux militaires népalais de la Minustah.
Un retrait graduel des troupes onusiennes doit être attendu pour 2012, selon les informations fournies par les Nations Unies.
La lutte pour la démocratie et l’autodétermination s’annonce de plus en plus ardue… dans les mois à venir en Haïti. [rc apr 24/09/2011 0:00]

Ronald Colbert [AlterPresse - Haiti]

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