Gousse vs Privert : quand la vérité devient historique et politique

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Consensus ou compromis ne peut se faire en dehors de la vérité. C’est la principale revendication du mouvement anti- Gousse orchestré par le groupe des 16 sénateurs qui s’identifient à la mouvance Lavalas. Depuis plus d’une semaine, l’équipe au pouvoir multiplie les opérations de charme et les explications pour essayer de faire oublier, à ces élus, leurs douloureux passés et relancer le pays définitivement sur de nouvelles bases. Les sénateurs n’en démordent pas ; « Gousse pap pase », persistent-ils. Les contestataires estiment qu’ils ne pourraient oublier les fâcheux événements survenus entre 2004 et 2006 même lorsque celui qui les avaient commandités se refuse à reconnaitre ses fautes, faisant ainsi allusion à Me Gousse, alors ministre de la Justice. Revenant sur ce mouvement de contestation orchestré par les parlementaires, Bernard Gousse a fourni des précisions sur un cas particulier qui aujourd’hui encore retient l’actualité : le cas de Jocelerme Privert, titulaire du ministère de l’Intérieur sous le règne de Jean Bertrand Aristide. « Personne n’a besoin d’avoir peur. Je n’ai pas dans mon programme à traquer quiconque pour son appartenance politique », rassurait M. Gousse à l’émission le point de Télé Métropole du lundi 11 juillet 2011. « Le président Martelly n’a pas dans ses priorités de faire la chasse aux sorcières non plus », a-t-il précisé. « Je ne sais pas vraiment pourquoi les sénateurs ne veulent pas de moi », déclarait Gousse, faisant référence aux accusations du groupe des 16 sénateurs. « Il faut qu’ils prennent en compte les conditions de fonctionnement du gouvernement de transition », a-t-il poursuivi. Ce fut l’opération Bagdad quand des menaces de mort et de kidnapping furent proférées à l’endroit de tous, y compris des policiers. « Nous nous souvenons, rappelle-t-il, du fameux épisode du bus d’écolier enlevé en décembre 2005. Un an avant, en septembre 2004 plus d’une dizaine de policiers furent assassinés. Si les responsables de l’époque étaient restés passifs jusqu’à aujourd’hui, nous serions dans la même galère. Ce fut une opération terroriste contre la population. A cette époque, la géographie de Port-au-Prince fut réduite au Champ de Mars et la zone de Bourdon. Chaque zone avait un chef autoproclamé: Ravix Rémysainte, Grenn Sonnen, Dread Wilmé et autres. J’avais à faire ce boulot pour rétablir la paix et je l’ai fait », lança-t-il, arguant qu’il ne faisait qu’appliquer la loi. L’arrestation de Jocelerme Privert représente, à date, la plus grande pomme de discorde entre les deux camps. Cette arrestation constitue un élément de blocage dans le processus de ratification de Bernard Gousse pour la primature. « Je n’ai pas arrêté M. Privert et je n’ai pas été chez lui non plus », a soutenu le Premier ministre désigné pour essayer de contourner les critiques avant d’expliquer sa version des faits. « J’étais au bureau lorsque j’ai reçu un jour l’appel d’un responsable d’ambassade en Haïti qui m’a informé que M. Privert, qui se trouvait dans cette ambassade, avait peur pour sa vie et voulait se rendre aux autorités. On a pris rendez-vous à l’aéroport. Entre-temps, j’ai appris qu’il y avait un mandat émis contre lui par un juge d’instruction de St-Marc. Nous avons été le chercher et lui avons présenté le mandat. L’ayant lu, il a nié les chefs d’accusation ». « Cependant, poursuit Me Gousse, si nous l’avons relâché et laissé retourner dans la nature, sa sécurité ne serait pas assurée. Je lui ai donc dit que le seul endroit où je pourrais assurer sa sécurité, c’était au Pénitencier national. Les individus qui se trouvaient alors dans le véhicule de l’ambassade lui ont demandé s’il était sûr que c’était là qu’il voulait se rendre. M. Privert a répondu, qu’il n’avait pas le choix ». « Toutefois, précise Bernard Gousse, en aucun cas, nous ne pouvions violer les droits de M. Privert, puisqu’il était dans une voiture diplomatique. S’il ne voulait pas descendre, nous n’aurions pas pu lui forcer la main ». « Arrivé au Pénitencier, j’ai dit donc aux agents de l’Apena que c’est un ex-ministre et qu’il était interdit de lui faire des entraves physiques comme menotte et/ou autres. M. Privert est alors entré tout seul au pénitencier. Cette histoire selon laquelle j’ai arrêté M. Privert, est archifaux », conclut Bernard Gousse. Le film des événements selon Privert… M. Gousse informe avoir appelé Jocelerme Privert sur les possibilités de travailler avec lui pour le bien de la nation. Dans une interview accordée au Matin, le sénateur des Nippes, qui dit vouloir éviter toute polémique à ce sujet, rapporte qu’un accord a été trouvé avec M. Gousse sur la version des faits qui devait être rapportée dans la presse. Cependant, sous pression des journalistes, M. Gousse aurait, selon le sénateur Privert, violé cet accord et dit des choses qui sont très loin de la vérité. Alors le sénateur Privert a voulu refaire le film des événements pour les lecteurs du Matin. Voilà sa version des faits. « Le 5 avril, j’étais chez moi. Mon chauffeur était sorti pour faire les courses habituelles. Aux environs de 4 heures, j’ai réalisé qu’il a pris plus de temps que prévu. Je l’ai appelé. Mais il ne pouvait répondre. Lorsqu’il a finalement répondu j’ai compris qu’il était arrêté et qu’il était torturé. J’ai commencé à faire des recherches. Aux environs de 10 h, suivant les informations recueillies, j’ai compris que j’étais menacé. Alors j’ai laissé ma maison et je me suis réfugié chez des amis dans le voisinage. Effectivement, aux environs de 10h30, un commando lourdement armé s’est introduit chez moi. Ils ont mis à sac la maison et ont torturé ma famille, y compris ma mère qui était sur les lieux. « Au moment où ce scénario se déroulait chez moi, j’ai appelé diverses personnalités proches comme Me Calixte Délatour, Camille Leblanc, Pierre Espérance du NCHR et Lionel Etienne qui fut alors président de la Chambre franco-haïtienne d’industrie et de commerce, lequel entretenait des relations privilégiées avec l’ambassade de France. M. Etienne a appelé les responsables de l’ambassade et m’a communiqué le numéro de quelqu’un à l’ambassade qui devait attendre mon appel. J’ai dit à cette personne que j’étais en sécurité, mais que je craignais pour la vie de mes proches. J’ai pris rendez-vous avec lui pour le rencontrer devant la résidence de l’ambassade à Bourdon. Ils étaient deux à m’attendre. Je leur ai fait un compte rendu des événements qui se déroulaient. Ils ont appelé le chef de la police de l’époque, Léon Charles, lequel a juré qu’il n’était au courant d’une quelconque perquisition domiciliaire chez M. Privert. « Alors que j’embarquais dans une voiture de l’ambassade avec les deux diplomates, ils ont appelé le ministre de la Justice, Me Bernard Gousse, pour avoir d’amples informations. Ensuite, ils m’ont demandé si cela me poserait un problème de rencontrer M. Gousse. J’ai accepté, d’autant que la situation était critique à mon domicile. Me Gousse nous a donné rendez-vous à l’Aéroport international. Pourquoi l’aéroport, me demandais-je? Probablement pour accréditer la thèse que Jocelerme Privert essayait de s’échapper et que nous l’avons finalement appréhendé. Je me suis tout de même rendu au point de rendez-vous. M. Gousse a pris deux heures pour nous rejoindre. Il est venu aux environs de 1h du matin, accompagné de M. Léon Charles qui, quelques heures auparavant, déclarait qu’il n’était pas au courant des événements qui se déroulaient. « Je tenais personnellement à vous rencontrer pour vous garantir que vos droits comme ancien ministre seront respectés, j’ai un mandat d’arrêt contre vous délivré par un juge d’instruction de St- Marc dans le cadre du massacre de la Scierie », m’a déclaré M. Gousse à son arrivée. Vous avez été dénoncé par Amanus Mayette, poursuivait-il. Je lui ai dit que je n’avais rien à voir avec tout cela, car je ne m’étais jamais rendu à St-Marc. Ensuite, il m’a informé que les hommes en cagoule, qui s’étaient introduits chez moi, étaient de la police. Je lui ai dit : alors je suis en état d’arrestation. Me Gousse m’a répondu « oui. Ce serait bien mieux pour votre sécurité ». Nous étions alors tous les deux dans la voiture de l’ambassade. « Arrivés devant le Pénitencier national, les diplomates m’ont demandé si je voulais y aller. Je leur ai demandé si j’avais un autre choix, vu que je n’irai pas en exil. Aucune réponse. A ce moment là, Me Gousse et Léon Charles m’ont accompagné à l’intérieur du Pénitencier national et m’ont choisi une cellule. Effectivement, il a dit aux agents de l’APENA : « Pas de menotte, c’est un ancien ministre ». Ensuite, le Premier ministre désigné m’a dit : « M. Privert, si vous me communiquez le nom de votre avocat, je l’appellerai pour vous assister dès demain matin ». Mes portables étant toujours en ma possession, j’ai alors appelé Mes Délatour et Camille Leblanc pour leur informer que j’étais au Pénitencier. J’ai vu mon premier juge le 21 mai 2005, c'est-à-dire après 13 mois. Après avoir vu le juge, j’ai encore passé 13 mois en prison. Suivant les principes de la sécurité juridique, vous ne pouvez priver un citoyen de la juridiction que la loi lui a tracée. Pour les actes dont on m’accusait, j’étais passible de la Haute Cour de justice, mais Me Gousse comme juriste m’a fait comparaitre devant un tribunal ordinaire. Pour le mandat qui a été émis, M. Gousse a fait savoir qu’il a été émis bien avant son entrée en fonction. J’ai gardé une copie du mandat qui est daté du 25 mars 2004 ». (Copie remise au Matin). Quant aux accusations sur le fait qu’il n’ait pas porté plainte devant les tribunaux, Privert a rappelé la partisannerie de l’appareil judiciaire d’alors. Toutefois, a-t-il ajouté, et preuves à l’appui, il a alerté nombre d’organismes internationaux de défense de droits humains et toutes les ambassades accréditées en Haïti. Dans une déclaration à Andrew Young, ambassadeur des Etats Unis à l’Onu, Gérard Latortue, Premier ministre de la transition, a déclaré que la justice pratiquée par son gouvernement est une justice revancharde et que certains membres de son gouvernement se cachent derrière le drap de la justice pour régler leurs affaires personnelles. Privert dénonce ces actes de répression politique que la communauté internationale également avait dénoncés. En effet, l’ambassadeur des Etats-Unis en Haïti d’alors, James B. Folley, avait déclaré : « La détention préventive prolongée et injustifiée de certains citoyens dont M. Neptune, en prétextant un prétendu massacre qui aurait eu lieu à St- Marc, est une grave violation des droits de l’homme. Ceux qui s’opposent à leur libération et s’amusent à les maintenir en détention doivent savoir qu’ils ne seront pas les bienvenus aux Etats Unis ». La vérité affranchira. Les deux protagonistes ont livré leur version des faits. Aujourd’hui, il revient, comme le soutiennent d’autres parlementaires, de dégager un pacte de gouvernabilité. Ces contentieux dépassent-ils les intérêts de la nation. Bernard Honorat Gousse est-il l’homme de la situation ? Autant de questions auxquelles il faudra répondre rapidement afin de relancer le pays et alléger la souffrance de la population, notamment de cette fraction qui vit sous des tentes dans des conditions infrahumaines.
Lionel Edouard Le Matin

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