La problématique de la diaspora haïtienne : un double jeu

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« Le principe biblique stipulant qu’il faut donner pour recevoir ne s’applique pas à la diaspora haïtienne en ce sens que cette dernière fournit une contribution substantielle à l’économie haïtienne sans bénéficier de la possibilité de jouir de leurs droits civils et politiques. Si la double nationalité est une trahison, combien de traitres compteraient alors les pays développés que l’Haïtien a tendance à prendre comme modèle ? « L’histoire retient que la première vague d’émigration haïtienne a commencé après l’arrivée au pouvoir de François Duvalier, en 1957, et s’est poursuivie jusqu’au départ du pouvoir de son fils, Jean-Claude, en 1986. Cette vague de réfugiés politiques était constituée de  personnalités issues des classes aisées et  des intellectuels qui s’opposaient au régime dictatorial.« La seconde vague, économique celle-là, se poursuit depuis le début des années 1990. Aujourd'hui la diaspora haïtienne compte environ  quatre millions d'Haïtiens disséminés à travers le monde dont le 3/4 de l'intelligentsia haïtienne, selon les statistiques. Si la population Haïtienne compte environ 8.7 millions d'habitants moins les 370.000 compatriotes qui ont péri lors du tremblement de terre et les victimes du choléra, la diaspora représente environ le tiers de la population Haïtienne et c'est à juste titre qu'elle est couramment surnommée 11ème département du pays.« Les dernières statistiques montrent que la diaspora haïtienne, a elle seule, supporte le pays entier a hauteur de U$ 2 milliards de dollars l'an soit environ 28 % de son PIB. Toutefois l’apport de la diaspora ne se limite pas à l’envoi de transfert en espèce ou en nature vers la famille restée au pays. La diaspora, regroupée en différentes associations régionales, apporte une assistance technique de manière ponctuelle aux différentes communes et participe même à la décentralisation du pays. De ce point de vue la diaspora est considérée comme une force motrice de l'économie nationale. Elle doit avoir, en conséquence, un rôle prépondérant dans le développement d’Haïti. Ce rôle sera défini par le gouvernement haïtien qui doit envoyer des signaux clairs quant à sa volonté manifeste de travailler conjointement avec la diaspora de manière à éradiquer la pauvreté abjecte qui révolte la conscience humaine. « A cet effet, le gouvernement devra établir  des stratégies de développement, définir des cadres légaux permettant aux émigrés Haïtiens, dépouillés de tous leurs droits civils et politiques pour avoir obtenu une nationalité étrangère, de ne pas se sentir lésés du fait de porter le brassard de la diaspora. Il est indéniable que la diaspora haïtienne n’est pas encore parvenue au stade de maturation pour se considérer comme un facteur primordial dans la renaissance de la nouvelle Haïti. Cependant la responsabilisation de la diaspora haïtienne face aux affaires de la République d’Haïti passe inexorablement par l'envoi de ces signaux  qui vont dissiper la méfiance des Haïtiens de l’intérieur par rapport aux émigrés Haïtiens.« La problématique de la reconnaissance des droits civils et politiques des émigrés haïtiens est une question majeure qui mérite une attention soutenue des activistes de la diaspora et du gouvernement haïtien. Il m’a fallu la publication de deux articles sur le sujet pour enfin tester le terrain et arriver à comprendre les enjeux d’une telle question.« Le fait de créer le Ministère des haïtiens vivant a l’étranger (MHAVE) laissait présager que l’Etat haïtien allait prendre le dossier en main, et travailler de manière que les Haïtiens naturalisés puissent jouir de leurs droits civils et politiques même en dehors du pays. Pourtant le problème reste entier. Rien n’est fait pour améliorer la situation de cette catégorie d’Haïtiens. Ce n'est pas certain que l’on peut résoudre cette situation sans un dialogue national entre les Haïtiens de l’intérieur et ceux de la diaspora. Il y a tellement d’animosité entre les haïtiens de l’intérieur vis-à-vis des naturalisés de la diaspora que des fois nous nous demandons si nous sommes vraiment frères. S’il nous arrive de laisser Haïti pour nous installer en terre étrangère, c’est certainement par souci de trouver un mieux être, de pourvoir aux besoins de nos familles, d’offrir un meilleur avenir à nos enfants. D’un autre côté, une fois établi aux pays d’accueil, la nécessité d’épouser une autre nationalité pour bénéficier de certains avantages s’impose à nous.Lors des campagnes électorales, les candidats les plus en vue effectuent divers voyages dans la diaspora pour recueillir des fonds et trouver le support des Haïtiens de l’extérieur. Des discours  à grand renfort de promesses ont été prononces en vue de faire tomber ces barrières. D’une naïveté hors pair elle a toujours répondu à leurs besoins tandis qu’elle aurait pu conditionner son support à l’obtention intégrale de la reconnaissance de ses droits civils et politiques et de tous les privilèges liés à ce statut.Malgré des promesses répétées de nos dirigeants, les gouvernements haïtiens appliquent une politique de deux poids deux mesures. Ils plaident pour la participation de la diaspora, acceptent volontiers sa contribution à l’économie nationale, mais ils refusent de lui octroyer la jouissance de ses droits civils et politiques. La diaspora haïtienne en a marre d’être traitée en parent pauvre, car elle a tant de choses à offrir à ce pays. Voila pourquoi elle est déterminée à se lancer dans la bataille pour la reconnaissance de ses droits en tant que force vitale, capable d’éradiquer le sous-développement qui ronge le pays.Un tour de la question permet rapidement de constater que le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger arrive difficilement à remplir sa tache. Serait-ce les moyens de sa politique qui sont maigres ou serait-ce un problème de stratégie? Toutefois la formule employée actuellement ne convient pas. Il faut non seulement approcher les parlementaires individuellement mais faire du lobby auprès du gouvernement pour qu’il puisse mettre en place une commission chargée d’évaluer les différentes positions et soumettre un projet de loi au parlement.Il y a lieu de questionner aujourd’hui le pourquoi de cette animosité vis-à-vis des Haïtiens de l’extérieur. Il est admis que culturellement l’Haïtien se méfie de l’étranger, donc du Blanc. Mais, dans le cas des compatriotes Haïtiens, le danger est vraiment négligeable. D’ailleurs le pays accueille une force étrangère de maintien de la paix depuis tantôt sept (7) ans. Alors pourquoi cette ostracisassions vis a vis des émigrés Haïtiens ayant une nationalité étrangère?Le monde vit à l’ère de la globalisation et du Networking. Il n’est plus question de faire cavalier seul. Haïti doit s’ouvrir à la diaspora dans un souci de rentrer dans la globalisation. Haïti ne peut plus fonctionner en vase clos. Elle doit désormais avoir des ambitions internationales. Elle doit penser global pour enfin agir au niveau local. Il est vrai que le travail n’est pas aussi simple que l’on pourrait penser, mais si l’on commence dès aujourd’hui avec les véritables acteurs en mettant les bouchées doubles, on peut rattraper le train de la mondialisation. Il est temps de mettre un terme à ce jeu qui nous met constamment à couteaux tirés et de mettre Haïti au devant de la scène afin de travailler pour le bonheur de la mère patrie.Certains pensent à l’expérience négative du pays avec certains Haïtiens de la diaspora sous le gouvernement d’Aristide-Préval (1991) voire celui de Boniface Alexandre avec Gérard Latortue (2004). Il faut signaler qu’on avait affaire à des individus peu convenables fonctionnant dans un système ou la dérive était généralisée. Du moment qu’on met les balises qui permettent à la justice d’interpeller tout citoyen accusé de fraudes et de malversations et que l’Etat haïtien est en mesure d’exiger l’extradition de tout citoyen naturalisé qui aurait commis des exactions en Haïti, on aura du coup envoyé des signaux clairs aux gens mal intentionnés et les décourager dans leur tentative de commettre des fraudes.Il faut établir un Etat de droit en Haïti ou toute personne qui déroge à la loi est poursuivie et traduit devant la justice. La diaspora avec son savoir-faire, son expérience peut aider à l’instauration de cet Etat de droit ou l’Haïtien se sentira fier de vivre et de travailler pour le bien être de la patrie commune. Vouloir dit-on c’est pouvoir. Il suffit de mettre en place la machine et toutes les pièces tomberont à leur place. Nous ne cesserons de le répéter, le développement d’Haïti ne peut se faire sans l’inclusion de la diaspora haïtienne à tous les niveaux de la vie nationale.         Kerlens Tilus
HPN

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