Rigolades !

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Il y avait l’Haïti de Jean-Bertrand Aristide. C’était celle de l’anarchie et des gangs de rue aux ordres.
Elle charriait ses rebelles en armes. Ses policiers guérilleros. Ses criminels en treillis. Sa soldatesque délinquante. Ses voyous endimanchés. Le grand désordre comme principe d’ordre. Des oppositions politiques boiteuses paradaient avec, pour seules perspectives, le bout de leur nez. C’est cette Haïti balkanisée et indigente de leadership social et politique digne qui nous a valu cette tutelle internationale et ses semences mortelles comme le choléra. Il y eut, récemment, l’Haïti de René Préval. Ce fut celle du cynisme au pouvoir. De la dignité mise au placard. Des courants centripètes minaient l’État jusque dans ses fondements. Implosion. Vide institutionnel. La République devenait ce bateau ivre qui allait dans toutes les directions. Des ambitions de pouvoir des plus sordides servaient de carburant à sa dérive. Les frontières s’estompaient. Plus d’intimités nationales. L’étranger finançait jusqu’au ramassage d’ordures au seuil de nos demeures. L’indignité d’État comme vertu civique. Être président, c’est faire du Palais national un casino. Gouverner, c’est jouer au poker. Dialoguer, c’est ruser. Les Premiers ministres devaient être des Jean-Max Bellerive. Capables, mais sans profondeur. La dignité diluée dans le carriérisme et la soumission servile au Prince. Ce dernier, fût-il débonnaire ou démissionnaire. De l’absence dans la présence. Les têtes altières des Michèle D. Pierre-Louis furent à proscrire. Les forces politiques, elles-mêmes, furent à disloquer de l’intérieur. Il ne restait rien, à part cette stabilité politique de façade, et les calculs triviaux d’un régime élu par la loi, mais qui voulait se pérenniser au pouvoir par des pratiques hors-la-loi. Un sentiment de dégoût et de révolte agitait jusqu'à nos zombies. C’est justement cette Haïti, cette proie des insensés, ce Titanic naufragé, qui a permis au char carnavalesque tout en rose de Sweet Micky de déborder de son parcours traditionnel pour aller s’engouffrer jusqu’au siège de la présidence au Palais national. Liesse populaire. Choc élitaire. Bonjour, les dégâts ! Micky au Palais. Martelly au Pouvoir. Quelle Haïti ? C’est déjà celle de la grande rigolade. Piano-bar. Sérénades. Déhanchements publics d’ensorcelés. Ici comme ailleurs. Les frontières se brouillent à nouveau entre le permis et le proscrit. Comme sous l’Haïti de Préval. Bis repetita ! Cette fois, c’est plutôt sur le mode du burlesque. Comédies de boulevard. Des blagues sucrées, salées et pimentées. Les dignitaires de la presse en ont eu pour leurs comptes. Il fallait briser la glace en riant. À la bonne franquette. Et dans le voisinage grivois de l’interdit. Les parlementaires ? Des empêcheurs de faire du Micky à la ronde et auxquels les actuels maestros du Palais servent de temps en temps des coupes débordantes d’insanités. Il y a une part d’innocence et de naïveté bon enfant dans cette nouvelle Haïti qui se dessine sous nos yeux. Cette façon « guédé » d’être au pouvoir semble participer de la difficulté à faire la transition rapide entre le statut d’amuseur public et celui de haut détenteur de pouvoirs publics. La forte polarisation Exécutif-Parlement, ainsi que cette insoutenable légèreté qui caractérise, du côté de l’entourage présidentiel, la gestion du dossier des Premiers ministres désignés, relève tout bonnement de l’immaturité. Immaturité politique. Mais, aussi, immaturité intrinsèque des décideurs. Trop de charges, trop de défis, trop de subtilités et de complexités pour tant d’hommes et de femmes si peu préparés et si dominés par leurs émotions. L’impréparation se pose également pour les acteurs du Parlement. Leur sens de l’État et de l’intérêt collectif est assez lacunaire. La République en pâtit péniblement. Surtout, le peuple des tentes. Le président Martelly doit réaliser qu’il lui faudra apprendre à s’asseoir pour bien gouverner. Près de cinq voyages à l’étranger en moins de deux mois de présidence, c’est du luxe pour un pays grabataire. S’il nous a promis de la modestie au pouvoir, qu’il nous épargne, alors, ce retour au jeanclaudisme ostentatoire, fêtard et dépensier. Les atouts d’Haïti méritent, certes, d’être mieux vendus à l’extérieur. Cependant, ses misères et besoins sont assez connus du reste du monde. Il y a surtout lieu, à présent, d’organiser le pays de l’intérieur, de renforcer les institutions et de mettre sur pied une équipe gouvernementale compétente et efficace. C’était un mauvais départ que Daniel Rouzier n’ait pas été considéré avec plus de sérieux au Palais national et plus de conscience citoyenne au Parlement. Que Bernard Gousse ait été désigné Premier ministre comme on joue au loto, ce n’est point rassurant. Car le choix et la méthode renseignent très mal sur les visées réelles du pouvoir et ses convictions profondes. On pourrait même en rigoler si l’avenir immédiat du pays n’en dépendait. Pourtant, il parait qu’il faudra s’attendre à tout dans cette Haïti de la rigolade. Même à des excursions répétées à l’étranger quand le chef de l’État devrait s’asseoir pour apprendre le métier de gouverner. Et constituer, autour de lui, au moins une équipe qui fonctionne. Daly Valet
Courtoisie: Le Matin

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