La Suisse ne veut plus de l'argent des dictateurs déchus

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La loi sur la restitution des avoirs illicites, dite loi Duvalier, du nom de l'ancien potentat d'Haïti, est une première mondiale. Dorénavant, dès qu'un dictateur est renversé par son peuple, la Suisse bloque ses avoirs et, selon une procédure qu'il va falloir mettre en oeuvre, renvoie l'argent dans le pays spolié. Depuis le début de l'année, la Confédération a saisi 410 millions de francs suisses (332 millions d'euros) appartenant à Hosni Moubarak, 360 millions de francs (290 millions d'euros) déposés par l'entourage du colonel Kadhafi, 70 millions de francs (57 millions d'euros), propriété de Laurent Gbagbo et enfin 60 millions (49 millions d'euros) provenant de Zine el-Abidine Ben Ali.
Micheline Calmy-Rey, ministre socialiste des Affaires étrangères, est à l'origine de cette législation pionnière. L'image de la Suisse, destination favorite des potentats du monde entier, a souffert de la chute en 1986 de Jean-Claude Duvalier, dit "Baby Doc". En effet, l'ancien dictateur avait caché une partie de ses économies en Suisse. Mais comment rendre cette cagnotte à Haïti ? En raison de la défaillance du système judiciaire de Port-au-Prince, Duvalier n'a jamais été jugé. Il est donc théoriquement innocent, et la Suisse aurait dû lui restituer son argent. Une telle démarche risquait de noircir la réputation de la place financière helvétique, déjà bien écornée.
Le cas du Kazakhstan
D'où cette loi Duvalier qui vient d'entrer en vigueur. Elle suscite beaucoup d'espoir mais déjà bien des interrogations. En premier lieu, pourquoi faut-il attendre qu'un dictateur soit renversé pour qu'on puisse geler ses avoirs ? Ne devrait-on pas aller plus loin et ne plus accepter tout simplement l'argent des tyrans ? Le quotidien Le Temps de Genève cite le cas d'une ONG suisse qui vient de demander à Micheline Calmy-Rey de bloquer la fortune d'Abdulk Taib Mahmud, le Premier ministre de l'État du Sarawak, en Malaisie, soupçonné de corruption. La ministre des Affaires étrangères a été contrainte de répondre que l'homme politique malais étant toujours en fonction, la Suisse ne mènerait pas d'action contre lui...
Bernard Bertossa, l'ancien procureur général de Genève, doute également de l'efficacité de la loi Duvalier. Il cite le cas du Kazakhstan. Berne avait bloqué 80 millions de francs mal acquis, et renvoyé l'argent dans le pays. Peu de temps après, la fille du président kazakh s'achetait une superbe villa à Genève pour 74 millions de francs...
Avocats d'affaires et prête-noms
Déjà, le régime tunisien s'est dit déçu que la Suisse n'ait bloqué que 49 millions d'euros appartenant à l'ancien président Ben Ali. Il pensait que les détournements portaient sur plusieurs milliards. Il est vrai que les tyrans n'ouvrent que très rarement des comptes à leur nom, ils préfèrent se dissimuler dans des sociétés appartenant à des prête-noms. À Genève, Lugano, Zurich et à Vaduz, au Liechtenstein, des avocats d'affaires sont à la tête de milliers de sociétés, propriétaires d'immeubles ou d'actions.
notre correspondant à Genève, Jean Lalande
Source: LePOINT

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