L’Enfant haïtien à l’honneur

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C’est sur le thème : « Respekte dwa nou, se sa nou menm timoun nou mande » (Respectez nos droits, c’est ce nous exigeons de vous), qu’est célébrée cette année « la semaine de l’Enfant haïtien ». Une célébration dont l’objectif est d’« attirer l’attention de la société haïtienne sur l’importance de veiller aux droits des enfants qui ont besoin d’être protégés et préservés contre toutes formes d’abus ». Elle offrira également l’occasion d’ « insister à nouveau sur le respect concret et effectif des droits des enfants du pays ».
Ils sont nombreux, en effet, les enfants haïtiens à être victimes de violations de toutes sortes. Bien avant le séisme, la situation des enfants haïtiens était déjà alarmante. Plus de 500.000 d’entre eux n’ont jamais été scolarisés. Des petits garçons et des petites filles se retrouvent dans la rue ou sont en conflit avec la loi.
Parmi eux, Stanley. Ancien enfant de rue, il vit depuis 2007 au Centre d’Accueil de Carrefour, un établissement public qui reçoit quelque 650 enfants défavorisés. Sa situation s’est, depuis, améliorée. Mais il se souvient de l’époque où il vivait dans la rue. « C’était une situation infernale. Je mendiais pour vivre et, souvent, les gens m’humiliaient ».
Son camarade, John Peter, 14 ans, y est aussi depuis 2004. Avant, il vivait avec sa maman jusqu’au jour où celle-ci, fatiguée de vivre dans la misère, est partie pour la République Dominicaine. Suite à son départ, John Peter s’est retrouvé dans la rue pendant 3 ans, faisant l’aumône pour survivre ou en lavant des voitures. « J’ai eu la chance de n’avoir pas été victime de violences. Mais des amis l’ont été. Des petites filles ont souvent fait l’objet d’agressions sexuelles. Parfois, après avoir fini de nettoyer la voiture d’un automobiliste, celui-ci en guise de récompense, pointait son revolver pour m’éloigner ».
Certes, Pierre, 13 ans, élève de la 6e Année Fondamentale (dernière année du primaire), contrairement à des milliers d’enfants haïtiens, ne sait pas ce que c’est d’être un enfant de la rue. Lui a toujours vécu avec ses parents et souhaite devenir médecin. Cependant, confesse-t-il : « tant que je vois des enfants vivre dans des situations de misère, je ne peux pas considérer que mes droits sont respectés. Car  je vois souvent des enfants trainer dans la rue. Ils ne vont pas à l’école et sont parfois malades ou victimes de violences. Cela me donne envie de pleurer».
Ces enfants soumis à des violences quotidiennes de toutes sortes, victimes de trafic ou de traite d’enfants, atteints du SIDA, n’ont pas d’actes de naissance pour la plupart. En Haïti, un enfant sur trois souffre de  malnutrition chronique et plus de la moitié des enfants mal nourris sont âgés de moins de deux ans.
Ils sont aussi 200.000 provenant des zones rurales pauvres à être en domesticité chez un parent vivant en ville. « Il est inacceptable qu’en 2011, il y ait des enfants en domesticité (restavèks), qui travaillent jusque très tard dans la nuit. Ils sont parfois obligés de s’occuper d’autres enfants plus âgés qu’eux. Ils ne sont pas scolarisés mais ont la charge d’accompagner les enfants des « maitres » à l’école.
« C’est anormal que des enfants soient ainsi exploités et réduits à une forme d’esclavage », a fait valoir Mme Françoise Gruloos-Ackermans, Représentante de l’UNICEF en Haïti, lors du lancement de la semaine de l’Enfant haïtien. Elle en appelle au sens des responsabilités de tous.
Depuis le tremblement de terre, la situation des enfants s’est considérablement aggravée. Les cas de viol, par exemple, sont en augmentation. Les risques de violence, d’abus de toutes sortes, de trafic sont très élevés dans les sites d’hébergement provisoires. De nombreux enfants sont par ailleurs devenus orphelins ou sont séparés de leurs parents, ce qui contribue à accroitre leur vulnérabilité.
« Il est de notre devoir de protéger les enfants contre toutes formes de violations de leurs droits et toutes formes d’exploitation préjudiciables à leur bien-être », a dit Mme Françoise Gruloos-Ackermans pour qui « chacun, à son niveau, a le devoir de respecter les droits des enfants. Du président de la République aux parents, en passant par tous ceux qui jouent un rôle dans leur développement et leur éducation », a-t-elle insisté, promettant le soutien de l’UNICEF à l’IBESR et au Ministères des Affaires Sociales pour toute action visant la réunification des enfants avec leurs familles. En effet, « la place d’une enfant n’est pas dans une institution mais dans sa famille ».
Jeanne Bernard, la Directrice de l’IBESR a de son côté indiqué que la semaine de l’Enfant haïtien connaitra de nombreuses activités, y compris une visite dans les centres de détention. De nombreux enfants s’y trouvent en effet. A l’occasion, des vêtements neufs et des kits d’hygiène leur seront distribués. Au programme aussi, un atelier de travail avec les Maires et les Juges, qui ont, selon les lois haïtiennes, l’obligation de participer à la protection des enfants.
Le chef de l’Etat haïtien qui participait, ce lundi 6 juin en compagnie de son épouse, au lancement de la semaine de l’Enfant haïtien, a promis de lutter contre le trafic et la traite des enfants. Il a également promis un lendemain meilleur aux enfants qui auront un plus grand accès aux soins de santé et à l’éducation. « Mon gouvernement soutiendra tous les efforts allant dans ce sens pour que les enfants aient un avenir meilleur », rappelant au passage la création du Fonds National pour l’Education (FNE) qui devrait permettre la scolarisation de 500.000 d’entre eux.
A l’attention des enfants présents à la cérémonie, il a signalé qu’ils sont « l’avenir du pays » et les a encouragés à accorder « toute l’attention nécessaire à leurs études, les exhortant à « écouter les conseils de leurs parents, à leur obéir et à respecter leurs professeurs ». Le président Martelly  a en outre révélé qu’il était en train de travailler sur deux projets destinés à combattre le phénomène des enfants de la rue.
Pour clôturer la cérémonie de lancement de la semaine de l’Enfant haïtien, un groupe d’enfants du Centre d’Accueil de Carrefour a présenté à l’auditoire une chanson dénonçant les conditions de vie des enfants de la rue et rappelant à l’Etat ses obligations envers eux.
Rédaction : Faustin CailleEdition : Uwolowulakana Ikavi

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