Il y a onze ans Jean Dominique était assassiné

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Le lundi 3 avril, j’étais au micro quand des tireurs stipendiés ont assassiné le journaliste Jean Léopold Dominique dans la cour de Radio Haïti. Onze années se sont écoulées, mais la douleur est la même. Et j’essaie encore de changer la fin du rêve.Quand J’ai entendu la détonation à six heures du matin, j’ai arrêté l’émission pour aller voir ce qui se passait. Je croyais qu’il s’agissait encore de salves d’intimidation auxquelles se livraient depuis des années ceux qui étaient dérangés par la parole libre de cette radio.L’inévitable s’était produit. Jean Do, comme l’appelaient affectueusement ses fans, était allongé sous mes yeux, baignant dans son sang. Le tireur n’a pas raté son coup. Une balle à la tête, une autre en pleine poitrine et une dernière au cou, qui a sectionné la carotide. Il n’a pas pris de chance non plus avec le gardien de la station, Jean-Claude Louissaint, qui a été tué à bout portant devant la barrière principale.A  l’hôpital de la communauté haïtienne, à Frères, le médecin donnera le verdict que personne ne voulait entendre. La femme du journaliste lui demandera d’essayer de le ranimer encore… encore…et encore. Mais Jean Do avait probablement rendu son dernier souffle dans la camionnette de la PNH qui avait servi d’ambulance. J’avais mis sa tête sur mes genoux durant le transport,  pour le protéger de la route cahoteuse. Mais aussi parce que l’élève désespéré voulait convaincre le maître de ne pas l’abandonner au beau milieu de la route. Il avait encore trop de choses à apprendre de cet homme qui connaissait tellement ce pays et ses travers. Un ultime moment d’intimité avec le maître, pour recevoir les dernières consignes.Je ne comprenais pas ce qui arrivait. Le vieux lion, qui a réussi à sortir vivant de sa guérilla des ondes contre la dictature Duvalier père et fils, contre les régimes militaires, les spéculateurs qui exploitaient les paysans, les grandes multinationales qui détruisaient la production de son pays… ne pouvait pas tourner le dos de cette façon.Je voulais que le maître  me transmette cette capacité de faire face aux vicissitudes de la vie  avec philosophie. Je voulais qu’il me montre cette voie qui mène à ces vérités qui font rougir la face du diable. Non! Il ne pouvait pas s’en aller et laisser ainsi son travail  en plan.La veille au soir, mon ami avait appelé à la maison pour nous dire de ne pas rater la reprise d’un numéro de Bouillon de culture avec Bernard Pivot. Il était intarissable quand il parlait de Proust ou de Maria Callas. Mais, il l’était tout autant quand il parlait de ses camarades de la paysannerie, les laisser pour compte de ce pays en dehors. Il voulait écrire ses mémoires et recommencer à voyager avec sa Michèle. Il est parti la tête pleine de projet.Les cendres de Jean Do ont été éparpillées dans le fleuve Artibonite qui arrose les rizières de la région. Ne l’oubliez pas si vous passez par là…C’était mon ami et mon maître.

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