Le facteur Aristide

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La figure maternelle à laquelle ces bannières font référence est celle de Mirlande Manigat, candidate à l'élection présidentielle dont le deuxième tour aura lieu dimanche. Et le «père» ? C'est l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, qui doit rentrer en Haïti aujourd'hui, après sept ans d'exil.
Pourquoi revient-il précisément maintenant, deux jours avant le vote? Et ces messages associant Aristide à la campagne de l'ancienne première dame signifient-ils que Mme Manigat cueillera les fruits politiques de ce retour?
En tout cas, ils signifient qu'elle essaie d'en tirer profit, croit le rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste, Frantz Duval. Selon lui, Mirlande Manigat multiplie les clins d'oeil à l'électorat de Lavalas, mouvement politique créé par Aristide. Et ces banderoles de bienvenue en sont un exemple.
Son adversaire, le chanteur Michel Martelly, est connu comme un opposant de «Titid». Faut-il en conclure que le vote de dimanche se fera entre électeurs «pro» et «anti» Aristide, et que le retour du président déchu aura un poids déterminant dans ce deuxième tour? Pas nécessairement. Ce serait trop simple pour Haïti...
«En fait, le retour d'Aristide, à deux jours du vote, n'aura pas un grand impact politique, à moins qu'il ne choisisse d'appuyer l'un ou l'autre des deux candidats», prévoit Robert Fatton, politicologue à l'Université de Virginie. En revanche, ce spécialiste d'Haïti croit que la présence du président déchu, toujours populaire, particulièrement dans la frange la plus pauvre de l'électorat, pourrait jouer un rôle déterminant après le vote. Surtout si le gagnant l'emporte par une très faible marge, et que les partisans du perdant descendent dans les rues pour contester ce résultat. Si Aristide décide alors de mettre son poids politique dans la balance, «ça pourrait sauter.»
Cela dit, d'anciens «lavalassiens» se retrouvent un peu partout dans le paysage politique haïtien. Y compris... dans l'entourage de Michel Martelly. Robert Fatton résume les choses en une phrase: «Les alliances politiques sont gélatineuses en Haïti.»
Mais quels sont donc les enjeux de ce deuxième tour, au pays des frontières politiques poreuses?
En fait, les deux candidats se distinguent davantage par leur personnalité que par leur programme. Car tous deux promettent de construire des écoles et des routes, de renforcer la production agricole nationale et de remplacer plus ou moins progressivement les troupes de l'ONU par une armée nationale.
Mais lequel des deux est le plus susceptible d'y parvenir? Grosse question, à laquelle les partisans de Mme Manigat répondent en faisant valoir qu'elle a de l'expérience, qu'elle est plus cohérente et plus sérieuse que «Sweet Mickey.» Ce à quoi l'autre camp rétorque que justement, l'épouse de l'ancien président Leslie Manigat appartient à cette classe politique qui a laissé Haïti couler pendant des décennies.
«Mirlande Manigat est plus compétente, elle connaît l'appareil de l'État, et puis, c'est une femme, c'est bien pour un pays qui veut entrer dans la modernité», dit Marie-Laurence Lassègue, actuelle ministre de la Culture et des Communications, qui appuie la candidate.
«La classe politique haïtienne a échoué. Haïti a besoin d'un électrochoc, ça prend quelqu'un qui brasse la baraque», rétorque le Québécois d'origine haïtienne Ronnie Dee, animateur à la radio CIBL. Selon lui, ce «casseur de baraque», c'est Michel Martelly.
Tous les observateurs conviennent que peu importe le résultat du vote, le gagnant évoluera sur un terrain infiniment étroit. Non seulement il - ou elle - fera face à un Parlement contrôlé par Inité, parti du président sortant René Préval, mais en plus, il dirigera un gouvernement qui tire les deux tiers de son budget de dons étrangers. Et encore, c'est sans compter les milliards de la reconstruction, administrés par une Commission intérimaire qui ne se soucie pas trop de consulter les dirigeants du pays qu'elle est censée rebâtir.
«Le gouvernement haïtien est factuellement sous tutelle», tranche Robert Fatton. Et selon lui, le vote de dimanche se jouera entre une femme plus compétente que son adversaire, mais qui n'a pas le leadership nécessaire pour exercer un tant soit peu de pouvoir dans cet espace politique limité. Et un candidat charismatique, capable de s'imposer - mais pas très compétent.
Et au-dessus des deux, la grande inconnue: le facteur Aristide. Qui pourrait regarder les deux candidats s'entredéchirer, en attendant son tour...

Agnès GrudaLa Presse

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