Haïti se noie sous un torrent de larmes

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Il y a de ces tragédies qui nous font apprendre dans toute sa cruauté l’alphabet de la mort ; nous font décliner dans toutes leurs variantes les sentiments de haine, de colère, d’indignation et de dévastation ; nous entraînent dans un état de choc à répétition où la rage et l’impuissance se retrouvent face à face.
La MORT de Jean-Richard Louis-Charles est de celles-là.
Nous à Radio Kiskeya qui avions accueilli, approché, coaché, encouragé et apprécié un jeune collègue, un ami, un frère, dont on pouvait toucher du doigt l’humanité et la simplicité, sommes profondément affligés et terriblement désolés de devoir associer Jean-Richard au passé, à ce qui était et n’est plus, à ce qui est irrémédiablement derrière nous et ne sera plus jamais devant nous.
Le 9 février dernier, en plein midi, sous un soleil de plomb, à la rue qui porte si fièrement le nom de l’un de nos héros nationaux, François Capois dit Capois-La-Mort, Jean-Richard avait justement pris -sans le savoir- rendez-vous avec la mort et avec les insensés qui osent l’offrir à leurs semblables comme une carte d’admission au bal ou au cinéma.
La vie n’étant pas un plateau de tournage, notre jeune collaborateur et ami n’est jamais revenu du cauchemar dans lequel ses méprisables assassins l’ont précipité parce qu’il venait de réaliser une banale transaction dans une banque commerciale, lieu désormais synonyme à Port-au-Prince d’antichambre de la mort.
L’horreur qu’a vécue Jean-Richard, en quelques secondes fatales, est sous nos yeux quotidiennement et s’installe avec nous dans une cohabitation choquante et effrayante.
En cinq ans de collaboration à Radio Kiskeya, de mai 2005 -lorsqu’il était arrivé en compagnie de son complice de toujours et quasi-alter ego, Beethovens François Fils- jusqu’à son regrettable départ peu avant la tragédie du 9 février, Jean-Richard aura donné au public et à nous-mêmes toute la mesure de ses potentialités et la satisfaction d’avoir profité de toutes les opportunités pour révéler et développer ses talents au bénéfice du droit à l’information du public et de la consolidation de la position de la station sur le cadran.
Vif, fougueux, intrépide lorsqu’il était hypermotivé, doué d’une bonne capacité de synthèse et d’un sens éclatant de l’improvisation, Jean-Richard Louis-Charles donnait souvent l’impression d’être au sein de notre rédaction l’un de ceux qui étaient en mesure de saisir la balle au bond et d’améliorer l’offre en matière d’information.
Comme l’ont judicieusement souligné Marvel et Liliane, parvenu à un âge professionnel où il avait bouclé avec succès les années probatoires- les plus dures- et maîtrisait de mieux en mieux les fondamentaux de l’écriture journalistique et de l’ancrage radiophonique, notre collègue s’est signalé par sa polyvalence, sa capacité à être le même jour, en créole et en français, un présentateur ponctuel et appliqué, un interviewer réceptif et réactif et un reporter en quête des meilleures formules et expressions pour rendre compte d’un événement et restituer une information dans ses dimensions plurielles.
Appelé "Zaza" à la maison et surnommé "vedette" ou "Ronaldo" au bureau, ce grand amateur de basket -comme l’indiquait sa taille- était également un admirateur fou du mythique footballeur brésilien Ronaldo Luiz Nazàrio de Lima. Il manquera beaucoup au fan club du Brésil, du Milan AC (Italie) et du Real Madrid (Espagne), les trois équipes de son coeur.
Des circonstances très particulières, liées à sa condition de jeune et à l’environnement ambiant, avaient récemment imposé une douloureuse séparation entre Jean-Richard et la radio.
Cependant, ni l’un ni l’autre n’étaient capables de se défaire des liens affectifs qu’ils avaient tissés ensemble.
Déplorant les monstruosités sociales et politiques ainsi que la faillite morale qui libèrent les pulsions criminelles et façonnent aujourd’hui notre pays, devenu une société en voie d’ensauvagement, de désertification institutionnelle et de déshumanisation, Radio Kiskeya réclame au nom des valeurs républicaines et des principes de l’Etat de droit qu’elle défend et a toujours défendus :
JUSTICE POUR JEAN-RICHARD LOUIS-CHARLES
JUSTICE POUR JEAN-RICHARD LOUIS-CHARLES
Que ce cas de trop sonne enfin le glas du cycle infernal de l’impunité en Haïti.
La direction et le personnel de Radio Kiskeya présentent une fois de plus leurs sympathies émues et des voeux de courage à toute la famille de Jean-Richard, particulièrement sa mère, son père, ses frères et soeurs, sans oublier sa compagne et ses deux filles chéries en bas âge, Cynthia, 8 ans et Chelsea, un an à compter de ce dimanche 6 mars.
Nous les connaissions tous déjà par leurs prénoms. Particulièrement les deux petites, tant le disparu leur vouait une admiration sans borne et parlait d’elles avec affection et passion, continuellement à la radio.
Haïti est déjà une trop grande vallée de larmes.
Poème dédié à Jean-Richard
Comme une fleur de haute saison
Comme une fleur de haute saison
Ton sang est parti à la rencontre des continents et des océans
Pour montrer le chemin
Port-au-Prince, le 5 mars 2011 Stéphane Pierre-Paul
P.S Textes lus en guise d’hommage lors des funérailles émouvantes de la victime ce samedi 5 mars au parloir funèbre Ange Bleu

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