Le rappeur Bad News Brown tué à Montréal

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Des passants ont découvert son corps inanimé, peu après minuit, sur un petit chemin situé à côté d'un chantier de construction, près du croisement des rues Richmond et William, dans l'arrondissement du Sud-Ouest. Son décès a été constaté sur les lieux.
 
Samedi après-midi, les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) tentaient toujours de comprendre les circonstances de ce septième meurtre à survenir sur leur territoire depuis le début de l'année.
 
 
«L'homme portait des marques de violence évidentes sur le corps, indique l'agent Olivier Lapointe, porte-parole du SPVM. Les enquêteurs dépêchés sur les lieux ont pu rapidement conclure à un homicide.» Il ajoute que c'est l'autopsie qui permettra de déterminer si les blessures, présentes sur le haut du corps, ont été causées par une arme blanche ou une arme à feu.
 
Âgé de 33 ans, Bad News Brown, de son vrai nom Paul Frappier, se considérait comme le premier rappeur-harmoniciste au monde. Il est né en Haïti et a été adopté alors qu'il n'avait que quelques jours. Il vécu à Saint-Lazare et à Hudson avant de déménager à Montréal. Sa mère adoptive était d'ailleurs à l'extérieur du pays au moment du drame. Paul Frappier résidait dans la Petite-Bourgogne depuis plusieurs années. Il avait trois frères et soeurs et était le père d'un petit garçon, Izaiah, de qui il partageait la garde. Il habitait avec sa compagne Natasha.
 
Onde de choc
 
L'annonce de la mort de Bad News Brown a causé une onde de choc dans son entourage et au sein de la communauté hip-hop. Quelques minutes seulement après que la nouvelle eut été diffusée sur les réseaux sociaux, plusieurs messages de sympathie ont afflué sur Twitter et sur la page Facebook de l'artiste. «Montréal vient de perdre un artiste incroyable», a notamment publié DJ Dax sur sa page Twitter.
 
L'ampleur de cette vague de témoignages a surpris le père adoptif de Paul, Pierre Frappier. «Je savais qu'il avait un certain succès, mais je ne me doutais pas que c'était comme ça, remarque-t-il. Je commence à m'en rendre compte.»
 
Joint par Cyberpresse samedi après-midi, Pierre Frappier tentait toujours de comprendre les raisons qui auraient poussé quelqu'un à attenter à la vie de son fils. «C'était un nouvel homme depuis la naissance de son fils, observe-t-il, bouleversé. Ses débuts en tant qu'artiste n'ont pas été faciles, mais à 33 ans, ses efforts commençaient à porter fruit. Il avait du plaisir à faire de la musique. J'espère que ce n'est pas lié à ça.»
 
La musique de Bad News Brown, qui a entre autres assuré les premières parties de Kanye West et 50 Cent, ne s'inscrivait pas dans le gangsta rap,  un style où l'argent, les femmes et la drogue sont bien présents. «C'était un gars qui ne vivait que pour sa musique,  se souvient sa relationniste de presse et amie Carla Beauvais qui le connaissait depuis une dizaine d'années. Il était très généreux. Il était toujours très positif dans sa musique. Il faisait des conférences où il disait aux jeunes qu'il fallait trouver une passion pour se sortir des difficultés de la vie. Sa passion à lui, c'était l'harmonica.»
 
C'est cet harmonica qui a permis à Bad News Brown de faire sa marque sur la scène internationale, selon l'animateur de radio hip-hop Goofy Welldone. «C'est la première fois qu'on voyait ça, le mariage entre le hip-hop et l'harmonica, note-t-il. Bad News Brown a eu un rayonnement que peu d'artistes québécois ont réussi à avoir.» «Le décès de Bad News Brown constitue une grande perte pour toute la communauté hip-hop et musicale québécoise», a pour sa part déclaré son gérant Henry-François Gelot, par voie de communiqué.
 
Martine St-Victor, une organisatrice d'événements d'origine haïtienne, dépeint le rappeur comme un homme modeste et généreux. «C'est dommage que l'industrie mainstream ne l'ait jamais connu, commente celle qui a notamment oeuvré à ses côtés lors d'un événement de soutien aux victimes du tremblement de terre en Haïti. Il a brisé un tas de stéréotypes qui associent souvent le hip-hop aux grandes gueules et à l'arrogance.»
 
L'harmonica comme bouée de sauvetage
 
Musicien autodidacte, sa passion l'a sorti de ses mauvais jours, comme il le déclarait à La Presse lors du lancement de son premier album Born 2 Sin, en septembre 2009.
 
«Sans l'harmonica, je ne sais pas ce que je serais devenu, confiait Bad News Brown. Avant de découvrir cet instrument, je traînais dans les rues. Je vendais du weed. Je m'en allais dans le mauvais chemin. Je n'étais pas méchant, mais disons que je fêtais ma jeunesse.»
 
Il a appris son art en jouant dans le métro et en écrivant ses textes, entre rap et spoken word, se faisant d'abord connaître sous le nom de scène Chameleon avant de devenir Bad News Brown. La presse locale a révélé son unique alliage de blues, jazz et hip-hop au milieu des années 2000. Le Montreal Mirror l'avait élu «Meilleur musicien de rue» en 2005, après que l'ONF l'ait présenté dans un documentaire sur cette famille d'artistes (Music For a Blue Train).
 
Quittant les quais du métro, Bad News Brown s'est produit sur scène avec plusieurs grosses pointures du hip-hop, dont Nas et De La Soul, pour ensuite assurer les premières parties des concerts de Kanye West, Common, NERD, Snoop Dogg et nombre d'autres. L'Europe aussi s'est entichée du rappeur-harmoniciste; récemment, Bad News Brown participait au remix de Caesar Palace, premier extrait du dernier album de la star du rap français Booba, pour qui il avait chauffé la salle en première partie de son concert au Club Soda, en mai dernier.
 
Lancé à l'automne 2009 sur sa propre étiquette de disques, Trilateral Entertainment, son premier album studio, Born 2 Sin, témoignait du vif et singulier talent de Bad News Brown.
 
Bad News Brown était également comédien à ses heures. On pourra le voir le printemps prochain dans le film BumRush du réalisateur Michel Jetté.

Animateur (s)

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