La reconstruction au point mort

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«Nous sommes encore dans une situation d'urgence. On doit encore fournir de l'eau et des latrines. Mais la situation était énormément difficile avant le séisme, alors il ne fallait pas penser que tout allait se régler en appuyant sur une touche magique», lance Jean-Pierre Chicoine, coordonnateur du programme humanitaire d'Oxfam-Québec en Haïti, en entrevue au Soleil hier, tout juste avant son départ pour Port-au-Prince.
Le tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 a fait plus de 200 000 morts et plus d'un million de déplacés. À ce portrait déjà désastreux, il faut ajouter l'épidémie de choléra qui avait déjà fait au moins 2600 morts à la mi-décembre.
Or, malgré les efforts déployés au cours de la dernière année, la reconstruction piétine toujours. Dans un rapport qui sera rendu public aujourd'hui, Oxfam porte un regard sévère sur la situation en Haïti. «Ni l'État haïtien, ni la communauté internationale n'a progressé sur le plan de la reconstruction», peut-on lire dans le document, obtenu par Le Soleil.
 

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Les organisations humanitaires sont toujours sur le terrain pour fournir de l'eau, mettre en place des abris temporaires et des projets de développement qui aideront des Haïtiens à trouver un gagne-pain, mais les réels efforts de reconstruction appartiennent au gouvernement local, qui doit être appuyé par la communauté internationale, rappelle Oxfam.
Autorités contournées
Jusqu'à maintenant, plusieurs organismes humanitaires et donateurs continuent de con­tourner les autorités nationales, ce qui ne contribue qu'à les affaiblir encore davantage, selon l'organisme. «Bien sûr, c'est plus long, bien sûr c'est plus compliqué [de travailler en partenariat], mais c'est la seule façon viable à long terme si on veut renforcer les institutions en Haïti», affirme M. Chicoine.
De son côté, la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti - créé en avril 2010 par l'État haïtien sous la pression de la communauté internationale - «n'est jusqu'à présent pas parvenue à remplir ses missions», n'arrivant pas à coordonner les efforts de reconstruction, affirme Oxfam. «Par exemple, des fonds ont été débloqués pour construire des logements provisoires, mais presque rien n'a été alloué au déblaiement des décombres», peut-on lire dans le rapport.
Résultat : en novembre, seulement 5 % des débris avaient été enlevés, ce qui rend impossible la construction de nouveaux bâtiments, faute de terrains disponibles. En l'absence de pelles mécaniques, les Haïtiens sont con­traints de dégager les débris à la main, à l'aide de brouettes. Le volume de décombres est estimé à 20 millions de mètres cubes, ce qui permettrait de remplir suffisamment de camions qui, mis bout à bout, couvriraient la moitié du tour de la Terre.
«Les gens n'ont pas d'argent pour enlever les débris. Ça appartient au gouvernement à mettre un programme de reconstruction en place», indique M. Chicoine.
Or, la situation politique instable ne fait que complexifier encore davantage la situation. Le pays est plongé dans une crise électorale depuis le premier tour du scrutin présidentiel, fin novembre, qui a été marqué par la violence et les fraudes. Les résultats de ce premier scrutin ne sont toujours pas définitifs, et le deuxième tour, d'abord prévu le 16 janvier, est maintenant reporté à la fin février.
«C'est sûr que c'est une difficulté majeure. Tant qu'il n'y aura pas de consensus politique, il y a des possibilités de révolte parmi la population et c'est beaucoup plus difficile de faire avancer les choses», dit M. Chicoine.
De plus, seulement 15 % des nouveaux logements provisoires ont été construits, si bien que près d'un million de personnes vivent toujours dans des camps, dans des conditions extrêmement difficiles.
Malgré tout, Jean-Pierre Chicoine refuse de n'y voir que du noir. «Il faut garder espoir et travailler avec les gens. Localement, il y a quand même de belles réussites», dit-il, citant notamment un projet de commerce avec des femmes haïtiennes, qui mise sur la production locale.
«Si on continue à importer des oeufs de la République dominicaine et des cuisses de poulet congelées des États-Unis, on ne fait pas avancer l'économie locale. Pourtant, c'est primordial pour remettre le pays sur les rails.»

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