Haïti, l'ombre du chaos

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L'ex-première dame Mirlande Manigat et Jude Célestin, protégé du président sortant René Préval, s'affronteront au second tour de la présidentielle haïtienne, a fait savoir la commission électorale sur la base des résultats préliminaires. La première a recueilli 31,37 % des voix exprimées au premier tour, le 28 novembre, et le second 22,48 %, selon les résultats lus à la presse par Richard Dumel Thibault, porte-parole du Conseil électoral provisoire.
Le chanteur Michel Martelly, qui a promis une vague de contestation s'il ne passait pas le premier tour, arrive en troisième position avec 21,84 %. Ses partisans ont érigé des barricades dans le quartier de Pétionville et dans un camp de sinistrés du séisme du 12 janvier, près du palais présidentiel. Des policiers en patrouille dans les rues de la capitale, pour la plupart plongées dans l'obscurité, les ont sommés de les démanteler, parfois sous la menace de leurs armes. Des coups de feu ont par ailleurs retenti dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince.
L'ambassade des États-Unis a émis des doutes sur les résultats, qui ne sont, selon elle, pas conformes au décompte auquel "de nombreux observateurs locaux et étrangers ont assisté". "Les États-Unis, en collaboration avec les partenaires internationaux d'Haïti, sont favorables à un examen complet des irrégularités pour faire en sorte que les résultats électoraux soient conformes à la volonté exprimée dans les urnes par le peuple haïtien", dit-elle dans un communiqué.
La date du second tour a été provisoirement fixée au 16 janvier, mais elle doit être confirmée. La communauté internationale espérait que ce scrutin présidentiel doublé d'élections législatives contribue à la stabilité d'un pays déshérité et sans État véritable après une série de catastrophes. L'île, ravagée par le séisme du 12 janvier qui a fait 250.000 morts et des centaines de milliers de sans-abri, connaît aujourd'hui une épidémie de choléra qui a déjà fait plus de 2.000 victimes.
"Irrégularités"
Depuis le 28 novembre, les casques bleus de la Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti) et les observateurs internationaux sont confrontés à des allégations répétées de "fraude massive" formulées par plus de la moitié des 18 candidats du premier tour. Les troubles se multiplient dans la rue et beaucoup craignent que l'insécurité ne s'aggrave. La Minustah, qui assure depuis des années la survie d'un pays sous perfusion, compte plus de 12.000 militaires et policiers. Elle a appelé les candidats et leurs partisans à garder le calme, respecter la loi et éviter les violences.
"La phase à venir du processus électoral requiert un climat de paix et de sérénité", a souligné dans un communiqué la mission d'observation des élections, commune à l'Organisation des États américains (OAS) et à la Communauté des Caraïbes (Caricom). Tout en reconnaissant les "irrégularités, la désorganisation ainsi que les actes de vandalisme et de violence qui ont émaillé la journée de vote", la mission OAS-Caricom a jusqu'ici cautionné avec mesure l'ensemble du processus électoral.
Michel Martelly, un musicien très connu capable de mobiliser des milliers d'admirateurs, a fait monter la tension en récusant à l'avance tout résultat mettant Jude Célestin au second tour. Il accuse le chef de l'État sortant, son jeune protégé et leur coalition baptisée "Inite" (unité) de chercher à "voler l'élection" par la fraude et les manipulations au sein du Conseil électoral provisoire, l'instance officielle chargée d'annoncer ce mardi les résultats.
Lepoint.fr

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