Dans les rues de Port-au-Prince, frappé par le choléra

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Voici revenu le temps du choléra. Le fléau touche Haïti depuis la mi-octobre alors qu'il avait disparu de l'île des Caraïbes depuis près d'un siècle. Plus de 1275 personnes sont mortes. Aux urgences de l'hôpital de l'université d'État, le principal centre de soins public de Port-au-Prince, les malades sont dirigés vers une «clinique» spécialement aménagée. Certains parviennent encore à marcher malgré leur état de faiblesse. Les autres s'appuient sur un proche ou perdent connaissance.
Une note signée du directeur exécutif est affichée à l'entrée. «Les personnes décédées de choléra ou de diarrhées aiguës ne seront pas admises à la morgue de l'hôpital durant la période épidémique.» Il est précisé que les «cadavres retrouvés dans les rues, sans signes évidents de mort violente, ne seront pas, par mesure de prudence sanitaire, admis». «On reçoit une vingtaine de cas par jour. Si les patients sont traités suffisamment tôt, ils s'en sortent», indique un médecin. Les mains sont lavées au chlore, des sérums hydratants sont distribués.
Le dénuement et la torpeur ambiante tranchent avec la fébrilité qui régnait ici aprèsle tremblement de terre de janvier. Les organisations humanitaires ont plié bagages. Il ne reste que des sigles et des slogans en anglais, en espagnol, en français sur des murs lépreux. L'ONG Operation Blessing International affirme qu'il faut «briser le cycle de la souffrance». Des équipements sont laissés à l'abandon faute de personnel qualifié pour les faire fonctionner. «Dans l'esprit des gens, on vient ici plutôt pour mourir que pour s'en sortir», reconnaît un infirmier.
 
Manifestations violentes 
À l'autre bout de la ville, de nombreux patients sont pris en charge par Médecins sans frontières (MSF). Un vaste camp créé pour soigner le choléra est dressé sur un terrain vague près de l'ancienne résidence du président Aristide sur la route du «silence prolongé». Il peut accueillir 250 malades. MSF traite la grande majorité des victimes de l'épidémie à Port-au-Prince comme dans la région de l'Artibonite, cette rivière qui a servi de vecteur à l'épidémie. «La maladie est passée de village en village. Elle touche des endroits peu accessibles. On largue du matériel par hélicoptère», raconte Caroline Séguin, coordinatrice des opérations d'urgence à MSF. Elle ajoute : «Un travail d'information est nécessaire. Des malades ne sont pas immédiatement pris en charge car ils pensent être atteints de simples diarrhées et succombent, d'autres sont abandonnés par les familles car le choléra fait peur comme le sida dans les années passées.»
Le choléra sème aussi la zizanie. Les responsables des Nations unies sont accusés de perdre leur temps en réunions interminables au lieu de faire face à la situation. «La question aujourd'hui n'est pas de collecter des fonds mais de les mettre à disposition avant que le pic de l'épidémie ne soit atteint», insiste Michel Janssen de MSF. La population accuse le contingent népalais de la Minustah, la force de stabilisation de l'ONU, d'avoir importé le fléau. La souche identifiée par les spécialistes est bien népalaise, mais les enquêtes épidémiologiques ne parviennent pas à remonter à l'origine de l'infection. Des manifestations violentes contre la Minustah ont éclaté dans le nord, à Cap-Haïtien et à Port-au-Prince.Les soldats onusiens ont ouvert le feu, tuant des protestataires. La politisation de l'épidémie intervient alors que des élections générales se tiennent dimanche. Des candidats ont demandé le report du scrutin, mais les poids lourds de la politique haïtienne sont pour un respect des échéances. En attendant, la maladie a franchi les frontières. Elle est à Saint-Domingue et un cas a été signalé en Floride.
Thierry Oberlé Le Figaro

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