Choléra en Haïti: l'épidémie est "inhabituelle et sévère", les bilans "sous-estimés"

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Le doc­teur fran­çais Gérard Chevallier tra­vaille avec les auto­ri­tés haï­tiennes pour lut­ter contre le cho­léra. Il juge que l'épidémie est "inha­bi­tuelle et sévère" et que la ques­tion de savoir si les sol­dats népa­lais l'ont intro­duit en Haïti n'aidera pas à régler le problème.
Le cho­léra a fait au total 1.186 morts et pro­vo­qué l'hospitalisation de 19.646 per­sonnes en Haïti depuis le début de l'épidémie à la mi-octobre, selon le bilan offi­ciel com­mu­ni­qué par les auto­ri­tés haï­tiennes vendredi.
"La méca­nique épidé­mique est inha­bi­tuelle, rapide et sévère", estime Gérard Chevallier qui tra­vaille avec le pro­fes­seur fran­çais Renaud Piarroux, épidé­mio­lo­giste spé­cia­liste du cho­léra, pour conseiller le minis­tère de la santé. "Tout le pays n'est pas tou­ché mais l'épidémie va se répandre", dit-il.
"Comme tou­jours dans ce type d'épidémie", le doc­teur juge les bilans des auto­ri­tés haï­tiennes "sous-évalués". "Les noti­fi­ca­tions sont impar­faites, il y a des zones où des per­sonnes meurent et per­sonne ne le sait" affirme-t-il en pré­ci­sant que les "deux tiers du ter­ri­toire ne sont acces­sibles qu'à pied".
MM Chevallier et Piarroux cherchent à mettre en place avec les auto­ri­tés haï­tiennes des outils qui per­mettent d'avoir une photo plus fiable de l'épidémie. "L'enjeu c'est de savoir exac­te­ment chaque jour ce qui s'est passé la veille. Il est fon­da­men­tal de savoir com­bien il y a de cas, de morts, de per­sonnes soi­gnées" dans chaque zone pour don­ner une réponse adap­tée et rapide. "Dès lundi, nous devrions avoir un outil beau­coup plus fiable", promet-il.
Après avoir ren­con­tré ven­dredi le ministre haï­tien de la santé, Gérard Chevallier indique que l'idée de vac­ci­ner les Haïtiens n'a pas été rete­nue. Une cam­pagne de vac­cins néces­si­te­rait d'importantes infra­struc­tures et "trois fois 12 mil­lions de doses". "Cela pren­drait des mois avant d'avoir des résul­tats et retar­de­rait la réponse sanitaire".
"La prio­rité c'est de sécu­ri­ser les points d'eau potables des zones où il y a des excré­ments", déclare-t-il. Une fois qu'on est malade, "il faut se réhy­dra­ter en absor­bant jusqu'à 15 litres d'eau en 24 heures". Avec la mala­die, des quan­ti­tés énormes d'eau sont par­ties: "il faut combler".
Dans plu­sieurs villes du pays, des mani­fes­tants s'en sont vio­lem­ment pris aux sol­dats de l'ONU au cours de la semaine. Ils accusent des sol­dats népa­lais d'être à l'origine de l'épidémie. Des orga­ni­sa­tions huma­ni­taires ont indi­qué que ces mani­fes­ta­tions avaient retardé leur tra­vail sur place.
A ce sujet, un porte-parole de l'ONU, Farhan Haq, a indi­qué ven­dredi que l'épidémiologiste fran­çais qui tra­vaille avec le Dr Chevallier avait ren­con­tré jeudi l'état-major de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH). La Minustah est "prête à par­ti­ci­per à toute enquête sur l'origine" de l'épidémie et cet échange "s'intégrait dans cet effort", a pré­cisé le porte-parole.
Pour le Dr Chevallier, "cela ne sert à rien de se foca­li­ser sur cette ques­tion même si la pro­ba­bi­lité épidé­mio­lo­giste est élevée". "Savoir d'où vient la mala­die n'aide en rien à régler l'épidémie actuelle. Ce qui dif­fé­ren­cie le déve­lop­pe­ment de l'épidémie c'est l'environnement, pas la souche", dit-il.
L'épidémie a déjà fran­chi les fron­tières avec des cas en République Dominicaine et aux Etats-Unis. "Il peut y avoir d'autres cas impor­tés aux Etats-Unis et dans les Caraïbes, y com­pris dans les
ter­ri­toires fran­çais", pré­vient le méde­cin. Mais, "il n'y aura pas d'épidémie dans des pays riches où il n'y a pas de trans­mis­sions oro-bucales" dans la mesure où les excré­ments ne viennent pas pol­luer l'eau potable.

 
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