CÉRÉMONIE D’ACCUEIL DES ÉTUDIANTS HAÏTIENS AU MONUMENT DE LA RENAISSANCE AFRICAINE : « Vous revenez par la grande porte »

Publié
9 années ago
Dernière mise à jour
1 année ago
756 views
Time to
read
8’

• Jeunes de la Diaspora des Caraïbes,
• Jeunes de la Diaspora des Amériques,
• Jeunes de la Diaspora africaine à travers le Monde,
• Monsieur Malam Bacaï Sanha, président de la République de Guinée-Bissau,
• Monsieur Mahamadou Danda, Premier ministre du Niger,
• Monsieur E. Lestoufler, représentant du président Préval,
Je tiens tout d’abord à remercier mes chers collègues, pour avoir bien voulu rehausser de votre présence cette cérémonie d’accueil des premiers étudiants haïtiens qui viennent poursuivre leurs humanités en terre africaine du Sénégal après le tragique tremblement de terre qui a ravagé la République sœur d’Haïti, le 12 janvier dernier.
Par votre présence, vous donnez assurément à la manifestation l’élan de solidarité panafricaine que nous devons à Haïti, première force noire ayant défait le colon pour s’établir en République.
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Président du Conseil économique et social,
Mesdames, Messieurs les Elus,
Mesdames, Messieurs les Ministres d’Etat et les Ministres,
Mesdames, Messieurs,
Chers étudiants et étudiantes,
Jeunes de la Diaspora,
Je vais me tourner particulièrement vers les étudiants haïtiens.
Vos Ancêtres étaient partis
Sous la force physique aveugle,
Vous êtes revenus
Sous la force morale, déterminée et inflexible.
Vive l’Afrique plus vivante que jamais,
Vive l’Afrique éternelle !
Vive le Panafricanisme
Chers enfants et petits-enfants,
Votre épopée, aujourd’hui, aura symboliquement duré plus de six siècles. L’Afrique a gagné sur les forces du mal pluriséculaires.
Ce jour, 13 octobre 2010, marqué du retour de jeunes Haïtiens sur la terre de leurs ancêtres, est une victoire éclatante de l’Afrique, une victoire des peuples noirs.
Certes, d’autres l’ont fait ou l’ont tenté avant vous, mais ils revenaient sur la terre d’une Afrique encore dominée. La différence, c’est que vous, vous venez librement, dans une Afrique indépendante, maintenant responsable de son sort.
Votre venue au Sénégal est l’expression d’une prise de conscience de la vitalité du mouvement panafricain commencé bien avant même l’abolition de l’esclavage, en Haïti justement.
Vos frères et sœurs sénégalais et de l’Afrique de l’Ouest vous reçoivent ici, au pied du Monument de la Renaissance africaine, la Statue la plus haute du monde avec ses 53 mètres de hauteur sur un socle naturel, une colline volcanique de 100m, aux Almadies, à la pointe la plus extrême occidentale de notre continent, le dernier morceau de terre du continent africain que les esclaves, embarqués et entassés dans les bateaux négriers cinglant vers les Amériques voyaient s’évanouir progressivement, puis disparaître, pour laisser la place à la triste réalité de la confiscation de la liberté.
Chers étudiants, chers étudiantes d’Haïti,
Ce lieu, la pointe la plus avancée de notre continent sur l’Océan Atlantique, a été choisi pour vous recevoir, comme si l’Afrique entière venait à votre rencontre.
Ici, au pied du Monument de la Renaissance africaine, symbole de l’Afrique libérée de cinq siècles d’esclavage et deux siècles d’occupation et de domination coloniales, pour reprendre en main son propre destin, mes collègues, ainsi que vos frères et sœurs du Sénégal, joignent leurs voix à la mienne pour vous dire notre fierté et notre joie de vous compter parmi nous.
Je félicite toute l’équipe qui s’est mobilisée depuis plusieurs mois pour mener à bien cette opération, en tête Lamine Bâ, ministre chargé des Affaires internationales et humanitaires.
Chers jeunes,
A quelques lieux d’ici, se trouve Gorée.
L’île mémoire, Gorée qui garde dans ses entrailles assoupies d’un long sommeil, Gorée aux murs couleur ocre qui n’a pas, changé ; Gorée au nom impérissable, lieu de tant de souffrances humaines, de tant de larmes, de tant de sueur et de sang versés, fut le point de départ fatidique de millions de nos ancêtres, victimes désignées du commerce triangulaire, odieux système d’asservissement qui a soumis notre Continent à un pillage jamais égalé de nos ressources humaines.
Hier, nos ancêtres avaient emprunté, sous la contrainte brutale de la force, la porte étroite du voyage sans retour.
Aujourd’hui, nous vous accueillons à bras ouverts en hommes et femmes libres. Comme pour dire que l’Afrique, berceau de l’humanité, ne meurt jamais !
Vous le savez, dès les premières heures de la catastrophe du 12 janvier, le Sénégal s’est associé aux efforts internationaux de mobilisation de l’assistance humanitaire d’urgence.
Mais, en raison de la fréquence des catastrophes naturelles qui s’abattent sur Haïti, nous avons estimé qu’il fallait ouvrir, à nos frères et sœurs haïtiens qui le désirent le droit de se soustraire de ces calamités récurrentes et de venir s’installer, chez eux, en Afrique.
C’est dans ce sens que le Sénégal a fait adopter par le Sommet de l’Union africaine, quelques jours après la tragédie du 12 janvier, une Déclaration solennelle sur les efforts à mener pour apporter une réponse africaine collective à la grave situation en Haïti.
En attendant, j’ai voulu, pour ma part, joindre l’acte à la parole au nom de la relation humaine à nulle autre pareille qui unit l’Afrique à sa Diaspora.
Ce lien historique fait peser sur l’Afrique et les Africains un devoir de solidarité à l’égard de ses fils et filles de la Diaspora dont les ancêtres ont été conduits contre leur gré vers des horizons inconnus et forcément indésirables.
A ce devoir de solidarité, correspond, à mon sens, un droit de retour pour chaque membre de la Diaspora. Ce droit, chers étudiants, chers étudiantes, vous l’exercez aujourd’hui.
Nous vous accueillons donc non comme des étrangers ou des réfugiés, mais comme membres à part entière de notre grande famille.
Je devine que malgré tout ce qui nous unit, le mal du pays vous affectera quelque peu.
Je mesure l’appréhension, les sentiments de nostalgie et, peut-être, d’incertitude qui peuvent vous habiter.
Mais, rassurez-vous.
N’ayez nulle crainte ni appréhension.
Le Sénégal est connu à travers le monde comme « le pays de la Téranga », c’est-à-dire le pays de l’hospitalité, au sens le plus chaleureux du terme qui fait que l’étranger est toujours accueilli ici avec une convivialité toute particulière. A fortiori un membre de la famille !
Parce que vous êtes partie intégrante de nous-mêmes, nous vous devons plus que la Téranga. Vous avez une place dans nos cœurs.
Vous êtes chez vous en terre africaine du Sénégal et je vous invite par conséquent à prendre parmi nous toute la place qui vous revient de droit.
Le Gouvernement a mis en œuvre toutes les mesures nécessaires pour votre prise en charge académique, sociale et administrative afin que vous puissiez poursuivre vos études dans les meilleures conditions possibles et être, demain, les cadres qui seront au 1er rang de la reconstruction de votre pays dévasté.
Au demeurant, vous n’êtes pas en terrain inconnu du peuple haïtien.
Des générations de vos compatriotes vous ont précédé ici.
Je pense à Gérard CHENET, à Jean Fernand BRIERRE, à Roger DORSINVILLE et au célèbre couple, mes amis Lucien LEMOINE et Jacqueline Scott LEMOINE, arrivés au Sénégal en avril 1966, à l’occasion du premier Festival mondial des Arts nègres dont la troisième édition se tiendra d’ailleurs ici même au Sénégal, du 10 au 31 décembre prochain.
Et la liste n’est pas exhaustive.
Certain parmi ces pionniers ne sont plus de ce monde.
C’est le cas de Lucien LEMOINE, arraché à notre affection le 13 janvier 2010, comme si, dans sa sensibilité d’artiste accompli, son âme avait cédé aux effets fracassants du tremblement de terre du 12 janvier.
Mais, comme je le disais en hommage à feu Léopold Sédar Senghor, premier président de la République du Sénégal et poète comme Lucien Lemoine, « Les poètes sont comme le soleil qui meurt au crépuscule pour renaître, plus beau, à l’aurore ». Ces illustres pionniers, figures emblématiques du monde des arts et de la culture sénégalais ont, tous, par leur talent exceptionnel, apporté une contribution inestimable au patrimoine national du Sénégal, leur pays d’adoption.
Je vous exhorte à vous inspirer de leur exemple pour baliser la voie dans vos cursus respectifs.
Vous pouvez le faire parce que je sais que chacun de vous porte en lui une formidable ambition de réussir pour être utile à lui-même, à sa famille et à son pays.
Vous pouvez le faire parce que je sais qu’en chacun de vous habite un génie créateur qui ne demande qu’à éclore tel le bourgeon fécondant qui porte l’heureuse promesse d’une moisson future.
En reprenant bientôt le chemin des amphithéâtres, laissez donc éclater votre talent.
Donnez libre cours à votre courage, à votre créativité et à votre esprit d’initiative pour être, non pas juste moyens, mais parmi les meilleurs.
C’est sur ce chemin que je vous donne rendez-vous.
Et sur ce chemin, vous trouverez auprès de vos professeurs, tous dévoués à la cause de l’enseignement, l’encadrement pédagogique nécessaire à votre formation, auprès de vos camarades étudiants sénégalais et autres Africains que nous accueillons en nombre, les meilleurs compagnons qui vous introduiront aux subtilités de la vie sénégalaise.
Dans cette aventure passionnante que nous menons ensemble, il sied également de rappeler l’extraordinaire épopée du jeune Kélédor, originaire du Walo, un de nos anciens royaumes dont je suis originaire de par mon ascendance paternelle, l’autre racine étant dans les profondeurs de la Casamance.
Parti de son Walo natal poursuivre des études coraniques dans le royaume voisin du Fouta Toro, Kélédor fut malheureusement capturé un jour.
Vendu comme esclave, il quitta Gorée avec 400 compagnons d’infortune dont plusieurs se jetteront en mer, préférant la mort à la servilité.
Kélédor et le reste de ses compagnons furent quant à eux débarqués à Saint-Domingue, devenu Haïti, comme vous le savez.
L’histoire nous apprend que le jeune et intrépide Kélédor finira par rejoindre la glorieuse armée du Libérateur Toussaint Louverture, avant de faire cap plus tard sur Porto Rico, pour enfin retourner au Sénégal en compagnie d’un groupe d’anciens esclaves .
La fascinante trajectoire de Kélédor, un hymne au courage qui traduit un rêve irrépressible de liberté et de dignité, est une leçon qui nous interpelle tous, hommes et femmes de toutes conditions, jeunes et moins jeunes.
Si la nature des épreuves a changé, la leçon de Kélédor reste pour la postérité.
Elle nous enseigne que quelle que soit l’adversité en face, nous devons constamment cultiver cette part de rêve qui nourrit et entretient l’ambition ; cette part de vérité sans laquelle rien de grandiose ne peut être réalisé.
Compatriotes africains,
Je voudrais à présent vous livrer deux messages :
D’abord, vous les jeunes sénégalais, je vous demande de prendre l’initiative de mettre en place un vaste Mouvement international de la jeunesse panafricaine (Mija). Le Gouvernement du Sénégal vous fournira un siège équipé et vous aidera à vous installer partout en Afrique et au Sénégal.
Mon deuxième message s’adresse à tous les Africains.
Le monde connaît, entre autres, deux grands calendriers : le calendrier grégorien qui prend comme point de départ le jour de la naissance de Jésus-Christ, le calendrier musulman qui part de l’Hégire .
La question que je pose : pourquoi n’aurions-nous pas un calendrier africain lié aussi à une nouvelle naissance de l’Afrique, la Renaissance, journée du 3 avril déclarée « Journée de la Renaissance Africaine » par le Sommet de l’Union africaine ?
A côté de la date grégorienne, nous mettrions la date africaine dont le jour 1 est le 3 avril de l’année 2010 à partir de zéro heure.
Le Gouvernement du Sénégal ouvre le débat sur cette question et un concours entre tous les ressortissants d’Afrique et de la Diaspora pour proposer un calendrier avec des noms de mois, de fêtes, d’événements, partant du 3 avril 2010. Les révolutionnaires de 1789 l’avaient tenté avec des mois marquant les grands événements de la Révolution française. Ils avaient adopté des noms de mois comme Brumaire, Vendémiaire...etc.
Le premier prix sera de 35.000 Usd, le deuxième et le troisième, respectivement de 25.000 Usd et 15 .000 Usd.
Le concours sera fermé le 10 décembre à l’ouverture du 3ème Festival mondial des Arts nègres et les résultats seront publiés avant la fin du festival.
Le ministre de la Culture du Sénégal publiera incessamment la liste des membres du jury qui sera présidé par le Professeur Iba Der Thiam.
Les propositions seront adressées au ministre de la Culture du Sénégal.
Chers étudiants et étudiantes haïtiens, sénégalais et africains,
L’avenir d’Haïti, l’avenir du Sénégal, l’avenir de l’Afrique et de la Diaspora repose sur vous.
Demain, c’est parmi vous que devront émerger les ressources humaines de qualité et les forces vives aptes à poursuivre avec succès notre œuvre de développement économique et social.
C’est pourquoi, en vous souhaitant plein succès dans vos études, je vous invite, dans la quête du savoir et du savoir faire, à épouser le culte du travail et de l’excellence.
Restez toujours debout, la tête haute, pour contribuer à bâtir le destin de nos rêves ; ce destin commun qui nous affranchira de toute forme de servitude et de tout risque de marginalisation dans le monde des grands ensembles qui se construit sous nos yeux.
Vive Haïti !
Vive le Sénégal !
Vive l’Afrique !
Vivent les Etats-Unis d’Afrique !
Merci à tous.

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 6 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 7 mois ago