Situation monétaire : «Ce n’est pas le thermomètre qu’il faut casser», conseille Thomas Lalime

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Dollar US

La modification de l’arrêté du 1er mars 2018 qui exigeait que toutes les transactions sur le territoire soient libellées en gourdes n’a pas encore porté ses fruits. La monnaie locale continue de perdre sa valeur par rapport au dollar américain. Le taux de change de référence affiché par la BRH en date du 10 décembre était de 75.87 contre un taux moyen mensuel de 73.58 gourdes en novembre. En banque, le dollar s'échangeait mardi à 77, 25 alors que des commerces affichent 80 gourdes pour un dollar.

« Il y a une demande très élevée pour le dollar. Il nous en faut pour tout ce que nous importons », précise l’économiste Thomas Lalime, attirant l’attention sur le grave déséquilibre de la balance commerciale du pays. En 2017, par exemple, souligne-t-il, on exportait seulement pour environ 800 millions de dollars tandis qu’on importait pour plus de 4 milliards de dollars américains. « L’Haïtien est aujourd’hui fier du niveau de dépendance du pays», déplore, choqué, Thomas Lalime.

Soulignant le difficile arbitrage de la BRH entre le taux de change et la réserve internationale obligatoire qui ne doit pas aller en deçà de trois mois d’importation, Thomas Lalime fait remarquer que la banque des banques n’imprime pas des dollars. Il lui faut en acheter, dit-il. La Minustah, qui faisait entrer des devises dans le pays, n’existe pas. N’était la diaspora dont les transferts en Haïti s’élèvent à environ 2.5 milliards de dollars l’an la situation serait beaucoup plus compliquée, estime l’économiste.

Thomas Lalime met aussi en cause l’indiscipline fiscale des autorités gouvernementales. «La politique monétaire ne sera jamais efficace s’il n’y a pas non plus une bonne discipline», constate-t-il.

Pour l’exercice 2017-2018, le pays a enregistré un déficit de 27 milliards de gourdes. Le déficit a été de 13 milliards de gourdes seulement pour la période comprise entre juillet et octobre, avait d’ailleurs rapporté le président de la commission Éthique et Anti-corruption Youri Latortue. Le sénateur avait confirmé que pour l’exercice qui vient de s’achever les franchises douanières accordées par l’État haïtien ont explosé, passant d’environ 9 milliards de gourdes pendant les cinq dernières années à environ 20 milliards de gourdes.

Ajouter à cela, le pays a déjà un manque à gagner d’environ 14 milliards de gourdes, cause de la subvention des produits pétroliers, perd entre 300 et 500 millions de dollars à cause des activités de contrebande et subvention de l’EDH jusqu'à 200 millions de dollars par année.

« Il n’y a aucune possibilité pour le pays de sortir de cette situation », pense Thomas Lalime qui, dénonce l’ «indiscipline fiscale » des autorités haïtiennes. Il critique certaines dépenses effectuées sous le couvert de programmes sociaux sous pretexte de calmer « les bases » mais qui ne rapportent rien à l’État haïtien.

Thomas Lalime rejette toute idée consistant à renvoyer le gouvernement ou à exiger la démission du président de la République du fait de la situation économique du pays. «Le taux de change, c’est comme un thermomètre qui indique la température. On n’a pas à casser le thermomètre à chaque fois que la température augmente », a déclaré Thomas Lalime, qui compare le réflexe de changer de président à celui de casser le thermomètre. Ce qu’il recommande c’est une analyse des causes provoquant l’augmentation de la température. D’ailleurs, a-t-il fait remarquer, on a changé beaucoup de présidents ces dernières années mais cela n’a pas contribué à améliorer grand-chose.

Danio Darius Source Le Nouvelliste

 

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