Et si Jovenel Moïse hésitait tout simplement à crier au secours

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Neg Sexy Karikati Nouvelis

Jovenel Moïse, après plusieurs faillites, de demandes de restructuration de crédits auprès de banques commerciales de la place, s'est lancé, aussi pugnace qu’un pitbull, dans la mise en place d’une ferme où l’on planterait exclusivement de la figue banane.

La firme qu'il a dirigée à l'époque, Agritrans, grâce au soutien du président Michel Martelly, et de certains de ses ministres a obtenu des avantages et des prêts du Fonds de développement industriel (FDI) avec des conditions intéressantes pour réaliser ce projet agricole présenté comme l'un des plus ambitieux en Haïti ces dernières décennies.

 

Sûr de lui, Jovenel Moïse a vendu le rêve de remettre le pays sur la carte mondiale des pays exportateurs de figue banane. Il s’est engagé à verser des dividendes aux paysans de Trou du Nord qui ont mis leurs terres, des centaines et des centaines d'hectares, comme actifs conformément au montage financier effectué.

En dépit de la perplexité de certains agronomes quant à l’atteinte des objectifs fixés compte tenu du fait que la plantation se trouve dans un corridor venteux et sur des terres ayant un certain niveau de salinité, Jovenel Moïse, le « risktaker », a foncé, s’est fait une marque politique. Il est devenu "Nèg bannann nan". Supporté pendant plus d’un an par des alliés politiques et des financiers du secteur privé des affaires, Jovenel Moïse est devenu président de la République. Il a quitté son poste de responsable d’Agritrans.

Le temps a passé. Il a montré les limites des promesses. Il n'y a toujours pas de ballet de navires pour transporter des cargaisons de bananes en Europe. Les photos d'assemblée générale montrant des paysans contents de récolter leurs dividendes n'inondent pas encore les réseaux sociaux.

Revigorée après l’épisode d'infestation à la « Sigatoka noire », la plantation est remise sur pied. Elle est suivie du coin de l’œil par plus d’un qui tempère les effusions acides de leurs critiques, genre que ce projet est une vaste supercherie, un tremplin pour conduire Jovenel Moïse au palais national.

Si à la vérité il est peut-être trop tôt pour affirmer que les dés sont jetés pour cette plantation de figue banane au niveau managérial, en revanche, le leadership de Jovenel Moïse prend un sacré coup, donne du grain à moudre. C’est lui qui avait fait l'implantation du projet avant de passer à la politique.

 

A ce stade, à côté d'une question légitime sur le statut productif ou improductif des prêts octroyés par le FDI à Agritrans, plus d’un se demande si l'homme d'affaires Jovenel Moïse avait commandé les bonnes études, s’il s’était bien entouré, et le plus important, s’il sait bien s'entourer.

 

Ces interrogations ont une résonance particulière pour l’entrepreneur ayant accumulé les faillites et pour l’homme politique novice, dont le leadership, en tant que président de la République, montre jusqu’ici qu’il est paternaliste, adepte du « one-man-show », du pouvoir autocentré avec une propension certaine à promettre la lune, à vivre en parfait décalage avec la réalité de la population du pays pauvre dont il a la charge.

 

Après presque deux ans au pouvoir, Jovenel Moïse, entouré d’un Premier ministre dont l’incompétence est de notoriété publique, n’a toujours pas incarné le changement annoncé. A l’épreuve du taux de change, son gouvernement s’est fracassé. La gourde, avec le petit accélérateur qu’a été la mesure sur la « dedollarisation » en mars dernier, continue sa lente dégringolade. L’inflation est à 13 % en juin. Et pour Jovenel Moïse qui a promis de mettre de la nourriture dans les assiettes, la hausse des importations, le renforcement du déséquilibre de la balance commerciale sont autant d’aunes pour mesurer son échec.

A défaut de figue banane, Haïti exporte pour plus de 3 millions de dollars américains de déchets métalliques et plastiques, apprend-on en lisant la note de politique monétaire de la BRH. Le président Jovenel Moïse, avec les mêmes recettes qu’avant, sans matérialiser la rigueur, l’efficience budgétaire promis, a vu filer le déficit public financé à plus de 9 milliards de gourdes au mois de juin 2018 par la BRH. Sans être responsable de la spirale stagnation et régression caractérisant l’économie ces soixante dernières années, Jovenel Moïse est entré dans le mur de la pauvreté aggravée, des promesses creuses sources d’irritation, du statu quo insoutenable, scandaleux de captation des ressources de l’État par des opérateurs tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’administration publique.

Si son gouvernement s’est fracassé les 6, 7 et 8 juillet 2018, Jovenel Moïse, obligé de se réinventer, occupé entre-temps à de longues consultations, ne pourra plus continuer à faire semblant qu’il a l’expertise nécessaire et autour de lui l’armée d’hommes et de femmes d’étiquette politique, technocratique pour sauver son quinquennat et assurer les réformes indispensables en vue de lutter contre la pauvreté en Haïti où six millions de personnes vivent avec deux dollars américains par jour.

Sans avoir à le dire avec des mots feutrés, le président Jovenel Moïse a encore la baraka parce qu’en face, au sein de ses opposants, il n’y a pas de grandes têtes d’affiche capables de rassembler, de proposer une alternative viable pour résoudre les problèmes liés à la gouvernance, à la pauvreté, à la réforme de l’État. Si en face il n’y a non plus ni immaculé ni Galilée, Jovenel Moïse gagnerait à sortir de sa petite posture de roi Mémé pour envoyer plus que des signaux apaisants. Il faut qu’il entame de vraies discussions politiques avec les principaux acteurs politiques.

Avec Jovenel Moïse, même si tous les hommes d’affaires n’avaient pas misé sur lui, il y a une forte perception que le secteur privé a parié gros. Il a risqué gros aussi. Il a perdu gros les 6, 7 et 8 juillet aussi. Parce qu’il y a probablement des chocs à venir compte tenu de la hausse des prix de l’essence, du riz, du blé sur le marché international et la phase active de la saison cyclonique 2018 qui s’en vient entre fin août et fin octobre, il serait contre-productif de laisser au seul soin du président Jovenel Moïse l’initiative de redresser la barque nationale.

Le président, sans le crier sur tous les toits, a peut-être besoin d’aide pour se sortir du trou des promesses creuses. Pour que son quinquennat, au regard du risque de chambardement général, soit celui de l’amorce d’une vraie transition en faveur de la mobilité sociale, de la justice sociale, de l’équité, de l’égalité des chances pour tous, de la vraie mixité sociale.

Roberson Alphonse SOURCE LE NOUVELLISTE

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