Radiographie du budget 2018-2019

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Le Group Croissance a convoqué la presse le lundi 17 décembre 2018 à son traditionnel rendez-vous du bilan économique de l’année qui, exceptionnellement, coïncide avec le dépôt du projet de loi finances pour l’exercice 2018-2019 la semaine dernière au Parlement par le ministre de l’Économie et des Finances, Ronald Décembre. Le P-DG du Group Croissance, l’économiste Kesner Pharel, en a profité pour disséquer pour les journalistes présents les méandres de ce projet de loi de finances de l’ordre de 172,8 milliards de gourdes dans lequel les ressources domestiques représentent 67%, les dons 17% et le financement environ 17%.

« Il y a un choix à faire […] On dépense trop dans le fonctionnement [et] pas assez au niveau des investissements », a martelé Kesner Pharel, déplorant que malgré l’augmentation des recettes courantes, l’État consente de moins en moins d’investissements. « Il faut faire mieux, on peut faire mieux et on doit faire mieux car la population ne pourra pas attendre », souligne l’économiste, précisant que seulement 15% des recettes domestiques dans ce budget iront vers les investissements sociaux, contre moins de 10% dans le budget rectificatif. « Je pense que ces recettes devraient atteindre plus de 20% pour réduire les tensions sociales et stabiliser l’économie haïtienne en quelque sorte », précise le responsable du Group Croissance, évoquant la nécessité pour l’exécutif d’adopter sans plus tarder un budget de rupture.

En attendant, dans le budget déposé au Parlement le 11 décembre dernier, le pouvoir exécutif table sur une prévision du taux de croissance pour l’exercice 18-19 de seulement 2.8%. Un taux de croissance, au dire de Kesner Pharel, qui ne sera pas suffisant pour compenser les quatre dernières années de moins de 1,5% de croissance économique qu’a connue le pays. « Ce taux de croissance ne prend pas en compte les désastres naturels, les désastres humains comme les manifestations, entre autres. », a fait remarquer l’économiste, pointant du doigt l’éventualité pour l’exécutif de ne pas atteindre ce taux de croissance de 2,8%.

La prévision du taux d’inflation reste extrêmement élevée pour cet exercice, soit 14.7% contre 13.6% en 2017-18. « Le gouvernement n’a pas fait de prévision pour le taux de change mais nous pouvons constater comment la dégringolade de la gourde pose problème à l’économie haïtienne », a déclaré Kesner Pharel avant de passer au décryptage du budget dans lequel les ressources domestiques et les dons sont en nette diminution, contrairement au financement qui a augmenté de 41% par rapport à la version du mois de juin. « On s’endette beaucoup plus pour financer le budget », a fait savoir l’économiste.

En effet, le financement prévu est de 29,6 milliards de gourdes contre 21 milliards de gourdes dans le dernier budget voté par le Parlement. D'entrée de jeu, Kesner Pharel avait pris le soin, de préciser que le pays, pour une seule et même année, est en train de jongler avec 4 budgets : le budget initial 17-18 de l’ordre de 144.2 milliards de gourdes, celui de 176.3 milliards de gourdes déposé le 28 juin dernier et qui sera retiré par la suite, le budget rectificatif de septembre 2018 de l’ordre de 145.6 milliards de gourdes, et enfin le budget de l’exercice 18-19 de 172.83 milliards de gourdes déposé la semaine dernière. Qualifiant Haïti de pays des extrêmes, l’économiste a rappelé qu’entre 1995 et 2000, le pouvoir en place d’alors a élaboré un seul budget pour 5 ans.

Baisse des recettes domestiques, explosion de la dette

Sur l’enveloppe globale de 172,8 milliards de gourdes, le gouvernement prévoit de mobiliser 114,3 milliards de gourdes de ressources domestiques qui sont toutefois en baisse par rapport à ce qui était prévu dans la version originelle du budget. L’économiste attribue cette contraction au niveau des ressources domestiques notamment aux 19 milliards de gourdes de taxes pétrolières qui ne peuvent plus être prises en considération.

Les dons ont contracté également, ajoute M. Pharel, passant d’environ 30 milliards de gourdes à 28, 9 milliards. Toutefois, a-t-il relevé, il y a eu une augmentation considérable de près de 45% des recettes douanières. « C’est la première fois depuis longtemps que les recettes douanières dépassent les 20 milliards de gourdes. Est-ce que la contrebande, les exemptions fiscales vont disparaitre pour permettre à l’État de collecter les 35.5 milliards de gourdes ? », s’interroge le P-DG du Group Croissance, signalant la diminution de l’appui budgétaire, de 5 à 4 milliards de gourdes, contre une augmentation de l’aide projets chiffrée à 24,39 milliards de gourdes.

Par ailleurs, la dette externe a explosé dans ce budget passant de 5 à 13 milliards de gourdes alors que le Trésor compte recourir au financement intérieur à hauteur de 9 milliards de gourdes contre 3 milliards dans la précédente version. En ce qui a trait aux impôts directs et indirects, les premiers seront de l’ordre de 26 milliards de gourdes tandis que les seconds de plus de 70 milliards de gourdes.

Les dépenses courantes sans cesse en hausse, les investissements publics en berne

Pour l’exercice 18-19, les dépenses courantes s’élèvent à 90.93 milliards de gourdes. Les salaires et traitements augmenteront à 47 milliards de gourdes, les biens et services sont restés resteront presque au même niveau (29 milliards de gourdes), les transferts et subventions (10 milliards de gourdes) et les intérêts sur la dette (3.6 milliards de gourdes).

Les dépenses d’investissements seront de l’ordre de 81 milliards de gourdes, dont 62 milliards redirigées vers les programmes et projets d’apaisement social, desquelles le Trésor apportera 17.3 milliards de gourdes. Une fois de plus, c’est le financement externe, les dons et emprunts de l’ordre de 37.52 milliards de gourdes, qui supporte réellement les investissements sociaux. Ainsi, Kesner Pharel appelle le gouvernement à réduire les dépenses courantes pour qu’il y ait, dit-il, beaucoup plus d’argent orienté vers les investissements sociaux.

Les priorités du gouvernement

Dans ce budget, 57 milliards de gourdes sont allouées au secteur économique, 36.6 milliards de gourdes au secteur social, 25.5 milliards de gourdes au secteur politique et le secteur culturel hérite de 2.7 de milliards de gourdes. Tout secteur confondu, et bien sûr pour le secteur économique, c’est le ministère des Travaux publics qui s’en sort avec la plus grosse part du gâteau avec une allocation de 22 milliards de gourdes, passant devant le ministère de l’Éducation nationale. Le ministère de l’Agriculture, dans le secteur économique, arrive ensuite avec 11.7 milliards de gourdes suivi par le ministère de l’Économie et des Finances avec 10.6 milliards de gourdes.

Dans le secteur social, le ministère de l’Éducation nationale hérite de la plus grosse enveloppe et est le deuxième ministère le mieux pourvu avec moins de 20 milliards de gourdes, soit 19,9 milliards de gourdes. Un point positif dans ce budget, a fait savoir Kesner Pharel, c’est que le ministère de la Santé publique a obtenu 12.1 milliards de gourdes, soit le double par rapport au budget rectificatif.

Pour le secteur politique, le ministère de la Justice a obtenu une allocation de 13.7 milliards de gourdes, le ministère de l’Intérieur 4 milliards de gourdes, le ministère des Affaires étrangères 2.65 milliards de gourdes, l’enveloppe allouée à la Primature reste plus ou moins stable avec 2.2 milliards de gourdes contre une baisse de quelques millions de gourdes au niveau de la présidence avec 1.59 milliard de gourdes. Quant au pouvoir judiciaire, une enveloppe de 1.8 milliard de gourdes lui est consacrée.

Avec 5.8 milliards de gourdes, les crédits alloués au Parlement sont en légère baisse pour l’exercice 18-19. La Chambre des députés dispose de 3.54 milliards de gourdes et le Sénat de 2.26 milliards, avec à peu près 30 millions de gourdes d’investissement prévus au niveau de la Chambre haute.

Le service de la dette ne faiblit pas

Avec 21.5 milliards de gourdes, le service de la dette dispose d’une meilleure allocation que celle du ministère de l’Éducation nationale. « Nous avons eu 13 milliards de gourdes de déficit budgétaire en moins de trois mois après les 6 et 7 juillet », a rappelé Kesner Pharel, soulignant que dans le cadre d’un éventuel classement d’allocation, le service de la dette talonne de près le ministère des Travaux publics.

Par ailleurs, Kesner Pharel a relevé que les autres interventions publiques restent très élevées avec 14.45 milliards de gourdes contre 17 milliards dans le budget rectificatif. Il a également noté que les activités électorales seront financées à hauteur de 3 milliards de gourdes, qu’une enveloppe de 720 millions de gourdes est destinée aux partis politiques et 4.3 milliards de gourdes iront aux différents organismes indépendants.

Patrick ST PRE Source Le Nouvelliste

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