Quand Martissant et compagnie tuent le tourisme du grand Sud

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Saut Mathurine - Camp Perrin - Sud Haiti

Les opérations à répétition des gangs armés dans l'aire du sud de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince tuent peu à peu le tourisme du grand Sud du pays. À genoux depuis le passage de Matthew en octobre 2016, la descente aux enfers du secteur touristique se poursuit. Conséquemment, les tours-opérateurs ont du mal à amener les visiteurs.

Pour atteindre le grand Sud d’Haïti, il y a quasiment aucune alternative à  la voie terrestre. La destination sud en souffre énormément à cause des pratiques criminelles qui se font régulièrement sur la route principale. Martissant et ses environs deviennent des zones de non-droit. Au grand dam de la population, avec la complicité des autorités gouvernementales et la complaisance de certains riverains, ces zones sont contrôlées par des gangs armés. Les embouteillages monstres dans cette partie du pays, la difficulté de traverser la ville de Petit-Goâve et la localité de Chalon constituent également, de l’avis du coordonnateur du projet Riat-Sud, Philippe Stephenson, des obstacles majeurs pour le secteur.

Ainsi, les opérateurs touristiques en meurent. Si l’on en croit le coordonnateur, dans le département du Sud notamment, plusieurs hôtels sont fermés. La situation devient de plus en plus difficile pour l’industrie touristique. Des auberges de première classe sont en train de se reconvertir en des hôtels de passe. Une situation qui a provoqué le licenciement des employés dans les différentes branches du tourisme à savoir : le transport, l’hébergement, le loisir et la restauration.

La situation qui règne à Portail-Léogâne, à Martissant et dans bien d’autres zones du pays n’est vraiment pas sans effets sur les secteurs productifs. La production et l’insécurité, à tous les niveaux, ne font pas bon ménage. Le tourisme, évidemment, n’échappe pas à cette règle. Selon Philippe Stephenson,  l’insécurité et le transport constituent des handicaps pour le secteur dans l'aire sud d’Haïti. Il n’y a pas lieu de parler de nouvel investissement contrairement à la destination Nord où il est actuellement question de la réalisation de plusieurs projets dont la construction d’un hôtel Marriott au Cap-Haïtien.

Dans le département du Sud, d’importants projets étaient en cours au lendemain du passage de l’ouragan Matthew. Le gouvernement et plusieurs organisations non gouvernementales volaient au secours du secteur touristique. Avec la recrudescence de l’insécurité notamment à Martissant, tout est bloqué. Ainsi, la résilience du Sud ne tient qu’à sa population. Le secteur essayait de se relever quasiment seul. Même les projets pour lesquels des fonds ont été décaissés sont bloqués. La sécurité des travailleurs et du matériel oblige.

Les hôtels, les restaurants, les sites de loisir se préparaient à accueillir des visiteurs, des touristes venus de partout. Mais les touristes ne sont toujours pas arrivés. Port-Salut, la plus grande destination touristique du Sud, en paie les conséquences. Plus d’entrée de devises. À Pointe-Sable, la grande et mythique plage de la ville est en agonie. Tandis qu’ils s’adonnent particulièrement à la restauration, les opérateurs s’y installant deviennent de plus en plus nombreux pour une poignée de touristes.

Tandis que la destination attire encore. Si le Nord brille par son histoire et ses sites naturels, le Sud n’a rien à lui envier. Le potentiel du Sud en matière de tourisme n’est plus à démontrer. Des dizaines de kilomètres de côtes attendent les visiteurs. De l’avis du coordonnateur du projet Riat/Sud, cette région du pays offre un menu très varié, différent à bien des égards de celui du Nord. Un potentiel qui ne nourrit plus les opérateurs, qui ne crée plus de débouchés pour la population.

Face à une telle situation, malheureusement, les autorités au plus haut niveau de l’État se montrent impuissantes. Elles sont à court de solutions. L’on parlait de la création d’un Task Force afin de mettre le tourisme au premier plan, comme c’est le cas de plusieurs pays de la région. Rien de concret jusqu’à présent. Ce faisant, les autorités prioriseraient le tourisme comme étant un vecteur économique partant de la petite enfance aux tours-opérateurs sans rien négliger dans la chaîne de valeurs. Mais tout cela ne peut être possible sans un climat serein.

Le Sud, à ce niveau, a abdiqué malgré l’immense effort des opérateurs. Avec les mouvements à répétition au niveau de l’Arcahaie, la Côte des Arcadins est également menacée. On est en train de perdre un secteur à fort potentiel d’emplois. Quand on obstrue les routes, on crée les conditions pour repousser les investissements étrangers et surtout pour licencier son compatriote qui travaille dans le secteur touristique.  Il est grand temps que l’État prenne les mesures qui s’imposent afin d’assurer les opérateurs.

Jose Fletcher source Le Nouvelliste

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