Quand l'État s'engage à verser 27 millions $ pour un système national d'identification aujourd'hui «inutilisable» ayant coûté plus de 50 millions

Publié
1 année ago
Dernière mise à jour
1 année ago
6112 views
Time to
read
4’

Après l’investissement, il y a moins de cinq ans de près de 50 millions de dollars américains à travers Smartmatic pour monter un système national d’identification déclaré aujourd’hui «pratiquement inutilisable» par l'ONI l’État a signé un contrat de 27,7 millions non validé par la CSC/CA avec la firme allemande Dermalog qui a déjà reçu 8,2 millions de dollars pour «établir» un nouveau système.

«Le diagnostic effectué en 2017 a montré que le système installé en 2012 ne pouvait plus répondre aux enjeux et exigences du nouveau système national d’identification : délai de production de cartes d’identification très long, sécurité du système discutable», a indiqué une note du ministère de la Justice, soulignant que depuis «quelques mois», le système national d’identification, à cause de «problèmes majeurs», est «pratiquement inutilisable».

«Actuellement, l’obsolescence du système national d’identification a des impacts négatifs considérables sur la vie civile des citoyens», a expliqué cette note du MJSP, estimant qu’il est «important aujourd’hui de moderniser le système national d’identification et de le rendre fonctionnel afin de permettre à l’État d’identifier et d’authentifier ses citoyens tout en assurant un meilleur contrôle sur son territoire».

La note du ministère de la Justice a rappelé que «l’État haïtien a signé un contrat avec la firme vénézuélienne dénommée Smartmatic en 2012 pour la Phase I du système national d’identification». Son argument massue pour justifier cette nouvelle injection de millions s'appuie sur le temps limité des technologies en matière d’identification. «De 2012 à 2017, les technologies en matière d’identification évoluent très rapidement, ce pour le besoin croissant de sécurisation des documents d’identité. Les solutions technologiques ont une durée de vie très limitée. Le matériel et les équipements qui y sont associés tombent rapidement en obsolescence», a fait valoir le ministère de la Justice, autorité de tutelle de l’ONI.

Cependant, nulle part dans cette note il n’est dit que le système aujourd’hui «pratiquement inutilisable» a coûté près de 50 millions de dollars américains. Le journal a appris que contrairement aux affirmations du ministère de la Justice, le système n’a pas été installé en 2012. Selon plusieurs sources ayant connaissance du dossier, les travaux ont démarré après l’accord de coopération, l’offre de service le 12 octobre 2012 de Smartmatic comprenant le coût et le calendrier de paiement.

Le contrat en question a été signé par le P.D.G. de Petion Bolivar SAM, Antonio Padrino Quintero, le P.D.G. de Smartmatic, Pedro Mugica, le ministre de la Justice, Jean-Renel Sanon, le directeur de l’ONI Jean-Baptiste Saint-Cyr et vu par la présidente de la CSC/CA, Nonie Mathieu, en «octobre 2012». Le contrat a prévu une exécution après signature de 52 semaines. Et le «milestone» ou calendrier d’opération, d’implémentation du projet «plantilla/mspmo» en 839 étapes dans la mise en place du système avait prévu 615 jours entre la signature du contrat et les tests avant de remettre le système à l’ONI.

Parmi les obligations faites à Smartmatic, il y avait celle consistant «à veiller au maintien de standard de très haute qualité dans les services offerts» parce que les «infrastructures et cette base de données permettraient l’organisation, l’émission rapide et efficace des documents d’état civil tels que les certificats de naissance, de décès et les cartes d’identification».

La ventilation des coûts du système est évocatrice. Il était prévu par exemple 13,7 millions de dollars pour la mise en place du système biométric/Afis, de mise en place de 600 unités de saisies de données biométriques dans tout le pays, l’installation d’unités dans une centaine d’ambassades et de consulats d’Haïti à l’étranger, l’interconnexion de tous les sites de l’ONI, 2,5 millions de dollars pour l’implémentation et l’administration du système d’identité et back-up, 6.5 millions de dollars pour la fabrication de 4 millions de CIN, 5 millions de dollars pour la mise en place du Centre national de données, 2 millions de dollars pour l’acquisition du local du Centre national de données, 5 millions de dollars à Smartmatic pour gérer le projet, 5,5 millions de dollars pour l’assistance technique de Smartmatic en charge du recrutement et de la formation des opérateurs, 5 millions de dollars pour l’acquisition de véhicules et «autres acquisitions», 1 million de dollars pour la communication.

Le journal a aussi appris de sources concordantes que l’ONI devait valider les avancées de Smarmatic avant les versements effectués par le Venezuela, pour le compte de l’État haïtien qui ne gérait pas directement les fonds. L’État haïtien avait engagé une firme d’un ponte du pouvoir Tèt Kale à l’époque pour faire de la supervision dans le cadre de ce projet pour s'assurer, en théorie, de la qualité du travail effectué. Off the record, une autre source a indiqué que la maison achetée à Puits-Blain pour héberger le Centre de données nationales «ne correspondait pas à tous les critères techniques exigés». Cette source a indiqué que des gens travaillant pour l’ONI, lors de l’acquisition d’équipements à Panama par exemple, n’avaient pas fait le bon choix. Ils ont choisi par exemple des ordinateurs (de Par mobile) avec Windows Xp.

Cependant, pour le choix de serveurs, Smartmatic a été exigeant sur la qualité, a souligné cette source. Le problème aujourd’hui n’est pas tant la saturation. Avec un algorithme, Smartmatic peut libérer de l’espace, a expliqué cette source. Le problème est le refus de l’État haïtien de revenir vers Smartmatic pour un audit du système, l’apport de solutions techniques moins coûteuses que celles choisies par l’État qui a préféré faire un autre contrat, a poursuivi cette source qui s’est aussi inquiétée, sous l’administration d’un dernier directeur de l’ONI, que la base de données soit accessible à des tiers. «Avant ce directeur, le système était fiable», a affirmé cette source, qui n’écarte pas de manière catégorique les allégations concernant le fait que de l’argent ait été claqué dans le cadre de ce projet. «Je crois qu’il faut un vrai inventaire, un vrai audit», a expliqué cette source, qui croit elle aussi que l’ONI a du mal à se défaire de sa réputation de siphon à millions. Le journal a tenté sans succès depuis plusieurs jours d’obtenir les commentaires de l’actuel directeur général de l’ONI, Jude Jacques Élibert, sur les affirmations, la gestion du projet implémenté par Smartmatic et la controverse suscitée par le contrat avec Dermalog. Le journal n'a pas encore contacté Smartmatic pour savoir si le système qu'il avait installé pouvait être retapé sans que l’État n'ait à débourser 27,7 millions de dollars comme l'indique l'une de nos sources.

Source Le Nouvelliste

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 11 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 11 mois ago