Port-au-Prince échappe progressivement au contrôle des autorités…

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La Saline

Martissant, Cité Plus, Savane Pistache et ces temps-ci La Saline, le poumon économique du pays. Les gangs armés imposent leurs lois et signent l’échec progressif de l’Etat à assurer le minimum de sécurité et de stabilité nécessaire à la vie, à la poursuite des activités économiques à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

La Saline, presque au cœur du centre commercial, en face du port de Port-au-Prince, limitrophe du bureau central de l’Administration générale des douanes, de la mairie de la capitale, à quelques centaines de mètres du Parlement et de la Primature, a une nouvelle fois basculé dans l’horreur. Les hostilités ont éclaté il y a presque 15 jours, le 1er novembre 2018, après la mort de Kiki, un des chefs de gang, et l’arrestation de Bout Janjan, blessé lors de l’attaque mortelle de ce caïd. Les récits sur les différents accrochages entre gangs rivaux depuis sont glaçants. En milieu de journée, mercredi, alors que les rafales d’armes automatiques retentissaient, les images insoutenables d’une demi-douzaine de cadavres balancés dans des ordures devenaient virales sur les réseaux sociaux.

Le responsable du commissariat de Port-au-Prince, le commissaire principal Joël Casséus, ne pouvait confirmer ni l’authenticité de la vidéo ni le nombre de morts à La Saline. Il a confié au journal avoir vu ladite vidéo. Cependant, le survol de drone de la police n’a pas permis de voir ces images de cadavres. Le commissaire Joël Casséus a indiqué avoir reçu des informations faisant état de plusieurs morts. La police a délimité le périmètre avant d’intervenir avec des blindés légers pour rétablir l’ordre. Ce sont des gangs qui s’affrontent pour le contrôle du marché, a expliqué le commissaire, qui est en mesure de confirmer un mort, une victime dont le cadavre a été amené au sous-commissariat de Portail St-Joseph pour les suites de droit.

Le maire de la capitale, Youri Chévry, “très préoccupé” par la situation à La Saline, a confié que des informations obtenues font état de “plusieurs morts”. «Nous avons perdu le contrôle de la ville. Cette situation ne prévaut pas qu’à La Saline où il y a eu des influences politiques dans le déclenchement des hostilités. Presque tous les marchés sont affectés. Cette situation a un impact néfaste sur les rentrées de la mairie. La mairie est presque en faillite», s’est alarmé Youri Chévry, estimant qu’il y a des décisions à prendre.

Au Sénat de la République, le sénateur du Sud-Est, Dieupie Chérubin, l’un des rares sénateurs présents au grand Corps en milieu de journée, mercredi, a indiqué lui aussi être “préoccupé” par la situation à La Saline, à la Croix-des-Bossales. Il a taclé ses pairs et déploré l’incapacité du Sénat à traiter des dossiers d’intérêt pour la République en tant que corps. «J’aurais aimé voir un Sénat qui travaille davantage», a poursuivi le sénateur Dieupie Chérubin.

Le journal, en milieu de soirée, mercredi, a appris d’une source gouvernementale la tenue d’une réunion du Conseil supérieur de la Police nationale d’Haïti ( CSPN) dans la matinée. “Ce soir, au moment où je vous parle, il y a Conseil des ministres et je sais que la situation sécuritaire est au menu des discussions”, a indiqué cette source gouvernementale.

Pour les marchands de légumes, de fruits, et d’autres produits alimentaires, ainsi que de bétail, la situation au plus grand centre commercial de la capitale et le plus important du pays a des répercussions néfastes. La circulation de containers est quasi interrompue. Cette interruption dans l’approvisionnement de supermarchés, d’entreprises de transformation, de services qui dépendent de matières premières, d’intrants prive la douane de ressources financières en ces temps de difficultés économiques, de vaches maigres pour le Trésor public.

«La mainmise des gangs armés sur le centre commercial de Port-au-Prince a une logique économique qu’il faut savoir cerner. Le racket des marchands, la taxation obligée des camions de marchandises représentent entre 500 et 600 000 gourdes par semaine», a expliqué une source interrogée par le journal. Il faut comprendre cette réalité, le rapport étroit entre des gangs et certaines sphères politiques pour bien appréhender la complexité de la situation, a poursuivi cette source. Ce soir, après qu’il a plu des cordes, plusieurs endroits de la capitale, La Saline, Martissant, Cité Plus… signent l’échec de l’Etat à assurer le minimum de sécurité et de stabilité nécessaire à la vie, à la poursuite des activités économiques…

Source Le Nouvelliste

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