Comme dans une pétaudière...

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Sénateur Antonio Cheramy

Pour une deuxième fois, le Premier ministre nommé Jean-Michel Lapin n'est pas parvenu à présenter sa déclaration de politique générale au Sénat de la République. La raison ? Un malentendu entre sénateurs à propos de la décision de l'exécutif de présenter le gouvernement avec 14 ministres alors que l'arrêté présidentiel mentionne l'existence de 18 ministères. La séance, après sept heures de débat, a basculé dans la violence entre collègues sénateurs.

Pour une séance qui était fixée à 8 heures du matin, les sénateurs ont attendu 2 heures de l’après-midi pour démarrer cette assemblée devant permettre la ratification de la politique générale du Premier ministre.

À peine entamée, la séance du jour se trouve entravée avec une question sur le nombre de ministres présents pour recevoir la bénédiction des sénateurs. En effet, quatre sénateurs de l’opposition, soutenus par Youri Latortue et Dieupie Chérubin, ne cessent de se questionner sur la légalité de la décision de l’exécutif de confier deux ministères à certains ministres comme Jean Roudy Aly qui est à la fois ministre de la Justice et ministre de la Défense.

Au départ, les adversaires du jour commencent par frapper à coups d’arguments tirés tantôt de la Constitution, tantôt de décrets-lois.

Les proches du pouvoir, comme Joseph Lambert, brandissent un décret datant de 2005 qui, dans son article 34, parle de la possibilité offerte aux deux têtes de l’exécutif de faire fusionner des ministères. La salle s’enflamme, et on n’a pas besoin d’aller trop loin pour voir que l’arrêté nommant les ministres ne parle aucunement d’un fusionnement de ministères.

Dans cette ambiance de tonnerre qui s’annonce, le président Carl Murat Cantave se veut prudent. Il prend une suspension de séance « pour 5 minutes », dit-il, avant d’inviter les sénateurs... au dîner.

Après le dîner qui était censé leur rappeler que les loups ne se mangent pas entre eux, les protagonistes reviennent dans la salle avec les mêmes dispositions. 

La salle invite le sénateur Cantave à trancher entre deux positions : l’une veut le renvoi du Premier ministre qui doit aller remanier son cabinet et se présenter avec tous les ministres physiquement à la séance de ratification ; l’autre souhaite un vote malgré les faits reprochés.

A ce point, l’arme de la dialectique qui a tant animé les spectateurs fait place à la dialectique des armes devant l’ardeur des proches du pouvoir qui veulent un passage en force. Connu pour ses manœuvres, le sénateur Antonio Cheramy laisse la salle à 7 heures 10 et revient 5 minutes plus tard. Il est allé se défaire de sa veste et retrousser les manches de sa chemise. On fait des grands yeux dans la salle. Après un petit tour, le voici avec un mégaphone en main ; Ricard Pierre a le sien lui aussi.

C’est la pagaille. Au milieu du vacarme de ces équipements, le sénateur Carl Murat Cantave n’arrive plus à se faire entendre, sans compter le fait qu'Evalière Beauplan et Nènel Cassy s’engagent à provoquer certains adversaires. Provoqué et furieux, le sénateur Wilfrid Gelin, qui n’a pipé mot depuis le début de la séance, sort de ses gonds et crache : « Se swa Sena a boule jodi a ! »

A 7 heures 25, sous la pression, le président lâche : « On suspend la séance ! » Coup dur pour Garcia Delva qui s’attendait à ce que le président tranche et envoie l’opposition se promener. D’un geste de la main, le sénateur Delva exprime sa déception au président avant de descendre dans la cour de recréation qu'est devenue la salle de séance. Là, il s’approche de Youri Latortue et crie : « Youri, se ou ki te mete l, ede Cantave non ! »

Il est 8 h 32 lorsque le président revient. Offusqué par le comportement des opposants, il tente de les ignorer et de poursuivre la séance, à la va-vite cette fois-ci.

Après avoir prononcé quelques phrases qu’on peine à entendre à cause de la cacophonie des mégaphones, sans même présenter le rapport de la Commission spéciale qui analysait les dossiers des membres du gouvernement, le président Cantave passe le turbo, invitant le Premier ministre Lapin à présenter sa déclaration de politique générale.

Ce dernier, sans aucun souci, marche entre des sénateurs enflammés et avance fièrement vers le lutrin. A peine arrivé, il est accueilli par les sénateurs de l’opposition. Les proches du pouvoir comme Joseph Lambert et Garcia Delva tentent de le protéger. Fiasco. Des bousculades s’invitent, le lutrin est renversé... le gouvernement disparaît, laissant Lapin seul au milieu de la guerre des parlementaires dans laquelle il s’est fourré.

Une ambiance de gaguère s’installe alors dans la maison des sages sénateurs et tous les protagonistes doivent partir en trombe, laissant derrière eux céramiques cassées, lutrin renversé, chaises piétinées... Le chef de cabinet du PM Anibale Coffy, lui, oubliant le protocole, a dû se jucher sur une chaise pour admirer le spectacle de la nuit.

Samuel Céliné source Le Nouvelliste

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