Opération pays "lock", l'horizon s'assombrit à l'Hôpital général!

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Hopital Général - 11 Février 2019

Depuis environ 5 jours, le plus grand centre hospitalier d'Haïti respire au rythme des incessantes des manifestations qui investissent la chaussée.

De par son positionnement, à quelques encablures du Palais national, l'Hôpital de l'université d'Etat d'Haïti (HUEH) est l'une des plus grandes victimes des dommages collatéraux. D'une part, il y a les manifestants qui souhaitent se rapprocher du palais national, d'autre part, il y a la répression policière qui s'ensuit avec une quasi-spontanéité. Vendredi 8 février, certains patients hospitalisés dans des services comme la pédiatrie, la médecine interne ont été délocalisés en vue d'échapper aux effets néfastes des gaz lacrymogènes lancés ça et là par les forces de l'ordre tentant de disperser des manifestants.

Les laboratoires et les pharmacies ont fermé leurs portes à mesure que les mouvements de protestation prenaient de l'ampleur. "Cela n'augure rien de bon. Désormais, il sera difficile de prendre en charge les patients hospitalisés",  a indiqué un médecin de service en médecine interne, vendredi dans la matinée. Face à l'afflux de patients venus pour des traumatismes divers, deux résidents en chirurgie ont fait état d'une impossibilité de trouver le matériel stérilisé nécessaire pour prendre en charge tout le monde.

Samedi matin déjà, le soleil se lève sur l'HUEH avec un personnel médical réduit à sa plus simple expression. Inquiets du lendemain incertain, certains médecins, infirmières et membres du personnel administratif regagnèrent leur maison. D'autres au contraire sont restés pour honorer un engagement, parfois heurté, mais toujours passionné. Vers midi, les artères menant à l'HUEH ont été obstruées par des barricades improvisées faites de bétons, de branches d'arbres, entre autres. Les patients arrivent de moins en moins, exception faite à la maternité. "Une femme avec une grossesse à terme est obligée de se rendre à l'hôpital",  souligne un résident 1 en Obstétrique-gynécologue. Dans la salle de médecine interne, certains patients étaient seuls en fin de journée, privés d'un membre de la famille, resté bloqué quelque part dans la région métropolitaine. Consciente de la réalité, une sexagénaire prend son mal en patience au grand dam de ses besoins. "Ma fille est bloquée à Carrefour, je préfère qu'elle reste plutôt que de braver le danger pour venir passer la nuit avec moi au risque de compter deux morts dans la famille", raconte cette dame qui souffre d'une insuffisance cardiaque. Dehors, les manifestants essaient à tout prix de s'approcher du palais national au gré d'un mouvement de protestation à plusieurs branches entre les rues Oswald Durand, Monseigneur Guilloux et St-Honoré. Ils érigent un peu partout des barricades alors que la police riposte par des tirs nourris. Dans la foulée des affrontements, Roberto Thelusma, un adolescent de 14 ans, a été tué non loin de la barrière principale de l'hôpital général. "Il était venu m'aider à transporter mes marchandises. Pendant qu'il traversait la rue avec la brouette, il a reçu deux projectiles", se lamente sa manman qui tient son commerce depuis des lustres à l'entrée de l'hôpital. En colère, les manifestans ont tenté d'incendier une voiture de police stationnée devant la salle des urgences de l'HUEH. Médecins et patients se confondaient en vue d'échapper à la colère de la population remontée contre les policiers du sous commissariat de l'hôpital général.

Depuis ce samedi soir, les professionnels de santé vident les uns après les autres, un espace destiné à donner des soins, mais devenu par la force des choses insécure. Les ambulances arrivent et repartent illico face à une salle d'urgences de plus en plus désertée. Certains patients à pronostic médical réservé qui devraient être monitorés constatent, le regard affaissé, l'horizon qui s'assombrit jour après jour.

Claudy Junior Pierre - Source Le Nouvelliste

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