Mourir pour un rien…

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Famille Peterson Paul - source Nouvelliste

Peterson Paul, 36 ans, allait simplement récupérer ses ouvrages de comptabilité, son ballon de basket et ses sneakers quand il a été abattu quelque part à Bréa, un quartier de Martissant…

« Il était mon ami, mon mari, mon compagnon d’église », sanglote Nathalie St-Hilaire, épouse de Peterson Paul, 36 ans, abattu d’une balle à la nuque, jeudi, quelque part à Bréa, à un jet de pierre du sous-commissariat de Martissant. C’est pour éviter le bouchon, sous la pluie, peu avant 16 heures, qu'elle et son mari ont décidé  de contourner la route nationale #2, prendre Bréa, Cité Macoute pour emprunter Martissant 7 vers Fontamara, raconte Nathalie St-Hilaire à des amis dans la cour de la résidence du pasteur de son église où elle s’est réfugiée avec sa fille de 4 ans, Aïsha.

Le regard fixant le vide, comme si elle revivait cet instant où sa vie a basculé, elle explique au journal, le samedi 3 août, que les bandits, parmi eux des gosses, torses nus, pieds nus, ont tiré à vue sur le véhicule, une Terrios. « Ils ont tiré sans sommation », explique Nathalie St-Hilaire, qui s’est recroquevillée au fond de l’habitacle du véhicule au moment des tirs, ainsi que son jeune frère. « Peterson a été atteint et le véhicule a percuté un mur avant de s’immobiliser », conte-t-elle. Les bandits se sont jetés sur eux. « Qu’est-ce que vous êtes venus foutre ici ? », a hurlé l’un d’eux, se souvient Nathalie St-Hilaire, qui ajoute que l’un des bandits a empêché un autre de voler son sac à main.

Les malfrats ont menacé de l’abattre au moment de la contraindre de laisser derrière elle le cadavre encore chaud de son époux, bien vivant quelques jours plus tôt, le 28 juillet, lors de la célébration de leur 7e anniversaire de mariage. Entre une force apparente et des mimiques de son visage qui traduisent une immense douleur, Nathalie St-Hilaire a confié au journal qu'elle et son époux, en déménagement de Fontamara à Santo, revenaient une dernière fois. « Peterson était venu récupérer ses ouvrages de comptabilité, son ballon de basket et ses tennis », sanglote Nathalie St-Hilaire.

« Peterson a un nouveau travail à Cabaret. Nous étions convenus de quitter Fontamara pour pouvoir faciliter ses déplacements. Nous avons aussi déménagé pour des raisons de sécurité », poursuit cette jeune femme, qui ne saurait prédire que la mort de son homme serait au bout de ce banal périple pour récupérer un ballon, des ouvrages et des sneakers. Pour elle, chaque minute, après s’être réfugiée au sous-commissariat, a ressemblé à une marche sur les braises de l’enfer. Son pasteur, appelé au secours, n’a pas pu récupérer le cadavre le jour du crime. S’aventurer à Martissant, sans véhicule blindé, était hors de question pour la police et le juge de paix requis pour en dresser procès-verbal.

À quelques dizaines de mètres, à l’arrière du sous-commissariat, ces quartiers, à Martissant, sont des zones de guerre. Il y a des épieurs qui surveillent, des tireurs embusqués et des petits groupes extrêmement rapides vous tombent dessus en un battement de cil, raconte un autre proche de la victime qui fait le récit de policiers frustrés, handicapés par le manque de moyens et par les appuis puissants des gangs armés. Le blindé, trouvé jeudi à 11 heures p.m., n’a pas été d’un grand secours. Personne, aucun juge, aucun policier n’a osé s’aventurer à Bréa. Le lendemain matin, le véhicule et le cadavre de Peterson Paul ont été amenés sur la route, non loin de l’église Ste-Bernardette.

Incapable de dire à sa fille que son père ne la prendra plus dans ses bras, Nathalie St-Hilaire se souvient de son Peterson Paul, un homme gentil, souriant. Un homme orphelin qui s’est battu pour se forger un avenir. Il a étudié la comptabilité, a joué au basketball, fait office d’entraîneur pour l'Institution Ste-Rose de Lima, explique Nathalie St-Hilaire au journal et à un ami de Peterson Paul qui, moins d’une heure auparavant, s’était fait braquer et dépouiller presque au même endroit par ces bandits. « Ils nous ont intimé l’ordre de nous allonger dans des flaques d’eau et de boue », confie-t-elle au journal, hantée par le fait que des gens regardaient sans rien dire, traumatisés par ces canons de fusils neufs pointés depuis des fenêtres entrebâillées de vieilles chaumières aux tôles bouffées et rouillées.  

Dans ce no man's land, le même jour, cette source rapporte qu’une infirmière, en faisant demi-tour pour s’échapper, a été la cible de tirs. Elle a été atteinte. Elle est décédée, a appris le journal. Pendant tout le week-end,  des tirs ont été signalés dans ce secteur, à l’entrée sud de Port-au-Prince, où des bandits terrorisent, tuent pour un rien…

source Le Nouvelliste

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