Monopole, déficit, corruption, incapacité technique ou l’esquisse d’un portrait-choc de l’EDH

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EDH

Un rapport de l'Université de Boston, rédigé par des chercheurs de l'ISE (Institute of Sustainable Energy), et produit en collaboration avec EarthSpark International, une organisation non gouvernementale (ONG), résume sans concession l’état actuel du secteur de l’électricité en Haïti qui demeure préoccupant à plus d’un titre. Basé sur des recherches menées entre octobre 2017 et janvier 2018, ce rapport présente, en trois chapitres, la situation des entités, regroupées en trois catégories principales, impliquées dans les réseaux électriques en Haïti : l’Electricité d’Haïti (EDH), les producteurs d’électricité indépendants (IPP) qui produisent et vendent de l’électricité à l’EDH ainsi que les développeurs de micro réseaux indépendants dans des endroits non desservis par l’EDH.

« La disponibilité des données concernant l’état du secteur de l’électricité en Haïti est très limitée et les données existantes sont de qualité incertaine ou médiocre, avec des informations contradictoires considérables », met en garde ce rapport universitaire dont les auteurs ambitionnent de constituer une base de connaissances à partir de laquelle évaluer ultérieurement les options permettant de renforcer l’accès à l’électricité en Haïti.

Un monopole inefficace

En dépit de certains décrets et pratiques contraires, signale le rapport, l’EDH est généralement considérée, depuis le décret du 20 août 1989, comme possédant le monopole sur la production, la transmission, la distribution et la vente de l’électricité à l’échelle nationale.

Or, la majeure partie du courant électrique généré actuellement en Haïti est fournie par des IPP plutôt que par des centrales électriques de l’EDH.

En outre, poursuit le rapport, un certain nombre de micro réseaux sont en cours de développement par des entreprises indépendantes pour fournir un service d'électricité dans les communautés rurales jamais atteintes par l’EDH. Ces initiatives ont été rendues possibles par un décret de 2006 autorisant les collectivités locales non encore desservies par l’EDH à conclure leurs propres accords avec d’autres entités pour la fourniture de services d’électricité.

Absence d’une politique énergétique

Le dernier projet de politique énergétique nationale pour Haïti, rédigé en 2012, définit une vision visant à élargir et à améliorer les services énergétiques en réformant le cadre réglementaire et institutionnel du pays et en développant les énergies renouvelables parallèlement aux combustibles fossiles. Il comprend des objectifs pour 2020 dans les trois catégories clés, à savoir efficacité énergétique, pénétration des énergies renouvelables et électrification. « Cependant, la politique n'a pas été adoptée », souligne le rapport.

De plus, les chercheurs considèrent comme un défi majeur, cité aussi dans le Plan national de développement du secteur de l'énergie, le manque de coordination au sein du gouvernement d'Haïti, notamment entre l’EDH, le MTPTC, le ministère de l'Économie et des Finances, le ministère de l'Environnement et le Bureau des mines et de l'énergie. « […] Chaque acteur a ses propres objectifs et ses propres intérêts », fait remarquer le rapport. Et, toujours selon les auteurs, ce n’est pas l’unique défi de taille à relever dans le secteur de l'électricité en Haïti.

« Les observateurs extérieurs considèrent généralement que l'EDH est dans une très mauvaise condition financière et opérationnelle, assaillie par une direction et un personnel corrompus et incompétents, opérant sous un parapluie politique et de gouvernance d'une grande ambiguïté », note le rapport.

 «La Banque mondiale, la BID et l'USAID ont échoué dans toutes les tentatives visant à améliorer [c.-à-d. réformer] le secteur de l'énergie en Haïti», renchérissent les chercheurs reprenant une conclusion d’un des rapports du projet Haïti Priorise.

Une vue d'ensemble de la situation de l’ED’H

« Au début de 2014, l’EDH comptait 2 544 employés  pour desservir 240 444 clients dans tout le pays, pour une population d'environ 10,5 millions d'habitants. En Haïti, l'EDH possède une production d’environ 140 MW  et environ 1 700 km de lignes de transport et de distribution. Les ventes annuelles d'électricité de l’EDH sont estimées à environ 500 millions de kWh. Les revenus annuels perçus auprès des clients sont estimés à environ 50 millions de dollars, ce qui indiquerait un revenu moyen de $ 0,10/kWh. En plus de ces recettes, l’EDH reçoit des subventions du gouvernement haïtien, qui, selon certains observateurs, pourraient atteindre 250 à 300 millions de dollars par an », détaille le rapport.

Environ deux tiers des activités de l’EDH sont liées à la propriété et à la gestion d’un réseau électrique intégré d’environ 200 MW desservant principalement la région métropolitaine. En dehors de Port-au-Prince, l'EDH possède et exploite environ 10 autres petits réseaux électriques isolés de moins de 20 MW desservant quelques-unes des plus grandes villes du pays, ainsi qu’une trentaine de très petits réseaux de moins de 500 kW au niveau de certains villages.

Avec une consommation annuelle d’électricité par personne estimée à 36 kWh, la consommation d’électricité par habitant en Haïti est la plus faible des Caraïbes et l’une des plus faibles du monde. En comparaison, la consommation d’électricité haïtienne ne représente que 2% du niveau de consommation par habitant dans la République voisine.

Seule une minorité d'Haïtiens bénéficie du service d'électricité. En raison de l’insuffisance des compteurs et de la collecte des données, la proportion exacte de la population haïtienne desservie par l’EDH est inconnue. Bien que l’EDH rapporte environ 250 000 clients, certains pensent que pas moins de 600 000 ménages sont actuellement connectés à des lignes de la compagnie publique.

La plupart des estimations publiées suggèrent qu'entre 20% et 40% des ménages haïtiens ont accès à l'électricité. Dans la région métropolitaine, qui est de loin le plus grand centre de population et de commerce d’Haïti, l’EDH dessert environ 72% des ménages. En revanche, environ 15% seulement des ménages ruraux ont accès à l’électricité.

En raison de la faible disponibilité et du peu de fiabilité de l'alimentation électrique de l'EDH, une grande partie des clients industriels et des grands clients commerciaux haïtiens ont installé des générateurs diesel dans leurs locaux. En 2010, les 23 fabricants de textiles enregistrés en Haïti avaient installé des générateurs sur leur site. Cette tendance à l'autonomie en électricité s'est apparemment accélérée au cours des deux dernières décennies. La capacité totale des groupes électrogènes implantés chez des clients en Haïti est d’au moins 200 MW et peut-être même de 500 MW, ce qui est supérieur à la capacité des ressources de production placées sous le contrôle direct de l’EDH. « L’EDH estime qu’il y a 50 000 groupes électrogènes diesel dans Port-au-Prince », souligne le rapport.

« En ce qui concerne les prix du service d'électricité de l'EDH, il existe une ambiguïté considérable, car les tarifs ne semblent pas être publiés. De plus, comme il n’existe aucune autorité de régulation pour assurer la transparence du processus de fixation des prix, on ignore à quel point les prix de l’électricité reflètent la structure de coûts réelle de l’EDH », relèvent les chercheurs.

Une structure de déficit permanent

Les importations de combustibles fossiles pour la production d'électricité représentent 7% du PIB annuel. De plus, les achats de carburant sont effectués en dollars américains, tandis que les recettes de l’EDH sont collectées en gourdes haïtiennes, ce qui alourdit les pressions financières sur la compagnie étatique du fait de la dépréciation de la monnaie locale.

« Étant donné que les coûts de production sont supérieurs aux prix moyens et que 50% à 80% de l'électricité produite ou achetée par l'EDH n'est pas récupérée en raison d'une combinaison de pertes techniques et de vol, l'EDH est constamment en déficit budgétaire », démontre le rapport.

Les déficits dans les finances de l’EDH entre les revenus et les coûts sont couverts par des subventions du gouvernement. Les pertes financières liées à l'EDH ont récemment été estimées à environ 200 millions de dollars, soit 4% du budget national. Certains observateurs estiment que les niveaux de subvention estimés semblent suivre une tendance à la hausse ces dernières années.

À la fin de 2014, les factures d'électricité en souffrance des clients privés à l'EDH étaient estimées à environ 70 millions de dollars. En outre, la dette des municipalités (pour l'éclairage public) auprès de l'EDH était estimée à environ 30 millions de dollars.

Plus de 136 000 des quelque 244 000 clients de l’EDH sont connectés au réseau électrique de la région métropolitaine qui dénombre une population d'environ 2,7 millions d'habitants, soit 25% du total national.

Patrick ST PRE source Le Nouvelliste

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